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Le poids de l’oubli dans l’anorexie

L’oubli est comme la colonne vertébrale de l’anorexie. Via ce trouble des conduites alimentaires, le sujet tend aussi bien à oublier une partie de lui, de sa vie, qu’à se faire lui-même oublier. Rejeter une réalité dans l’oubli prend alors ici une double signification : je veux oublier et je veux que l’on m’oublie.

Je veux oublier… mais quoi ? Oublier le passé… lequel ? Celui qui m’a été insupportable… pourquoi ? Voilà autant de questions que cherche à taire l’anorexie. Cette dernière surgit dans l’existence du sujet pour ne pas avoir à regarder vers le passé et le comprendre. L’anorexie vient carencer la mémoire, comme pour recréer une amnésie défensive. Je me défends de me rappeler alors j’oublie. Le seul inconvénient reste celui de faire de l’oubli une réalité, celle de l’anorexie. De par ce trouble, l’individu acte l’oubli qu’il s’impose : il ne mange plus et se décharne, comme pour faire mourir ses souvenirs douloureux de l’enfance et lui aussi par la même occasion.

Je veux que l’on m’oublie. La personne qui souffre d’anorexie tente, avec son trouble, de disparaître aux yeux de tous. Se faire oublier des autres est pour elle une manière de disparaître et d’emporter avec elle ses blessures d’antan. Se faire oublier des autres lui permet de s’oublier elle-même car s’ils ne la considèrent plus, comment espérer qu’elle se souvienne d’elle-même ? Se faire oublier est, enfin, une issue salvatrice selon elle ; elle croit abréger ses souffrances quand elle se rend absente aux yeux des autres. Elle veut qu’on l’oublie pour qu’elle n’est plus à se rappeler qui elle est, qui elle a été et surtout, ce qu’elle souffre.

Dans l’anorexie, l’oubli dynamise un désespéré projet pour que les mémoires effacent les traces des souffrances de l’enfance.

Par Géraldine Munch

Anorexie ou le conte de Blanche-Neige

L’anorexie survient dès lors que la nourriture devient un interdit, une tentation qui nous a conquis, une limite que nous avons franchie. Pour se punir de s’être fait plaisir par la nourriture, la personne qui souffre d’anorexie se prive de toute nutrition. Elle est, à l’image de Blanche-Neige l’inventée, en pénitence, dans le silence de l’absence.

Blanche-Neige ayant goûté au fruit défendu, a cédé sous le poids de la tentation. La luminosité et le goût supposé de la pomme rouge vermillon ont poussé la belle dans les bras de l’oubli. Elle a transgressé un interdit, celui du plaisir. Goûter au plaisir est présenté comme un vice ; le plaisir est coupable. Le plaisir est une ignominie car il consiste en la satisfaction d’une pulsion animale, primaire, immédiate. L’homme, doué de raison, se doit de pas se livrer au plaisir sans une once de conscience. Il a un devoir de conscience qui l’oblige à refréner ses instincts primitifs et, de surcroît, à fuir une réalité irréelle sans limites. En guise de châtiment pour avoir goûté au plaisir, Blanche-Neige est installée dans un cercueil de verre, d’où elle est privée de tout contact avec le monde et avec elle-même.

La personne souffrant d’anorexie se punit d’avoir éprouvé du plaisir en mangeant. Elle porte en elle le poids de la culpabilité. Elle se pense coupable de s’être laissée aller sur le chemin du plaisir et d’avoir échappé à toute maîtrise d’elle-même. Manger pour se faire plaisir représente pour elle un acte réprimandable de par son caractère immoral. La morale du sujet anorexique coïncide avec une faculté de contrôle, contrôle de soi et contrôle de l’extérieur : « non, je suis maître de moi-même et des tentations du monde qui m’entoure ; si je plie sous l’injonction du plaisir, je perds ma liberté ».

Pour se réveiller et revivre, le sujet anorexique espère le doux baiser du plaisir réconcilié.

Par Géraldine Munch

T.C.A. : se rétablir commence par vouloir s’en sortir

« Je veux m’en sortir », « je veux que cela disparaisse », « je veux arrêter d’être comme cela »… Autant de phrases qui témoignent de la souffrance des personnes avec T.C.A, mais aussi et surtout de leur dernière lueur de survie. Malgré le poids qu’elles supportent sur leurs épaules, elles entre-aperçoivent une issue salvatrice : l’éradication du trouble.

La santé mentale et la santé physique s’organisent à l’image des vases communiquant. Autrement dit, l’une est dépendante de l’autre, et l’autre de l’une ; santé physique et santé mentale règnent sur le corps dans une symbiose psychosomatique. La symbiose correspond à l’étroitesse du lien entre l’esprit et le corps ; le caractère psychosomatique recouvre la causalité directe psyché-corps. La pensée exerce un pouvoir réel sur le corps physique. D’où le principe de transposition : le mal psychologique déteint sur le corps en un mal physique. Dès lors, lorsque les T.C.A ne sont plus seulement une question de souffrance mais aussi de volonté, le rétablissement point.

On dit souvent de la volonté qu’elle initie une dynamique psychologique. Cette dernière génère de nouvelles espérances qui font croire au sujet une possibilité de rétablissement. Vouloir s’en sortir, c’est rendre le mal vivant à la conscience et, c’est faire entrer cette conscience dans le processus d’étouffement du trouble. La souffrance a l’inénarrable capacité de concevoir des mécanismes de défenses auto-immunes. Vécu de souffrance, espérances et auto-défenses forment le trio parfait et illustratif des troubles des conduites alimentaires. Et l’on constate que la volonté est la pierre angulaire de cette triangulation psychopathologique.

Le sujet qui veut s’en sortir prend conscience de sa souffrance en même temps qu’il amorce sa délivrance.

Par Géraldine Munch

T.C.A ou quand la nourriture n’est plus une question de vie mais de survie

Les troubles des conduites alimentaires sont la symptômatisation d’une souffrance, d’un mal-être. Autrement dit, ils projettent à l’extérieur l’enfer vécu de l’intérieur. Dans le cercle vicieux des T.C.A, la nourriture ne répond plus au besoin vital ; elle n’est plus un besoin nécessaire à l’homme. Au contraire, la nourriture ingérée dans le cadre d’un T.C.A contribue à la survie du sujet.

Les aliments n’alimentent plus, la faim n’a plus de fin, le ventre est plein et la tête est vide. La mécanique du T.C.A n’est plus d’assurer vie au sujet ; cette mécanique lutte contre la vie pour que la personne survive. L’anorexie, la boulimie ou encore l’hyperphagie alimentent la pulsion destructrice de celui qui en souffre. La nourriture précipite le sujet dans la mort de son corps et de son âme. La personne se mutile via l’alimentation et, renverse l’utilité vitale de la nourriture. On s’éloigne de la faim, de toute appétence, de tout plaisir ; on quitte la sphère du vécu pour entre dans celui du « survécu ». L’homme survit à ses douleurs.

Le préfixe « sur » indique un dépassement, un au-delà-des-limites, une transcendance. Un surhomme décuple sa force, l’avion survole la mer, on surmonte les difficultés de la vie : on passe au-dessus d’elles. Le T.C.A est donc une question de survie dans la mesure où l’alimentation vise une finalité bien au-dessus de la simple nécessité vitale. On use d’elle pour dépasser ce qui ronge le sujet au cœur de ses entrailles : sa souffrance, son chagrin, sa mort interne. Le sujet atteint d’un T.C.A tente d’aller par-delà les maux qu’il ne peut traduire en mots. Ils ravalent ses mots dans des compulsions alimentaires qui combattent la destructivité des troubles des conduites alimentaires.

Les T.C.A permettent au sujet de survivre, de tenir debout sur un mont de douleur.

Par Géraldine Munch

Boulimie : le réconfort avant l’effort

La nourriture, et particulièrement celle ingérée dans le TCA boulimique, a une fonction de récompense. Elle réconforte, console, occupe, tandis que le sujet ne fait que tromper l’ennui. Sans s’en rendre compte, la personne souffrant de boulimie s’octroie de droit un plaisir immérité, car il se substitue au devoir de la souffrance.

Dans le trouble boulimique, le sujet use de la nourriture comme d’un calmant. Soit dit en passant, il n’est pas rare d’entendre que les aliments qui « font plaisir », sont les aliments sucrés, le chocolat par exemple. Et il est bon de se faire plaisir, tant que la satisfaction ne tourne pas à la compulsion. Dans la boulimie, le plaisir poussé à l’extrême devient un enfer du quotidien. Elle est l’avant-garde d’un calvaire à venir, celui de la culpabilité, de la tristesse, des vomissements, des efforts physiques outranciers… C’est comme si la personne se plongeait dans un bain chaud, relaxant, apaisant et agréable, pour se jeter ensuite dans une eau froide, d’autant plus froide qu’elle coule en aval d’eaux meilleures.

Dès lors, à défaut de prévenir le trouble boulimique et d’en tirer un bénéfice apparemment conscient, il s’agirait plutôt de faire face à sa souffrance. Comment ?.. en la laissant venir en nous, en faisant l’expérience de la souffrance plutôt que de l’évincer pour la laisser revenir de plus belle. Cette démarche n’est emprunte d’aucun masochisme moral ; seulement, pour abattre la boulimie, il faudrait battre le fer pendant qu’il est encore chaud. Autrement dit, il serait conseillé de comprendre et d’éprouver au plus profond de soi ses angoisses pour les apprivoiser, peut-être ; au lieu de se rendre aveugle à ses propres douleurs.

Dans la boulimie, il convient de faire l’effort de la souffrance pour espérer obtenir le bien du réconfort.

Par Géraldine Munch

 

Les T.C.A. : un monde à soi

Si les T.C.A. marquent l’emprise insoutenable d’un trouble sur un individu, ils lui sont aussi utiles. En effet, il se sert de son T.C.A. pour compenser sa perte de contrôle lors des pratiques alimentaires pathologiques. Un T.C.A. n’est pas qu’une anomalie du comportement mais aussi un rempart contre les autres, contre soi-même.

L’épicentre du séisme T.C.A. réside en une perte de contrôle, un décrochage de l’attention, de l’instinct de raison. Le sujet se retrouve aliéné, c’est-à-dire assujetti à lui-même. L’anorexie, la boulimie, ou encore l’hyperphagie s’empare de lui à ses dépens. Elles ruinent toute espérance de volonté et de reprise du contrôle. Les T.C.A. exercent une telle emprise sur la personne qu’elle en vient à ne vivre que pour se faire du mal, créer ou crier une souffrance. Le T.C.A. vampirise le sujet au point de le défaire de toute son énergie, sa force et sa liberté. L’individu, épuisé, devient la proie idéale pour un T.C.A. affamé et pernicieux.

Néanmoins, les T.C.A. ne sont pas seulement un mal pour mal. Les troubles des conduites alimentaires constituent aussi un rempart, une forteresse pour le sujet. Bien que le sujet ait perdu tout contrôle lorsque son T.C.A. s’est imposé à lui, il réussit à en faire son allié. En fait, l’anorexie, la boulimie ou l’hyperphagie représente un objet sur lequel le sujet aura une emprise totale. C’est la seule chose qu’il contrôle, la seule chose qui lui appartienne, sur laquelle il a la main mise. Les T.C.A. permettent, en un sens, de faire recouvrir au sujet son identité en tant que telle, son libre-arbitre.

L’individu n’est pas son trouble mais a son trouble : c’est le seul moyen pour lui de se sentir sujet ; justement parce qu’il contrôle un objet extérieur à soi (la nourriture), à défaut de contrôler son objet intérieur (son mal-être psychique).

Par Géraldine Munch

La compulsion dans les T.C.A

L’entourage des personnes souffrant d’un trouble des conduites alimentaires demeurent souvent dans l’incompréhension du trouble. Ils éprouvent des difficultés à concevoir que le sujet ne puisse pas se contrôler et surtout, qu’il ne puisse pas s’empêcher de se faire du mal. Que doivent-ils comprendre ?

L’une des caractéristiques des T.C.A consiste en une pratique compulsive orientée vers la nourriture. Le sujet anorexique s’impose le réflexe d’une dénutrition ; le sujet boulimique se rue sur la nourriture de par une perte de contrôle de soi ; le sujet hyperphagique subit ses prises de nourriture continues et automatiques. On comprend dès lors que, ce qui motive la personne atteinte d’un trouble des conduites alimentaires dépasse le raisonnable, l’entendement ; la motivation est quasi inconsciente, elle s’abat sur elle comme une tendance impérieuse. Le diktat de la nourriture consiste en une compulsion. Cette dernière agit telle une poussée survenant de l’intérieur et, qui dirige la pensée et le comportement le sujet en l’aliénant, malgré lui.

L’entourage des individus exposés à cette compulsion peinent à comprendre comment on peut en arriver à perdre toute maîtrise de soi, au point de s’infliger tant de souffrance. Pour eux, il s’agit d’une question de volonté : « tu ne peux pas t’empêcher de te faire du mal alors que tu n’as qu’à décider de ne pas t’en faire ; c’est bien toi qui agit, il n’y a personne d’autre que toi qui puisse se comporter à ta place ! ». Ce discours affecte particulièrement les individus avec T.C.A car il intensifie leur sentiment de culpabilité. Les personnes atteintes d’un trouble des conduites alimentaires sont les seules à concevoir que ce n’est pas elles qui choisissent mais la compulsion, dont elles sont victimes.

La compulsion des T.C.A ne s’invente pas ; elle est inaudible pour les aveugles.

Par Géraldine Munch

L’anorexie ou la peur de l’oubli

Dans l’anorexie, la personne semble s’oublier elle-même en se livrant à un rituel d’automutilation via des restrictions alimentaires draconiennes. Elle fait en sorte que son corps disparaisse, qu’il se décharne au point de ne plus être visible des autres. S’oublier soi-même peut être considéré comme une défense contre la peur d’être oublié.

Le sujet qui souffre d’anorexie a recours au Trouble des Conduites Alimentaires (T.C.A) afin d’exprimer une souffrance. Cette souffrance, ce mal, est teintée d’un sentiment d’angoisse massif et écrasant. En effet, le sujet angoissé cherche une solution visant à réduire et à néantiser l’angoisse. Cette peur diffuse hante en permanence l’individu. Il peut être difficile de concevoir la pathologie anorexique à l’instar d’une décharge d’angoisse car la restriction alimentaire impose justement un contrôle, qui va conceptuellement à l’encontre de l’extériorisation d’une émotion. Néanmoins, l’anorexie représente bel et bien une voie d’issue à l’angoisse car elle concentre quantité de souffrance et met en acte la peur d’être confronté à l’angoisse ; l’angoisse est donc omniprésente.

Qu’en est-il de la nature de l’angoisse anorexique ainsi que de la fonction du rituel auto-mutilatoire ? La peur qu’a le sujet d’être oublié des autres, des siens, se fond dans l’oubli de sa personne propre. En se sous-alimentant, il actualise sa mort autant psychique que physique par l’effacement de son corps. S’oublier soi-même est une défense contre la souffrance qui serait induite par l’oubli de soi par les autres. Par crainte d’être oubliée par des personnes investies affectivement, l’individu anesthésie ses propres affects dans la privation, la restriction et l’abandon de la nourriture, de la vie organique. La personne souffrant d’anorexie anticipe la perte de l’autre en s’infligeant sa propre disparition.

Dans l’anorexie, l’individu concentre son angoisse d’être oublié dans un processus éliminatoire. Il choisit de subir son oubli de lui-même plutôt que d’avoir affaire à l’angoisse insupportable d’être un jour oublié du monde.

Géraldine Munch

Traiter la boulimie en psychothérapie systémique et stratégique

La psychothérapie systémique et stratégique est un courant de la Psychologie qui s’intéresse à l’environnement du patient, considéré dans sa globalité. On s’attache à traiter les troubles mentaux en faisant référence au contexte de vie du patient, à son histoire personnelle, à ses émotions, à ses comportements, ses idées… En psychothérapie systémique et stratégique, on combat le trouble de façon méthodique en s’attaquant à ses origines.

En effet, c’est en tarissant la source du problème que le symptôme du problème disparaît. Dans le cadre des Troubles des Conduites Alimentaires, le thérapeute systémicien s’intéresse aux facteurs déclenchant du trouble boulimique. Par exemple, le patient s’est soudainement adonné à des orgies alimentaires en raison d’un stress, d’une angoisse ou d’une dépression latente. Dans ce cas, le systémicien considère le contexte d’apparition du trouble et favorise le dénouement du problème originel ; par exemple, le divorce des parents, la rupture amoureuse, le décès d’un proche, un psychotraumatisme, sont autant de causes génératrices du trouble. Soit dit en passant, le trouble est toujours plurifactoriel ; c’est ce à quoi le systémicien travaille en détricotant les diverses mailles de la problématique boulimique.

En outre, le psychothérapeute œuvre sur le plan stratégique. Autrement dit, il donne des directives au patient souffrant de boulimie pour que, une fois les facteurs du trouble identifiés, l’on puisse participer de l’éradication des symptômes : les crises de boulimie et les vomissements, entre autres. Ainsi, le patient est-il vivement sollicité pour se prêter à des exercices thérapeutiques tel que : « au lieu de vous priver et de vous restreindre, adopter la règle des trois repas par jour et mangez à votre faim ! ». Tel que l’écrivait Oscar Wilde : « le meilleur moyen de résister à la tentation, c’est d’y céder ».

Céder à la tentation en mangeant ce qui est interdit, c’est diminuer le risque de crise.

Géraldine Munch

T.C.A. et manque de l’autre

Dans la problématique des troubles des conduites alimentaires, le manque de l’autre, des siens, des proches, est souvent le moteur de la dynamique anorexique, boulimique ou encore hyperphagique. Partir loin des siens pour des raisons professionnelles, affectives ou personnelles conduit parfois la personne à des pratiques alimentaires pathologiques pour combler le manque de l’autre.

Il est commun d’entendre : « la nourriture sert à combler un manque ». Cet énoncé stéréotypé fait référence aux sous-bassement tacites des T.C.A. Il est vrai que la consommation addictive de nourriture est souvent perçue telle la solution privilégiée au vide de soi. La nourriture cache un mal plus profond que celui du manque. Dans le cadre des T.C.A., la nourriture n’est pas seulement ingurgitée pour pallier au manque diffus vécu par le sujet ; la nourriture est, de manière plus complexe, le symptôme ou la manifestation du traumatisme de la solitude. Autrement dit, la nourriture sert à combler un manque certes, mais elle est surtout le signal pathologique d’une personne en perdition.

Il s’avère important d’être vigilant aux prémisses des troubles des conduites alimentaires. On constate souvent que l’éloignement géographique du sujet génère l’apparition d’un T.C.A., majoritairement boulimique. La boulimie est là pour traduire le manque de ses proches et remplir l’espace intérieur vide laissé par eux au moment du départ. Le manque des autres peut engendrer des pratiques alimentaires pathologiques et révéler un besoin d’étayage jusqu’alors indétectable. Dès lors, il s’agit de travailler et d’analyser en psychothérapie les thèmes de solitude et de perte identitaire adjacents au manque de l’autre.

Quand les autres viennes à manquer, le sujet trouve refuge dans les câlins de la nourriture.

Géraldine Munch

T.C.A. : le rôle du stress

Bien souvent dans les Troubles des Conduites Alimentaires, l’individu subit son propre stress. Ce sentiment de tension qui l’anime est générateur des comportements anorexiques, boulimiques et hyperphagiques. En effet, les troubles des conduites alimentaires viennent pallier au stress comme l’aspirine au mal de tête.

Le stress met le sujet dans un état d’agitation et suscite en lui une angoisse dont il ne connaît pas la cause. Le malaise qu’il ressent fait souffrance car il dépasse un seuil de tolérance au stress. Passée cette limite, le stress se transforme en une puissance destructrice et joue contre le sujet. Dès lors que le sujet ne contrôle plus ses sensations de stress, ces dernières se retournent contre lui et l’incitent à se défendre. La seule défense dont dispose l’individu est celle d’avoir recours aux T.C.A. Ces troubles sont utilisés prioritairement par les personnes frustrées et stressées car la nourriture est facile d’accès et qu’elle procure soulagement en quelques minutes seulement.

De ce fait, il est important de reconnaître en soi l’affect de stress pour l’apprendre et le comprendre. Accepter d’accueillir en soi l’émotion négative du stress aide à la combattre plus efficacement. Si le sujet s’essaie au vécu de son stress, en le laissant s’installer en lui-même, il pourrait s’apercevoir que le stress n’est que transitoire et qu’il est surmontable de part les nombreuses ressources dont la personne dispose. Néanmoins, elle n’en est pas convaincue et se laisse persuadée que, dans tous les cas, le stress et l’angoisse auront raison d’elle. Cette fausse croyance doit être reconnue par le sujet comme telle pour que la mécanique s’inverse et que le sujet prenne le dessus à l’égard du stress et non l’inverse.

Compris et régulé à raison, le stress devient l’allié de la personne qui n’a par conséquent plus besoin du T.C.A. pour faire face.

Géraldine Munch

Les T.C.A. chez l’adulte : quand le trouble devient un compagnon de vie.

Bon nombre de personnes souffrent d’un T.C.A. depuis 10, 20, 30 ans. Est-ce à dire qu’elles sont condamnées à perpétuité ?… Elles pensent toutes que le trouble a élu domicile dans leur vie et qu’il ne s’en ira jamais. Les T.C.A. ne sont pas des maladies chroniques, autrement dit incurables ; ils représentent des troubles transitoires.

A défaut d’une écoute bienveillante, d’un entourage soutenant, d’informations, les sujets souffrant de T.C.A sont souvent isolés des prises en charge destinées à l’éradication de l’anorexie, la boulimie, ou encore l’hyperphagie. Ils sont souvent sans savoir que leur trouble n’est pas irréversible mais qu’au contraire il peut être traité par des professionnels de santé spécialisés dans les troubles des conduites alimentaires. Certes, plus un trouble est pris en charge précocement, moins il a le temps de s’encrypter et plus il sera aisé de le traiter.

Cependant, les adultes atteints d’un trouble des conduites alimentaires persistant ne sont pas causes perdues. Généralement, les T.C.A surgissent pendant la période adolescente ou au début de l’âge adulte. Il peut arriver que ces adolescents ou pré-adultes se retrouvent pris au piège, s’en issue de secours. Le trouble persiste et envahit le sujet. Il n’est pas judicieux de croire que, à l’âge adulte, les T.C.A. résisteront au temps. Le problème est que les adultes souffrant d’un T.C.A. sont d’autant plus convaincus que leur trouble les poursuivra que les années passent. Or, le temps perd son statut d’ennemi et devient un allié dès lors qu’ils entrent dans une démarche de guérison. Cette dernière nécessitera peut-être plus de temps mais elle saura sauver le sujet de son T.C.A.

Les T.C.A. chez l’adulte ne sont pas une fatalité ; la prise en charge est une nécessité.

Géraldine Munch

T.C.A. : à la folie, pour toujours ?

De nombreuses personnes déclarent être atteintes d’un Trouble du Comportement Alimentaire (T.C.A.) depuis plusieurs années, et souvent depuis plusieurs dizaines d’années. Il est nécessaire de rappeler que les T.C.A., à l’instar d’un simple rhume, nécessitent une prise en charge précoce. A défaut d’être une maladie chronique, les T.C.A. peuvent se chroniciser à tel point que le sujet est aliéné… parfois, pour toujours, pense-t-il.

En sachant que les troubles du comportement alimentaire apparaissent majoritairement à l’adolescence ou au début de l’âge adulte, il s’avère éminemment problématique de prendre en charge ceux qui persistent sur le long terme. Passé le cap de l’entrée dans la vie adulte, les T.C.A. deviennent de plus en plus robustes et, a fortiori, de plus en plus compliqués à éradiquer. C’est pourquoi il ne faut pas attendre que le mal s’installe car les T.C.A. ne passent pas avec le temps ; au contraire, ils décuplent la souffrance du sujet au fur et à mesure des années. Traités en psychothérapie dès l’adolescence, les T.C.A. sont endigués et n’atteignent pas la structure intrinsèque du sujet.

Dans les cas de T.C.A. adultes, ces derniers font partie intégrante des schémas du sujet. L’anorexie, la boulimie ou l’hyperphagie sont devenues une modalité de vie, une habitude, un rituel. Plus les T.C.A. avancent dans le temps, plus ils consomment le sujet de l’intérieur, au point que celui-ci est réduit à néant. Un sujet qui disparaît en incarnant lui-même son trouble perd son sens. Le travail psychothérapeutique est-il ainsi double : il s’agit d’une part de faire revenir le sujet à lui-même (comme après un évanouissement), et, une fois que le sujet a retrouvé sa substance, de traiter le T.C.A. à proprement parler.

Céder le passage aux T.C.A., c’est attendre sa propre perdition.

Géraldine Munch

Le sentiment de honte dans les T.C.A.

L’un des principaux dénominateurs communs aux Troubles des Conduites Alimentaires (T.C.A) est sans doute le sentiment de honte. Que l’on souffre d’anorexie, de boulimie ou encore d’hyperphagie, la honte envahit le sujet au point qu’il se sente coupable d’avoir honte.

Dans l’esprit d’une personne atteinte d’un T.C.A, les sévices qu’elle s’inflige à elle-même sont porteurs d’un aspect moral discriminant. Les professionnels de santé en charge des patients avec T.C.A entendent très souvent la phrase suivante : « je sais que ce que je fais n’est pas bien ». La honte dans les Troubles des Conduites Alimentaires est d’autant plus envahissante qu’elle révèle la pleine conscience du sujet qui sait pertinemment que ses gestes autodestructeurs sont mauvais. La honte est si persécutrice pour la personne qu’elle la précipite dans un repli sur soi mortifère. Avoir honte, c’est pour elle reconnaître qu’elle agit contre elle-même.

Le sujet souffrant de T.C.A peut être enclin à deux types de honte : une honte sociale (le sujet a honte car il se pense anormal parmi les autres du fait de son trouble) ; une honte intrinsèque (le sujet a honte car il juge lui-même ses actes comme détestables). C’est d’ailleurs cette honte qui mène le sujet à se retirer du monde et d’autrui. La honte est une forteresse de pierres où la personne oscille entre faute commise et repentir. Poussé à l’extrême, le T.C.A inflige au sujet la culpabilité de sa honte. Autrement dit, il se sent coupable d’avoir honte en ce qu’il s’accuse lui-même d’un crime physique et psychologique.

Le sentiment de honte à l’œuvre dans les T.C.A n’est plus à prouver. Dans la honte, le sujet se fait disparaître pour ne plus avoir à assumer d’être son propre traître.

Géraldine Munch

T.C.A : aidez-moi, mon ami(e) a besoin d’aide.

Nombreuses sont les personnes qui réclament de l’aide parce que l’un ou l’une de leurs ami(e)s souffre d’un Trouble de la Conduite Alimentaire (T.C.A). L’entourage du sujet atteint d’anorexie ou de boulimie apparaît souvent démuni face à la souffrance et à la détresse de leur proche. Comment aider celui qui veut aider ?

Les personnes qui sont informées du trouble dont souffre leur proche sont des individus privilégiés. En effet, il n’est pas rare de constater que les sujets anorexiques et boulimiques ne se confient que très peu à leur entourage. En livrant leur lot de souffrance et en parlant de leur trouble à un tiers, ils l’investissent d’une confiance étroite. Cet individu de confiance désigné se sent dès lors responsable, ou du moins prisonnier, de l’enfer vécu par son proche. Ce don de culpabilité de la part du sujet en souffrance est communément accueilli en l’autre comme un appel à l’aide.

Dès lors que la personne souffrant d’un T.C.A révèle ses pulsions destructrices à un proche, ce dernier souhaite lui prodiguer son assistance. Il s’avère que, de prime abord, le maintien du lien avec le sujet qui souffre est une constante à préserver. La multiplication des échanges est source de guérison car la parole désaliénée du sujet en souffrance est signe d’une prise de conscience chez lui et d’une volonté de guérison. Rompre le dialogue avec lui est susceptible d’engendrer un repli sur lui-même et un isolement social aux conséquences délétères. En plus du dialogue, le rôle de l’entourage peut être d’inciter l’individu à léguer sa souffrance à un professionnel spécialisé dans les T.C.A, à savoir un psychothérapeute.

Voir l’un des siens souffrir est une souffrance pour soi-même. Aider le sujet anorexique ou boulimique coïncide avec une force de vivre dont il n’a pas encore conscience.

Géraldine Munch

L’anorexie ou le refus de la féminité

La personne souffrant d’anorexie se prive de manger ; elle se décharne et tend à disparaître. Cette privation anorexique sonne comme un refus : refus de se nourrir, de continuer à vivre, de devenir femme… En effet, derrière le masque de la maigreur et de la souffrance se cache peut-être le refus de la féminité.

Le refus de la féminité… qu’est-ce à dire ? Il n’est pas rare de s’apercevoir dans la psychothérapie des patientes anorexiques de la signification actée de l’anorexie. Manifestement, l’anorexie empêche les modifications physiologiques attendues surtout à l’adolescence. Poussée à l’extrême, l’anorexie bloque la survenue des menstruations, gomme les formes féminines corporelles et cache la transformation d’un corps d’enfant en un corps de femme. Que ce soit en période d’adolescence ou au cours de l’âge adulte, l’anorexie signe le refus de l’enfant d’entrer dans l’âge adulte ; pour signifier le refus psychologique inconscient de la féminité, l’anorexie efface les caractères féminins dans le corps.

Cette négation de la féminité traduite de notre esprit vers notre corps veut nous dire quelque chose. En s’offensant contre l’entrée dans l’âge adulte, celle qui souffre d’anorexie semble désirer la survie de l’enfance. Refuser d’être adulte c’est sûrement aussi vouloir rester une enfant. Dès lors, l’anorexie devient le moyen par lequel la personne réalise son désir d’enfance. L’enfance présente un caractère rassurant : elle symbolise le cocon protecteur installé par les parents. Le lien aux parents dans l’enfance est quasi fusionnel puisque l’enfant apprend à vivre et à grandir avec ses parents. Grandir à l’âge adulte nécessite la rupture d’avec les parents, sans pour autant les oublier.

L’anorexie, par le refus de la féminité, convoite l’enfance parce que l’angoisse d’être une femme paralyse l’enfant qui sommeille en elle.

Géraldine Munch

Boulimie : l’appétit du manque

A propos de la boulimie, il est fréquent d’entendre que la nourriture vient combler un manque. Lequel ?… La nourriture console et surgit pour lutter contre une souffrance intolérable qu’est le manque. La personne souffrant de boulimie instrumentalise la nourriture comme une arme antidépressive contre l’angoisse du néant.

La boulimie incite l’individu à manger jusqu’à épuisement car elle vient masquer un blanc, une faille, un trop-peu ou pas-assez. Le sujet boulimique cherche, via son trouble, à pallier au manque. Un manque d’amour, un manque de soi, un manque de sens. Aux prises dans la spirale boulimique, on est exposé à ses propres douleurs intimes à l’instar d’une carence affective précocement traumatisante, d’une perte de sens au sujet de qui l’on est et de ce qui est. On ne parvient pas à mettre en mots sa souffrance et, la boulimie intervient pour anesthésier les pensées et calmer temporairement le mal qui dort en soi.

On comprend bien dès lors que le manque auquel la boulimie fait écho n’est pas aussi clair et circonscrit qu’il n’y paraît. Il s’étend du manque de l’autre, de celui ou celle que l’on aime et qui nous aime, au manque de signification de notre existence. En effet, la boulimie se nourrit du manque et l’entretient par là même. Elle confronte l’individu à son angoisse de l’absence. Contre cette absence, la boulimie figure une stratégie défensive pathologique pour la dissiper. La personne se rue immédiatement sur la nourriture au moindre signal d’angoisse ; les crises expriment intensément le manque plus qu’elle ne le comble.

Dans le trouble boulimique, l’individu s’engage dans une lutte acharnée contre un manque profondément ancré dans son psychisme. Le manque se rejoue à chaque crise et, sur la personne met la main mise.

Géraldine Munch

Boulimie : un trouble qui se tait

Nombreuses sont les personnes souffrant de boulimie qui avouent n’avoir rien dit à personne de leur trouble. La boulimie est une pathologie qui passe sous silence ses symptômes : les crises ont lieu à l’abri des regards, la silhouette est parfois dissimulée, les aliments disparaissent des placards… pas l’ombre d’une souffrance ?

Mais sûrement l’ombre d’un doute, quand on sait que ces individus crient leur malaise, leur mal-être dans ces impulsions alimentaires. Il faut savoir douter de l’eau qui dort comme de la boulimie qui sévit. Ce trouble des conduites alimentaires n’est pas nécessairement visible, comme c’est le cas par exemple de l’anorexie, où la personne se décharne aux yeux des autres. Dans la boulimie, le poids est relativement maîtrisé par les stratégies compensatoires à l’instar des vomissements provoqués. La boulimie est agile dans l’art de la dissimulation ; c’est pourquoi bien souvent la personne qui en souffre parvient à cacher son trouble à son entourage.

Dès lors, il faut rompre l’isolement boulimique, le huis clos infernal que la boulimie inflige à son patient. Faire silence la rend plus efficace : la boulimie qui ne se sait de personne a le champ libre pour détruire un peu plus chaque jour la personne. Cette dernière, si elle s’inscrit dans une démarche active, devra libérer ses maux par les mots. Avouer à son entourage que l’on souffre de la boulimie n’est pas chose aisée mais, c’est bien là le début d’une longue lutte vers la guérison. Mettre en maux sa souffrance pour les autres est aussi un moyen de se la représenter à soi. On devient soi-même conscient de sa sombre souffrance.

Parler de la boulimie, briser sa solitude, pour reprendre contact avec la vie.

Géraldine Munch

Anorexie ou l’anomalie du plaisir

Issu de la langue grecque, le terme d’anorexie désigne littéralement « a »-absence ; « orexis »-appétit : l’absence d’appétit. Dans l’observation et l’analyse psychanalytique du trouble, la notion centrale dans ce trouble des conduites alimentaires est le plaisir. En effet, l’individu souffrant d’anorexie a perdu tout plaisir ou toute satisfaction dans l’acte de manger.

Le cercle vicieux qui assaille le sujet atteint du trouble anorexique se résume comme suit : je n’ai plus de plaisir à manger – je ne mange plus – je perds davantage le plaisir de manger etc… On comprend bien que le plaisir est l’émotion essentielle de l’anorexie. Avant ce trouble, la pulsion première qui conduisait le sujet à se nourrir était liée à une satisfaction : c’est d’abord le plaisir du bébé recevant son biberon de la part d’une mère bienveillante ; puis c’est le plaisir de l’enfant/l’adulte qui se nourrit parce que le souvenir de ses premiers plaisirs nourriciers l’y ont incité.

Si l’émotion de plaisir disparaît de l’acte de manger, le sujet n’est plus poussé à la faire. Alors, il arrête de se nourrir et se décharne, se meurt à petit feu. Le plaisir motive l’individu à se nourrir ; dès lors que le plaisir n’est plus, le sujet non plus. La perte de plaisir qui régit le trouble anorexique n’est pas irréversible : de nombreux bébés qui refusaient de manger deviennent de vrais petits gourmets et de nombreux adultes ayant connu un épisode anorexique renouent avec des repas complets. Dans les deux cas, le plaisir est une émotion qui s’apprend, qui s’apprivoise et qui se cultive. C’est parce l’on aura donné goût à l’individu pour se nourrir qu’il en ressentira un plaisir suffisant pour assurer sa survie en continuant de s’alimenter.

Sans plaisir, l’énergie du sujet court à l’échec et s’évanouit. Le plaisir connu d’avoir été alimenté par un tiers, vecteur de satisfaction, conditionne le plaisir perçu de manger.

Géraldine Munch

L’orage boulimique dans un ciel dépressif

La boulimie n’apparaît généralement pas seule chez un individu. Souvent, elle est le symptôme d’un autre grand trouble. Dans certains cas, elle est à elle-même le trouble principal. Néanmoins, la majorité des personnes souffrant de boulimie cache une vaste souffrance dont les crises de boulimie sont la manifestation.

Les patients qui viennent consulter un psychologue-clinicien ou bien un psychothérapeute avancent la boulimie comme motif principal. Autrement dit, ils croient que le nœud de leur problème réside dans le syndrome boulimique. Or, ils déforment un peu la réalité sans le savoir car, au fur et à mesure des séances avec le professionnel, ils découvrent que leur boulimie n’était que la face visible de l’iceberg. En effet, ils sont généralement amenés à mettre le doigt sur une souffrance beaucoup plus profonde que celle véhiculée dans la pathologie boulimique. Peu à peu, les patients s’aperçoivent que la boulimie est l’indice de quelque chose, d’un mal plus insidieux et plus difficile à circonscrire.

Thérapeute et patient font alors la découvert du ciel dépressif qui pesait sur ce dernier, bien avant la survenue des orages (ou épisodes) boulimiques. Comment comprendre ce phénomène ?… Si l’on conserve l’image du ciel et de l’orage, on comprend volontiers en quoi il est logique d’espérer l’orage lorsque le ciel s’obscurcit et que les nuages se densifient. Il en va de même pour la personne qui déclare des crises de boulimies. C’est parce que la personne souffrait déjà en amont qu’elle laisse éclater sa souffrance sous forme de symptômes. La boulimie est un exemple de symptôme parmi d’autres (les pleurs, le repli sur soi, la sédentarité…).

Dans bien des cas, la boulimie agit comme un congloméras de nuages noirs : elle annonce la tempête dépressive qui menace d’anéantir le sujet. On va alors chez le psychologue car ce n’est que lorsqu’il pleut que l’on ouvre son parapluie.

Géraldine Munch

La boulimie : un tête-à-tête en solitaire.

Lorsque l’on souffre de boulimie, rare sont ceux qui perdurent dans leurs relations sociales, professionnelles, sentimentales ou encore familiales. En effet, le facteur boulimique est souvent générateur d’une vaste solitude.

Une personne atteinte de la pathologie boulimique tend à désinvestir la sphère des relations interpersonnelles. Les crises de boulimie et leurs éventuelles stratégies compensatoires requièrent du temps, un temps qui ne sera plus accordé aux autres mais au trouble de la conduite alimentaire. Après les accès boulimiques, le sujet se sent généralement dévasté par un sentiment de culpabilité qui le pousse à ne pas se montrer à la face du monde. Il a honte d’avoir céder à l’appel de la nourriture, il pense qu’il a mal fait, que les autres verront qu’il a grossi et cela lui est insupportable. Petit à petit, la boulimie fait son nid : elle isole la personne souffrant de boulimie et la soumet à une errance solitaire ; on est en tête-à-tête avec soi-même. On perd les autres de vue.

La boulimie est jalouse, elle ne supporte pas qu’on la laisse seule. Elle est aussi sournoise puisque au lieu d’être laissée pour compte, elle laisse le sujet seul. A multiplier les crises, le sujet se coupe de son entourage pour se consacrer uniquement à son trouble. Ce dernier en demande toujours plus au sujet. A défaut d’atténuer une angoisse sous-jacente, le trouble boulimique accroît le sentiment d’anxiété généré par les crises elles-mêmes. On est angoissé, on mange pour palier à l’angoisse, on culpabilise, on est de nouveau angoissé etc… Le cercle vicieux de la boulimie est une cause d’isolement social. L’angoisse, les crises et les sentiments inavouables adjacents au trouble mènent le sujet à rompre tout contact franc avec le monde des autres.

Le syndrome boulimique a la particularité d’isoler le sujet au point que ce dernier se retrouve nez-à-nez avec lui-même. Les autres ne peuvent rien : c’est là ce que pense le sujet boulimique, à tort. Une boulimie de perdue et les autres sont retrouvés.

Géraldine Munch

Anorexie et boulimie : deux fausses-jumelles

Anorexie et boulimie représentent deux troubles de la conduite alimentaire : elles sont sœurs. Tandis que l’anorexie recouvre un refus de s’alimenter, la boulimie répond à des crises alimentaires irrépressibles : elles sont sœurs-opposées. Mais alors, en quoi seraient-elles jumelles ? Aurions-nous tort de penser l’anorexie et la boulimie comme antinomiques ?…

A y réfléchir… non. L’anorexie et la boulimie traversent le terrain des conduites alimentaires pour créer des symptômes : la maigreur dans l’anorexie et les comportements compensatoires dans la boulimie, pour ne citer qu’eux. Et, qui se ressemblent, s’assemblent. Malgré la pluralité et la diversité des deux troubles en question, anorexie et boulimie se rejoignent et se recoupent. En effet, ces deux pathologies usent d’un même outil, qui traduit une même souffrance et cache une même et profonde solitude dépressive. L’anorexie et la boulimie sont deux fausses-jumelles : jumelles en ce qu’elles crient une douleur psychique et physique à l’unisson ; fausses-jumelles car chacune travaille dans son sens.

Dès lors, il n’est pas rare d’apprendre la survenue d’épisodes anorexiques dans le passé d’une personne souffrant de boulimie. D’où, encore une fois, l’image des fausses-jumelles. L’anorexie et la boulimie ont discrètement et conjointement œuvré dans la même personne. Comment comprendre ce qui, de prime abord, nous étonnerait ? Remettons-nous en à la nature… Le sujet souffrant d’anorexie s’est privé des aliments tant et si bien qu’il se rue sur la nourriture. Qui est affamé, mange sans compter. A trop vouloir se restreindre et se maîtriser, il perd toute maîtrise et s’abandonne à des crises boulimiques.

Si l’anorexie et la boulimie sont deux sœurs-jumelles, nous serions tentés de croire en un même noyau de souffrance : une errance dépressive.

Géraldine Munch

Boulimie ou quand manger n’est plus un plaisir.

Ce qui laisse le sujet aux prises avec ses propres logiques boulimiques est sans doute la perte de plaisir. Lorsque l’acte de manger est perverti, que les aliments-pansements deviennent une addiction, le besoin primaire de se nourrir n’est plus source de satisfaction.

La personne qui souffre de boulimie a substitué au besoin de s’alimenter celui de se consoler. La fonction primaire de la nourriture n’est plus d’assurer la survie de l’individu ; toute fonction subsidiaire est effacée. En effet, la consommation de nourriture est exempte de tout plaisir puisqu’elle s’intègre dans le cercle vicieux de la boulimie : souffrance – crise – souffrance. Ce qui au départ avait pour vertu de procurer sensations et contentements est anesthésié : il n’est plus questions de saveurs, d’arômes, de goût, de dégustation et d’appréciation de la nourriture.

Dès lors, nous comprenons en quoi l’absence de plaisir participe de la souffrance dans la pathologie boulimique. Si la souffrance va de pair avec l’absence plaisir, le malaise du sujet vient en partie de ce que manger a perdu de sa valence hédonique. Le travail psychothérapeutique qui peut être engagé avec une personne souffrant de boulimie s’articule, entre autres, autour de l’axe « plaisir ». Il s’agit de faire recouvrir au sujet une source naturelle de plaisir : l’acte de manger. Réapprendre le plaisir de manger a pour objectif d’atténuer le déplaisir qu’engendrent les crises de boulimie.

Dans la boulimie, l’individu perd toute notion de plaisir lié à la consommation de nourriture. Manger aide le sujet à survivre, à vivre ses peines tant qu’il le peut. A condition que l’acte de manger renoue avec des plaisirs subséquents, il aura initié la rupture d’un cycle de souffrance.

Géraldine Munch

Sortir de la boulimie : une question de volonté ?

Le discours boulimique se heurte souvent contre l’opinion commune : tandis que l’un soutient qu’il « ne peut pas faire autrement (que manger lors de ses crises)», les autres rétorquent que « tout n’est qu’une question de volonté ». De quelle utilité seraient donc les psychologues cliniciens spécialisés dans les T.C.A si la seule volonté permettait de s’en sortir ?… aucune !

Dès lors, nous comprenons bien que la pathologie boulimique donne du fil à retordre à celui qui en est atteint et à celui qui la traite : le patient et le psychothérapeute. Tous deux œuvrent dans un but précis : faire en sorte que le patient ne souffre plus de son trouble. Certes, le travail psychothérapeutique appelle la volonté du sujet : il est nécessaire que le patient ait la volonté de se sauver lui-même. Au-delà de cette volonté primaire, la volonté consciente qui permettrait au sujet d’empêcher une crise de boulimie n’a plus lieu d’être. En effet, il est extrêmement important d’avoir à l’esprit que ce qui motive la personne à manger par crises, c’est une pulsion et non un désir.

Loin d’être décidée, prévue ou encore voulue, la crise de boulimie échappe à toute volonté puisqu’elle s’inscrit dans un cadre pulsionnel. Une pulsion se manifeste à l’instar d’un instinct : pulsion et instinct ont cela de commun qu’ils ne dépendent pas d’un choix de la raison. Le sujet qui subit une pulsion se retrouve impuissant face à des idées et des comportements qu’ils ne contrôlent pas. La pulsion est comme l’orage dans le ciel : en un éclair, le ciel se pare d’un gris noirâtre et fait détonner le tonnerre, tomber la pluie. Il peut être imprévisible et dure un temps indéterminé. Après la pluie (la crise), vient le temps des pleurs, des peines et des remords : la personne qui souffre de boulimie culpabilise d’avoir laisser entrer l’orage sous son toit.

La boulimie n’est pas seulement une question de vouloir mais aussi de savoir : il convient de savoir de quoi l’on souffre pour s’en sortir.

Géraldine Munch