L’anorexie : la mort dans le miroir.

L’anorexie est souvent considérée comme le contraire de la boulimie en ce qu’elle impose une restriction alimentaire draconienne. Du Grec oreksis qui signifie « désir », l’AN-orexie constitue la négation d’un désir : celui de manger… d’exister.

Au-delà d’un refus presque inconscient de se nourrir, celui ou celle qui souffre d’anorexie se refuse d’exister. Elle prive son corps de vie : son visage est émacié, d’une pâleur cadavérique ; ses joues sont creuses, ses yeux dessinent de vastes cernes ; son corps est visiblement amaigri et son moral affaibli. Que ce soit sur un plan physique ou bien psychique, la personne qui souffre d’anorexie s’inflige sa propre mort. Lorsqu’elle affronte l’épreuve du miroir, elle y voit un corps à oublier tandis que les autres y verraient un corps et un être à consoler.

Celui ou celle qui souffre d’anorexie s’illustre souvent comme quelqu’un de timide, qui ne fait pas de bruit, qui passe quasiment inaperçu. Et c’est bien là le propre de la problématique anorexique : le corps de l’individu est si diminué qu’il en devient transparent. Alors qu’il tente inconsciemment d’être l’oublié de tous, il se fait d’autant plus remarquer qu’il martyrise physiquement un corps qui ne lui appartient plus. Le sujet est une âme errante qui crie sa détresse au travers d’un corps qui tombe en lambeaux. Ne plus manger sonne alors comme ne plus souffrir ; cesser de manger, cesser d’exister, pour cesser de souffrir : telle est la logique sous-jacente de la pathologie anorexique.

La personne qui souffre d’anorexie se sent dépossédée de son propre corps. Ce dernier n’est plus qu’une ombre, un reflet dans le miroir. Il sert de support aux tourments du sujet qui, par désespoir, se laisse dépérir et poursuit lentement sa descente aux enfers.

Géraldine MUNCH

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