La boulimie : un paradoxe.

Si les Troubles des Conduites Alimentaires (T.C.A) ont tous comme dénominateur commun une dépendance à la nourriture, la boulimie pourrait être considérée à l’instar d’une drogue dure. La boulimie est à elle-même un paradoxe dur à gérer.

Le psychanalyste, psychologue-clinicien et président de notre association, Monsieur Pascal Couderc, a souvent recours à la phrase suivante dans sa pratique psychothérapeutique : « ce qui différencie la boulimie d’autres addictions comme l’alcoolisme par exemple, c’est le fait que nous puissions vivre sans boire d’alcool mais que nous ne puissions pas vivre sans manger ». Voici-là le cœur même du paradoxe de la boulimie : la nourriture est source de vie autant que d’ennuis. Dans la boulimie, la nourriture n’est plus vitale mais toxique ; au lieu de se nourrir, la personne s’empoisonne. La contradiction inhérente à la boulimie réside dans cette double fonction attribuée à l’alimentation : elle est nécessaire à la survie de l’être humain et, elle est nécessairement pathologique lorsqu’elle est pervertie.

On comprend que, dans le cas de la boulimie, il s’agit de faire en sorte que la nourriture retrouve son rôle premier, celui de nourrir. Elle devient nuisible et pathogène lorsque la personne lui confère d’autres pouvoirs comme celui de consoler. « C’est quand je suis seule que je fais une crise de boulimie » ; « quand je me sens stressée, je fais automatiquement une crise » ; « quand cela ne va pas, je fais toujours une crise » : autant de phrases entendues de la part de personnes souffrant de boulimie qui témoignent de la vertu calmante de la nourriture. Durant les crises de boulimie, la nourriture n’a plus sa valeur nutritive et, elle est utilisée à des fins qui n’ont plus rien à voir avec la faim. La nourriture trompe l’ennui, console, empêche de penser, occupe, agit au même tire qu’un anti-stress.

Dans le cadre d’un suivi thérapeutique destiné à guérir la boulimie, la personne réapprend à manger pour se nourrir ; elle ne mangera plus pour se guérir. La véritable guérison, celle qui fait recouvrir à la nourriture son statut initial, réside dans une analyse approfondie de ce qu’elle remplaçait ou dissimulait. Si l’on parvient à identifier et à nommer le mal que cache et disperse la nourriture, on aura désamorcé le processus de guérison. A partir du moment où le symptôme (la crise de boulimie) perd la fonction que la personne lui attribue, il n’a plus de raison d’exister et finit par disparaître. L’objectif du travail psychothérapeutique est d’éteindre le symptôme par la compréhension des souffrances individuelles. Mettre du sens sur son vécu, ses traumatismes et son mal-être aide au mieux la personne en souffrance. A condition que le patient et le psychologue-clinicien cherchent ensemble la signification du symptôme, le patient pourra alors se concentrer sur les causes directes de ses souffrances. En tuant le symptôme, ils réussissent tous deux à remonter à ses origines : qu’est-ce-qui a fait de la nourriture un remède compulsivement recherché ? Guérir est en effet un parcours du combattant où il faut mener une lutte acharnée contre ce qui nous empêche de vivre mieux.

La principale contradiction dans la boulimie est due à une utilisation symptomatique de la nourriture : cette dernière n’est plus seulement un argument vital mais le symptôme que quelque chose va mal.

Géraldine Munch

Si ce contenu vous a intéressé, partagez Partager sur TwitterPartager sur FacebookPartager sur GooglePlusPartager sur PinterestPartager sur Linkedin