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Les troubles de la sexualité Version imprimable Email
les troubles de la sexualité
 

 

La sexualité est partie intégrante de l'être humain, dès sa naissance.

Il existe, Freud l'a bien décrit, une sexualité infantile essentiellement psychologique. Elle s'inscrit très rapidement dans les rapports - relationnels évidemment et pas encore sexuels - avec les adultes, particulièrement les parents. L'éveil psychologique de la sexualité est très précoce. Il existe objectivement chez le petit enfant des sensations de plaisir sexuel, en général auto-érotique (masturbation). C'est une chose bien connue, qui joue un rôle important dans la maturation ultérieure des circuits orgasmiques par le souvenir qu'elle en laisse de manière inconsciente. Cette sexualité, dès les premières années, se manifeste sur le même mode que la perception de sensations et d'émotions équivalentes. Mais elle est différente de la sexualité adulte. Le corps n'est pas mûr.

A l'adolescence, sous l'effet de la sécrétion d'hormones sexuelles se produit un bouleversement. Le corps et les organes génitaux deviennent adultes, aptes à la relation sexuelle, et donc à la reproduction. Cette aptitude est ressentie par tout un chacun de manière naturelle, pulsionnelle, par l'éveil du désir sexuel. Cela conduit de nombreux adolescents à la masturbation. Ce qui est normal, très naturel et pas toujours contrôlable.

Pour s'exprimer physiquement, cette maturation sexuelle nécessite une maturation psychique. Et cela dépend essentiellement de l'éveil psychoaffectif, qui demande un long travail. Ce travail est lent, probablement plus lent que la maturation physique, et dépend de notre vécu inconscient, celui des premières années comme celui des expériences et des découvertes ultérieures.

La maturation sexuelle à l'adolescence est ,par ailleurs impossible si l'on n'a pas fait le deuil des relations qui furent la cause de nos premiers émois. Il faut donc gérer de manière inconsciente le vécu psychologique des premières années et en particulier ce qu'il est convenu d'appeler le conflit oedipien.

Cette période de découverte d'une sexualité adulte permet de replacer la sexualité dans sa finalité, la relation à l'autre, et de découvrir le plaisir partagé. Elle crée des liens très forts, qui transforment et qui permettent d'accéder à une sexualité globale : corporelle et sentimentale. Mais cet éveil nécessite la maturation, la découverte lente et progressive de soi-même et de l'autre. Sans elle, la relation sexuelle n'est qu'une relation physique, incomplète, décevante et source d'insatisfactions.


 I- Théorie psychanalytique


La libido est l'énergie psychique des pulsions sexuelles qui trouvent leur régime en terme de désir, d'aspirations amoureuses, et qui, pour Freud, rend compte de la présence et de la manifestation du sexuel dans la vie psychique.

Le narcissisme correspond à un stade du développement et à un des éléments rentrant normalement dans l'équilibre de la libido.
Le narcissisme est l'amour que porte le sujet à un objet très particulier : lui-même.

Jusque-là, le narcissisme renvoyait plutôt à une idée de perversion : au lieu d'aller prendre un objet d'amour ou de désir extérieur à lui, et surtout différent de lui, le sujet choisissait comme objet son propre corps.

Mais à partir de 1914, Freud fait du narcissisme une forme d'investissement pulsionnel nécessaire à la vie subjective. C'est-à-dire plus du tout quelque chose de pathologique, mais au contraire une donnée structurale du sujet.

Il faut dès lors distinguer plusieurs niveaux d'appréhension du concept. En premier lieu, le narcissisme représente à la fois une étape du développement subjectif et un résultat de celui-ci. L'évolution du petit d'homme doit l'amener non seulement à découvrir son corps, mais aussi et surtout à se l'approprier, à le découvrir comme le sien propre. Cela veut dire que ses pulsions, et particulièrement ses pulsions sexuelles, prennent son corps pour objet. De ce moment existe un investissement permanent du sujet sur lui-même, qui contribue notablement à sa dynamique et participe des pulsions du moi et des pulsions de vie. Ce narcissisme constitutif et nécessaire, qui procède de ce que Freud appelle tout d'abord l'auto-érotisme, se redouble généralement d'une autre forme de narcissisme à partir du moment où la libido s'investit également dans des objets extérieurs au sujet. En effet, il arrive alors que les investissements objectaux soient concurrentiels des investissements moïques ; c'est lorsque adviennent un certain désinvestissement des objets et un repli de la libido sur le sujet que l'on peut repérer cette deuxième forme de narcissisme, qui intervient en quelque sorte comme une deuxième phase.

Ainsi, le narcissisme représente également une sorte d'état subjectif, relativement fragile et facilement menacé dans son équilibre. Les notions d'idéaux, en particulier le moi idéal et l'idéal du moi, s'identifient sur cette base. Et des altérations du fonctionnement narcissique peuvent avoir lieu : par exemple les psychoses, et plus précisément la manie et surtout la mélancolie, sont justement pour Freud des maladies narcissiques, caractérisées soit par une inflation démesurée du narcissisme, soit par sa dépression irréductible ; aussi est-ce pour cela qu'il les appelle psycho-névroses narcissiques.

A partir des années 1920 et de l'avènement de sa deuxième topique, Freud préféra distinguer nettement les deux formes de narcissisme évoquées plus haut en les qualifiant de " primaire " et de " secondaire " ; mais, ce faisant, il en vint à presque assimiler le narcissisme primaire à l'auto-érotisme.


Freud distingue deux modalités d'organisation de la libido, prégénitale et génitale. La phase prégénitale comporte le stade oral et le stade anal.

Le stade oral est caractérisé par une organisation sexuelle " cannibale ", au cours de laquelle l'activité sexuelle n'est pas séparée de la fonction de dévoration : ces deux activités visent à l'incorporation de l'objet. De sorte qu'à ce stade la pulsion orale se trouve à l'évidence étayée par la fonction digestive. La succion apparaît dès lors comme un " vestige " de ce degré initial du stade car elle consacre la séparation des activités sexuelle et alimentaire, remplaçant l'objet extérieur par une partie du corps du sujet : dès lors, cet acte, répétitif, chargé de procurer du plaisir, devient auto-érotique - la zone bucco-labiale est dès lors désignée comme zone érogène. Freud attache une importance capitale à cette première partie du stade oral pour la détermination de la vie sexuelle future. En particulier dans le choix ultérieur d'objet : le sein apparaît ainsi comme essentiellement perdu et " trouver l'objet sexuel n'est en somme que le retrouver ".
Une seconde phase du stade oral est caractérisée par le passage de la succion à la morsure, où apparaît combinée à la libido une pulsion agressive et destructrice.

Le stade sadique-anal est le deuxième stade, faisant suite au stade oral. Le stade sadique-anal est régi par l'érogénéité de la zone anale ; cette organisation libidinale est liée aux fonctions d'expulsion-rétention et se fait autour de la symbolisation des matières fécales, objet séparable du corps au même titre que le sein. Les pulsions érotique-anale et sadique résident dans cette phase prégénitale de la sexualité infantile. Les notions de passivité et d'activité traduisent la bipolarité de la fonction anale, qui étaye les deux pulsions partielles : d'emprise, liée à la musculature, et de passivité, liée à la muqueuse anale.

Le stade phallique est la phase caractéristique de l'acmé et du déclin du complexe d'Oedipe, essentiellement marquée par l'angoisse de castration. Aussi bien chez la fille que chez le garçon, ce stade succède aux stades oral et anal dans une unification des pulsions partielles sur la région génitale représentée par le phallus ; pour les deux sexes, en avoir ou pas caractérise ce stade : " En effet, cette phase ne connaît qu'une seule sorte d'organe génital, l'organe masculin. "

Cette mise en place assez tardive du stade phallique représente pour Freud une transition avec sa description initiale : inorganisation des pulsions sexuelles prégénitales, opposée à l'organisation génitale adulte. Cette phase phallique est sous le signe de la castration, ce qui pose la question, dans son rapport à l'oedipe, de l'existence même de ce stade : la découverte par la fille de l'absence du pénis (l'envie du pénis venant déterminer l'asymétrie, au regard des rapports parentaux, entre le garçon et la fille) peut aussi bien être rangée dans une perspective d'intersubjectivité que d'accession à un stade.

Le stade génital : C'est par la période de latence que se termine le stade phallique : elle sépare ainsi la " première poussée ", qui commence entre 2 et 5 ans, " caractérisée par la nature infantile des buts sexuels ", et la " deuxième poussée ", qui " commence à la puberté et détermine la forme définitive que prendra la vie sexuelle ". Cette poussée en deux temps est d'une importance décisive pour les troubles chez l'adulte. " Le choix de l'enfant survit dans ses effets, soit qu'ils demeurent dans leur intensité première, soit que, pendant la puberté, ils connaissent un renouveau " : c'est en effet à cette période que se place le refoulement secondaire.
La pulsion sexuelle auto-érotique caractérisant les stades provient de divers pulsions partielles et de diverses zones érogènes tendant chacune à la satisfaction. A la puberté, ces pulsions coopèrent et un but sexuel nouveau apparaît ; les zones érogènes se subordonnent au " primat de la zone génitale ". Dès lors, le caractère normal de la vie sexuelle est assuré par la conjonction de deux courants vers l'objet et le but sexuel : celui de la tendresse et celui de la sensualité.

 


La puberté : Le développement pubertaire, qui marque le passage de l'état d'enfance à celui d'adolescence, comporte trois phases principales : la " prépuberté ", période d'amorce du processus, souvent caractérisée par une forte croissance staturale ; " l'éclosion pubertaire ", marquée chez les filles par l'apparition des règles et chez les garçons par la capacité d'éjaculation ; la " maturité pubérale ", phase d'achèvement du développement des caractères sexuels primaires (organes génitaux) et secondaires (pilosité, voix, etc).
L'avènement de la puberté inaugure les transformations qui doivent mener la vie sexuelle infantile à sa forme normale définitive. La pulsion sexuelle était jusqu'ici essentiellement auto-érotique, elle trouve à présent l'objet sexuel.


L'adolescence se caractérise par un double mouvement propre à sa dynamique psychique et somatique.
- la puberté en constitue la première étape, mettant au premier plan d'une part l'apparition des caractéristiques sexuelles secondaires, l'achèvement du développement des fonctions somato-biologiques, et d'autre part la résurgence, qu'occasionne cet achèvement biologique, des éprouvés oedipiens infantiles.
- La deuxième étape est celle de l'adolescence proprement dite. Ce mouvement signe l'abandon des positions infantiles et parricides, le renoncement au choix d'objets incestueux, permettant à l'adolescent de s'engager dans la rencontre avec des objets dits " adéquats " hétérosexuels, non incestueux, extra-familiaux, anti-narcissiques. Cette étape s'achève avec l'identification aux images parentales, offrant ainsi à l'adolescent la possibilité de se vivre parent à son tour.

 

- Les principes du cours des événements psychiques énoncés par Freud :

§ Principe de plaisir et principe de réalité

Dans un premier temps, Freud, met au centre de sa théorie le " principe de plaisir ". Mais, contrairement à ce que l'on pourrait croire, la fonction de ce principe n'est pas de rechercher le plaisir mais d'évacuer le déplaisir que provoquent chez l'être humain ses tensions internes (faim, désir sexuel, etc.). A cette étape, toute tension est pour Freud synonyme de déplaisir. Plus tard, il nuancera le propos et reconnaîtra l'existence de tensions agréables, tensions sexuelles par exemple.

Le " principe de plaisir " ainsi conçu est un principe de stabilité : il tend à maintenir constant le niveau des excitations. Au début de la vie, il règne seul en maître et pousse le nourrisson à rechercher le moyen le plus immédiat pour apaiser ses tensions. Confronté à la faim, il commence probablement par " halluciner " l'objet qui pourrait la combler. Et c'est seulement parce que l'hallucination ne lui apporte aucun apaisement qu'il cherche un autre mode de satisfaction, moins rapide mais plus sûr : il se tourne vers le sein ou le biberon réels que lui propose sa mère.

Le " principe de réalité " se met ainsi en place : pour obtenir satisfaction, le nourrisson est obligé de prendre en compte la réalité. Mais le " principe de plaisir " et son mode - hallucinatoire - de satisfaction ne disparaissent pas pour autant. Freud pense qu'ils continuent à être à l'oeuvre dans les rêves et les fantasmes, et précise que les pulsions sexuelles ne sont " éduquées " que tardivement et toujours imparfaitement. Dans ce domaine, l'imagination reste souvent plus puissante que la réalité. D'où une grande partie de nos ennuis. Car notre capacité à trouver du plaisir dépend, dès lors, essentiellement de " ce que nous avons dans la tête " : entre nos partenaires réels et nous, se dresse toujours la barrière de nos fantasmes et la plus belle des maîtresses ou le plus habile des amants peuvent échouer à la franchir.


§ Pulsion de mort et " principe de nirvana "

Notre " mécanique " intérieure - et inconsciente - est d'autant plus complexe que la recherche du plaisir n'est pas notre seul gouvernail. Poursuivant ses recherches, Freud va en effet découvrir qu'il existe en nous quelque chose de plus fort que la recherche du plaisir, un " au-delà du principe de plaisir " : une " compulsion de répétition " qui nous amène à revenir toujours au même, à remettre indéfiniment nos pas dans les pas précédents, même si c'est aux prix d'une souffrance. Après un traumatisme, par exemple, la victime est obsédée le jour par l'événement, et le revit chaque nuit en rêve. C'est une douleur infinie qu'elle ne cesse cependant de faire se répéter.

Partant de ce constat, Freud va affirmer qu'il existe en l'homme une force de destruction qui le pousse à retourner sans cesse en arrière, comme s'il voulait revenir à l'inanimé d'où il vient. Il va nommer cette force " pulsion de mort " et poser à côté du " principe de plaisir ", qui tend à maintenir constant le niveau des tensions, un " principe de nirvana " qui vise, lui, à évacuer toute tension.

Dans le domaine du plaisir, cette " pulsion de mort " permet d'expliquer deux choses. D'une part, la recherche du plaisir dans la douleur : le sadisme et le masochisme. La destruction est soit retournée contre le sujet lui-même, soit dirigée contre l'autre. D'autre part, l'énergie colossale que nous sommes tous capables de déployer pour nous interdire le plaisir. En fait, nous nous frustrons comme nous avons été frustrés, reproduisant méthodiquement l'arbitraire et l'absurde dont nous avons été victimes.

Quant au " principe de nirvana " dont parle Freud, il n'est pas sans évoquer ces moments où, fermant la porte aux plaisirs, certains se laissent sombrer dans le confort mortifère de la non-vie, refusant obstinément d'en sortir.

Dans nos têtes, la vie ne naît que d'un combat contre la mort, et le plaisir, parce qu'il est du côté de la vie, n'est, à l'instar de ce combat, jamais gagné d'avance.

Il l'est d'autant moins qu'il peut être mis en échec par la " jouissance ", concept élaboré par Lacan. Freud avait montré que la sexualité naît dans la toute petite enfance et qu'elle ne commence pas par le sexe mais par les parties du corps du nourrisson qui sont l'objet des soins de sa mère (ex :en premier lieu la bouche). Pendant l'allaitement, en effet, le bébé découvre, au niveau de ses lèvres, une sensation agréable produite par le passage du lait chaud et le mouvement de succion qu'il fait pour l'ingérer. Une fois sa faim apaisée, il va chercher à reproduire cette sensation voluptueuse : en l'absence de sa mère et du sein (ou du biberon), il va se livrer au " suçotement ", activité auto-érotique qui ne nécessite ni autre ni objet.

Le premier plaisir " sexuel " apparaît ainsi. A sa suite, l'enfant en découvrira un autre -lié à l'anus et à la défécation - et le fera se reproduire en retenant le contenu de ses intestins. Des " pulsions partielles " se mettront ainsi en place, qui fonctionneront chacune pour elles-mêmes, jusqu'à ce que le sexe, devenant le lieu principal du plaisir, elles ne soient plus que des préliminaires à un plaisir " génital " devenu essentiel. Reprenant cette naissance de la sexualité, Lacan va mettre l'accent sur l'importance de l'intervention de la mère dans ce processus.

Le bébé, en effet, la première fois qu'il est nourri, vit une expérience quasi magique. Il éprouve la tension de la faim. Il crie, sans que, à cette étape, son cri s'adresse à qui que soit (le bébé n'a pas conscience de l'extérieur). Et il se retrouve instantanément comblé par un sein ou un biberon qui semblent tombés du ciel. Cette première expérience de jouissance totale restera à tout jamais unique. Car, le sein ou le biberon ne venant pas du ciel mais de la mère, l'enfant va devoir compter avec elle. C'est à elle désormais que s'adresseront ses appels et, de ce fait, pour lui tout va changer. Il va devoir comprendre qu'il est dépendant d'elle, de ses soins, de son amour, qu'il n'obtiendra les choses que s'il les lui demande, qu'elle peut s'avérer défaillante.

Le paradis de la première jouissance sera donc, dès lors, pour lui, à tout jamais perdu et l'adulte qu'il deviendra devra essayer d'en faire le deuil. Ce qui n'est, on le sait, jamais totalement possible.

Marqués par cette première perte, nous vivons tous avec un " manque " car, contrairement à cette jouissance première, nos plaisirs ont des limites. Ce " manque " jamais comblé nous sert de " moteur " pour désirer mais il explique aussi un certain nombre de nos difficultés avec le plaisir.

Cette théorie nous permet de prendre la mesure du problème. De comprendre que si l'animal trouve son plaisir dans la satisfaction de ses besoins, réglée selon un schéma immuable par l'instinct, chez nous, humains, le problème est tout autre. Notre accès au plaisir dépend d'un psychisme et d'un corps marqué par notre histoire, le langage et la dépendance à l'autre. Soumis à l'inconscient.

Le rapport à la nourriture, au sexe, à la vie est, chez nous, affaire non de besoin mais de désir. Nous mangeons comme on nous a nourris et, " boulimiques " ou " anorexiques ", ignorons (ou refusons) parfois les limites de notre " vraie faim " - et le plaisir à la satisfaire - car personne, autrefois, ne les a pris en compte.

Nous touchons comme on nous a touchés et éprouvons de même le toucher de l'autre : le corps refuse parfois les caresses de l'amant parce qu'il se souvient de la violence d'une mère.

Nous sommes dépendants des interdits
. De ceux qui n'avaient aucun sens et que nos parents nous ont opposés néanmoins, au nom de leur névrose et/ou de leurs convictions morales ou religieuses. Nous contraignant à une culpabilité sans fin. Des interdits, aussi, qui auraient dû être posés et qui ne l'ont pas été, nous obligeant dès lors à baliser le monde d'interdictions, à refuser le plaisir par peur de (re)sombrer dans le gouffre de l'inceste.

Nous sommes dépendants de nos " modèles identificatoires " : nous accueillons ou refusons le plaisir comme nous avons vu nos parents le faire. A notre insu, " l'enfant en nous " règle nos plaisirs alors que nous nous en croyons les maîtres. Comment, devenus adultes, soigner cet enfant qui nous refuse le plaisir comme on lui a refusé ? Peut-être simplement en acceptant qu'il existe et en ne refusant pas de l'écouter. Il est là dans nos mots, nos rêves et notre corps et détient la clé de tous nos troubles, notamment sexuels. Freud ne l'ignorait pas, qui écrivait, en 1905 : " Lorsqu'on voit un enfant rassasié quitter le sein en se laissant choir en arrière et s'endormir, les joues rouges, avec un sourire bienheureux, on ne peut manquer de se dire que cette image reste le prototype de la satisfaction sexuelle dans l'existence ultérieure. "

 

 

 

II Point de vue historique

Vers le milieu des années 60, tous les pays occidentaux ont connu, en matière de moeurs, une grande rupture historique, heureuse dans son principe, qu'on a baptisé la " révolution sexuelle " : déculpabilisation du plaisir, fin de la censure, permissivité revendiquée, émancipation de la femme, légalisation de la contraception et de l'avortement, acceptation de l'homosexualité. Ces changements décisifs et probablement définitifs dans nos pratiques amoureuses se sont accompagnés de réformes juridiques importantes pour tout ce qui touche au droit de la famille (mariage, divorce, filiation, etc.).
Ces bouleversements ont été si radicaux et si subits qu'il nous aura fallu plusieurs décennies pour en prendre la vraie mesure et en discerner les limites.

Aux alentours de 1965, soit vingt ans après la Seconde Guerre mondiale, les sociétés occidentales sont sorties de façon spectaculaire d'un cycle historique d'un peu plus d'un siècle, cycle marqué par une rigidité morale, une prévalence des valeurs familiales, un souci de procréation et, donc, une défiance instinctive à l'égard du plaisir " gratuit ". Cette lourde armature contraignante s'effritait subitement et, dans un premier temps, silencieusement. C'est en effet dès le milieu des années 60 que, de l'Europe aux Etats-Unis, on a pu noter une discrète inversion de la plupart des indicateurs statistiques touchant à la vie privée : augmentation tendancielle des divorces, diminution des naissances, chute progressive du nombre des mariages, précocité accrue des premiers rapports sexuels, etc. Les événements de mai 68, contrairement à ce que l'on croit, ne feront qu'entériner sur le mode lyrique et idéologique ce qui, pour l'essentiel, s'est déjà produit dans les tréfonds de nos sociétés.

Ce " séisme permissif " des années 60 traduit en réalité une mutation générationnelle. Les jeunes occidentaux nés après la guerre n'acceptent plus cet ordre moral ancien dans lequel ont vécu leurs parents. Ce moralisme occidental, largement partagé jusqu'alors et revendiqué aussi bien à gauche qu'à droite, est l'héritage, non pas des temps immémoriaux (ni même du judéo-christianisme) mais plus prosaïquement de ce que le philosophe Michel Foucault appelait " l'esprit bourgeois " du XIX siècle, lui même aggravé par une obsession démographique particulièrement forte en France.

En vérité, c'est vers 1830 que la démographie française a connu un certain ralentissement. Mais il fallu un peu de temps et une tragédie, la défaite de Sedan en 1870, pour que les élites françaises en prennent conscience. Après Sedan, la France se sent littéralement hantée par la crainte de " ne plus faire assez d'enfants ". C'est en tout cas cette obsession récurrente que l'on retrouve, diversement exprimée, dans la rhétorique moralisante de la fin du XIX siècle. Elle vient alourdir encore un climat moral marqué, depuis la fin du XVIII siècle, par le triomphe d'un puritanisme bourgeois - qui entend s'opposer au libertinage aristocratique - , par l'esprit de parcimonie et la volonté de contrôle social, arrière-plan normatif du capitalisme naissant.

L'obsession démographique, la hantise de la " déperdition " ou de l'hédonisme improductif se conjuguent dès lors avec un obscur sentiment de culpabilité, lui-même lié a l'idée qu'on se fait du patriotisme. Le déficit des naissances sera dorénavant interprété comme un mauvais coup porté à la France. D'où les faveurs nouvelles et durables de l'idéologie " familialiste " et la force contraignante d'une pudibonderie sexuelle bientôt renforcée par un conservatisme religieux, notamment catholique.
Pendant des siècles, en effet, l'église catholique avait été plutôt réticente à l'égard de ces valeurs familiales, leur préférant l'autonomie de l'individu, voir le célibat. Cela avait même constitué l'un des points de désaccord avec la tradition juive qui, elle, mettait au premier plan la famille et la procréation. A la fin du XIX siècle, voilà que l'Eglise endossait cette même obsession démographique, tout en se ralliant, à contrecoeur, à la République. Mais ce faisant, elle en rajoutait dans la sévérité pudibonde, reconvoquant le lourd appareil conceptuel de l'augustinisme (dénonçant le péché de l'homme plus attaché aux créatures qu'au Créateur) et condamnant par exemple ce que Rome appelait " l'onanisme conjugal " : le plaisir pris entre époux mais sans intention de procréer.

Après les terribles saignées de la Grande Guerre, l'effroi démographique se trouva encore aggravé et déboucha sur la loi extraordinairement sévère de 1920, réprimant l'avortement et la contraception. Cette loi sans précédent participait d'un moralisme sexuel que ni l'ancien régime ni l'époque médiévale n'avaient connu. Elle témoignait d'un climat général et fut d'ailleurs maintenue en vigueur, après la fin de la Seconde Guerre, sur les conseils des démographes et de l'économiste Alfred Sauvy, dans une perspective de " reconstruction démographique ". Elle n'a été abrogée qu'en 1967, avec la fameuse loi Neuwirth sur la pilule (19 décembre 1967, Vote de la loi autorisant la contraception). Ainsi s'explique le caractère relativement tardif de la " révolution sexuelle " occidentale.

Sur le terrain plus idéologique, des réflexions d'inspiration fort différentes avaient, depuis plusieurs décennies, préparé les esprits à la grande rupture des années 60. Ainsi en fut-il de l'oeuvre d'un psychanalyste autrichien, Wilhelm Reich, qui fut redécouvert en 1968. Ancien disciple de Freud à Vienne, Reich avait écrit ses principaux livres dans les années 30. Il reliait la " révolution sexuelle " radicale, qu'il appelait de ses voeux, à la révolution tout court. Sur ce point, il reprochait au communisme soviétique son infidélité aux idéaux libertaires des origines et fustigeait le néo-moralisme prolétarien. Freudien dissident, communiste libertaire, il fut, de façon posthume, un gourou idéal pour certains soixante-huitards.
De l'autre côté de l'Atlantique, au tout début des années 50, le rapport Kinsey joua un rôle finalement comparable. Mais ce fut, cette fois, par le truchement d'une démarche scientifique. En proposant, hors de tout jugement moral, une description purement statistique du comportement sexuel des américains, Kinsey fondait en quelque sorte la sexologie. Après lui, on allait prendre l'habitude de fonder le " discours sexuel " non plus sur des jugements de valeur, mais sur des considérations amorales fort éloignées du puritanisme traditionnel : bon fonctionnement ou dysfonctionnement de la sexualité, éducation et apprentissage technique, volonté prosélytiste de combattre la " misère sexuelle ", légitimité des préférences individuelles, etc.
C'est notre perception même de la sexualité qui s'en trouva changée. Et ce pour des dizaines d'années. Toute révolution court évidemment le risque de basculer dans l'excès. La révolution sexuelle des années 60 n'échappa pas à la règle. A ce long siècle puritain et " familialiste " succéda sans transition, tout au long des années 70 et 80, une utopie permissive largement irréfléchie. Tout se passa comme si nos sociétés - au moins dans leur discours dominant - prenaient au pied de la lettre le fameux slogan de mai 68 : " Il est interdit d'interdire. " D'où une interprétation assez infantile de la sexualité humaine, présentée comme une fonction biologique. Et, surtout, une étrange et durable complaisance à l'égard de certaines transgressions - comme l'inceste, la pédophilie, le harcèlement sexuel - dont on " oublia " la fondamentale gravité.

Nos société se comportaient comme si elles avaient historiquement dépassé le stade de l'interdit lui-même, comme si la simple évocation de limites à poser ou de régulations à introduire était forcément réactionnaire et annonciatrice d'un " retour à l'ordre moral ". A la révolution permissive succédait en somme un fétichisme dogmatique de la permissivité. Dans le même temps, la société libérale récupérait à son profit une bonne part des conquêtes soixante-huitardes. Le sexe devenait aussi un vaste marché et bien des formules héritées de mai 68 se voyaient recyclées en slogans publicitaires.

Aujourd'hui arrive enfin le temps du rééquilibrage et de l'inventaire critique. Il est le fait des psychanalystes, des magistrats, des philosophes. Sans renier les principales conquêtes d'il y a trente ans (émancipation des femmes, statut des homosexuels, déculpabilisation du plaisir, etc.), il s'agit de réapprendre, non pas la pudibonderie, mais ce que Freud appelait la " fonction structurante de l'interdit ". Aucune société humaine ne peut se perpétuer sans un minimum de régulation sexuelle. Aucun groupe ne saurait céder au laxisme " permissif " dès lors qu'il s'agit, par exemple, de la violence faite aux enfants, de l'inceste ou du viol. Peu à peu, comme autant de signes d'une maturité lentement conquise, quelques évidences oubliées refont surface. Ainsi, cette vérité anthropologique élémentaire : à la différence de la sexualité animale, la sexualité humaine n'est pas une simple fonction physiologique ; elle est " culture " autant que " nature ". Dans n'importe quelle société humaine, les rapports sexuels ne sont donc jamais régulés par une horloge biologique (ce qui est le cas pour le " rut " animal) mais par des interdits et contraintes d'essence culturelle. Le premier d'entre eux étant la prohibition de l'inceste.
C'est parce qu'elle participe du processus d'humanisation lui-même - de la " culture " humaine, entendue au sens large - que notre sexualité engage notre rapport à l'autre. Contrairement à ce qu'avaient fini par croire les adeptes de Kinsey, elle ne met pas seulement en relation deux corps ou deux libido, mais aussi deux sujets. Le partenaire sexuel n'est jamais un pur " outil " de plaisir mais une personne. Quant à la véritable transgression sexuelle, elle commence précisément, non pas quand on contrevient à un quelconque dogme puritain, mais quand cette altérité est niée, oubliée ou violentée.

 

III- Point de vue sociologique


Le contexte ethnique, culturel, religieux et social qui peut avoir une influence sur le désir sexuel, les anticipations et les attitudes relatives à l'accomplissement de l'acte sexuel. Par exemple, dans certaines sociétés, on attache moins d'importance aux désirs sexuels de la femme (en particulier quand la préoccupation principale est la fertilité).

Dès le début du siècle, les sexologues et les psychanalystes s'accordent sur un point : impuissance et frigidité sont des troubles très répandus.
" On ne peut assez surestimer le pourcentage des hommes relativement impuissants (...). L'éjaculation précoce n'est plus considérée comme une maladie, elle est un fait accompagnant la civilisation. ", écrit H. Ellis en 1909 dans son livre L'homme et la femme. Freud note : " Les non-initiés ne peuvent vraiment pas croire combien il est rare de rencontrer des hommes ayant une puissance sexuelle normale et combien il est fréquent de trouver la frigidité chez la moitié féminine des couples mariés dominés par la morale sexuelle civilisée qui est la nôtre. " (1908). F. Dolto fait ce constat : " Il n'est pas exagéré de dire que près de la moitié des femmes de nos sociétés civilisées sont totalement ou partiellement frigides, de même, presque toutes les femmes connaissent des périodes transitoires de frigidité relative ou totale avec leur partenaire. " (1982)
.
Au début du siècle l'accent est mis, pour expliquer la massivité de ces faits, sur la nocivité des contraintes sociales (mariage légitime et ses conditions, abstinence jusqu'au mariage, problèmes de contraception). On peut constater, depuis les années soixante-huit que la " libération des moeurs " ne libère pas pour autant le désir. Nombreux sont ceux aujourd'hui, hommes et femmes, qui se plaignent de " ne pas avoir de désirs ". Leur liberté sexuelle à l'orgasme sous surveillance, la multiplication des partenaires, des rapports sexuels, des positions, ne règlent en rien la frigidité ou impuissance psychique.

 

 

IV- Les troubles de la sexualité

Les troubles de la sexualité sont caractérisés par une perturbation du désir sexuel et des modifications psychophysiologiques qui caractérisent le déroulement de la réponse sexuelle, et sont à l'origine d'une souffrance subjective marquée et des difficultés interpersonnelles. Les troubles sexuels incluent les troubles du désir sexuel, les troubles de l'excitation sexuelle, les troubles de l'orgasme, et les troubles sexuels avec douleurs.


A- chez l'homme :

- L'impuissance : incapacité pour l'homme de pratiquer l'acte sexuel.
Elle se traduit par la diminution de la fréquence et de l'intensité des érections.

Dans l'impuissance primaire, l'individu n'est jamais parvenu au coït alors que l'impuissance secondaire survient après une période d'activité sexuelle satisfaisante. Elle est souvent en liaison avec des difficultés d'un autre ordre, dues à des événements ou à des problèmes affectifs à composante anxieuse. Rarement totale, l'impuissance est susceptible, lorsqu'elle n'est pas d'origine physiologique ou médicamenteuse, d'être prise en charge par des traitements psychologiques, par exemple par les méthodes comportementales de désensibilisation systématique. Il s'agit alors de diminuer l'anticipation anxieuse que fait naître la perspective d'une tentative soldée par un nouvel échec.
On rapprochera de l'impuissance proprement dite l'éjaculation précoce ainsi que le retard ou l'absence d'éjaculation et l'absence d'orgasme.


B- chez la femme :

- frigidité : Impossibilité pour une femme d'éprouver une jouissance normale au cours des rapports sexuels.
Dans certains cas la frigidité est totale, se caractérisant par l'absence de désir et de plaisirs sexuels. C'est l'anaphrodisie, le trouble à la fois le plus profond et le mieux accepté par la femme, qui consulte rarement pour cette insuffisance complète. En revanche, elle le fera souvent pour les frigidités partielles, où le plaisir sexuel existe, mais reste incomplet. Il s'agit alors de rareté ou d'absence d'orgasme dans les relations sexuelles qui restent satisfaisantes dans la période précédant cette jouissance terminale. Elle le fera également dans les cas de frigidité douloureuse, ou dyspareunie, dont une forme fréquente est représentée par le vaginisme.

On distingue, suivant leur date d'apparition :

- la frigidité primaire qui apparaît dès les premiers rapports sexuels. Fréquente chez la jeune mariée, la frigidité primaire cède souvent spontanément lorsque le couple a acquis une certaine aisance dans la vie commune intime.

- la frigidité secondaire qui survient après une longue période de vie sexuelle satisfaisante. A son origine, on peut trouver une cause organique (maladie générale endocrinienne ou neurologique, ou maladies locales, utérines, vaginales, vulvaires, périnéales, etc.). Mais le plus souvent, la cause est affective (conflit avec le partenaire, adultère, avortement, troubles névrotiques divers).

Le traitement : est d'abord celui de la cause, lorsqu'elle a pu être déterminée.
Pour les frigidités d'origine affective, la psychothérapie d'inspiration analytique pourra élucider le conflit sous-jacent, une grande angoisse de castration, une fixation oedipienne au père, des tendances homosexuelles inconscientes.
Mais souvent de simple conseils concernant la contraception, le comportement du partenaire peuvent suffire.
On peut également utiliser des techniques de rééducation psychosexuelle.


- vaginisme : Trouble se manifestant par des contractions involontaires et spasmodiques de la partie inférieure du vagin. Ces spasmes peuvent se produire alors que cet organe est intact. Ils sont à l'origine d'une douleur qui gène considérablement le coït.
Le vaginisme peut exister en l'absence de troubles d'origine psychologique mais leur est souvent relié.


- dyspareunie : Douleur provoquée par les rapports sexuels.
Son retentissement sur la vie de couple est particulièrement important et c'est un motif très fréquent de consultation des gynécologues et des conseillers conjugaux.
On distingue généralement des dyspareunies de pénétration, ressenties par des femmes à vagin étroit ou à la suite de suture périnéale trop serrée, des dyspareunies de " présence ", liées souvent à des vaginites infectieuses, mycosiques ou trophiques, et des dyspareunies profondes, en rapport avec une rétroversion utérine, une endométriose, une dystrophie ovarienne.

Mais, à côté de ces causes organiques, finalement assez rares, la dyspareunie est souvent d'origine affective, qu'elle soit primaire en apparaissant dès les premières relations sexuelles, ou secondaire, par exemple après un accouchement. Elle masque souvent, chez la patiente, une frigidité névrotique, servant en quelque sorte d'alibi pour se refuser au partenaire.

C'est pourquoi, pour tous ces cas, l'abord psychothérapique est indispensable. Il fera apparaître la cause originaire de la dyspareunie : deuil, crainte d'une nouvelle grossesse, avortement avec sentiment de culpabilité.

La douleur sexuelle s'y manifeste comme un refus de plaisir, une conduite d'autopunition ou un dégoût du partenaire.
On peut également proposer certaines techniques de rééducation sexuelle et utiliser très largement les méthodes de relaxation pour faire cesser ce trouble souvent difficile à guérir.


- L'anorgasmie : Chez les très jeunes femmes, l'anorgasmie vaginale est la norme. Si celle-ci perdure à la maturité, les spécialistes se refusent à la considérer comme une pathologie, sauf dans des cas extrêmes où l'acmé du plaisir ne peut jamais être atteint, même au moyen de la masturbation. Alors seulement, on parle de frigidité qui, à l'inverse de l'anorgasmie, se caractérise par une inhibition du désir et concerne la vie sexuelle dans sa globalité. Le plus souvent, il s'agit d'une privation inconsciente - la personne s'interdit de désirer, de ressentir - liée à la culpabilité ou à une honte transmise par l'éducation.

En fait, pour toute femme, l'accès à l'orgasme reste toujours très fragile. Un événement déprimant ou entamant l'estime de soi - séparation, deuil, licenciement, découverte de l'infidélité du partenaire, notamment - est susceptible de provoquer une anorgasmie transitoire. C'est le cas également lorsqu'un malaise surgit dans le couple, et que la femme, malheureuse, ne parvient pas à exprimer sa souffrance avec des mots. " Si la situation perdure, l'anorgasmie peut être utilisée par l'inconscient féminin comme une vengeance contre le responsable supposé de la situation ", affirme la psychanalyste Catherine Muller. Frustrée dans sa vie, la femme punit l'homme dans sa sexualité pour qu'il le soit lui aussi.

Lorsqu'elle est permanente, et sans motif apparent, l'anorgasmie doit être décryptée comme un symptôme renvoyant à une problématique individuelle inconsciente. Pour l'une, elle exprimera le désir enfoui de ressembler à une mère " virginale " idéalisée, pour l'autre, elle résultera d'une infidélité inconsciente à son père.

Souvent aussi, l'anorgasmie est la conséquence d'un rapport exécrable avec son propre corps remontant à l'enfance. Toutes les femmes réfractaires à l'orgasme ne sont pas encombrées par leur enveloppe charnelle. Toutefois, elles ont en commun de refuser, plus ou moins consciemment, d'assumer dans la relation sexuelle une position féminine qui consiste à être le réceptacle de l'homme. Selon Lacan, ce phénomène tient au fait que le plaisir féminin ne se limite pas à une jouissance d'organe comme chez l'homme, qui jouit de son pénis. Elles ont, de surcroît, accès à un autre type de satisfaction, propre à la sexuation féminine et qui englobe l'intégralité de leur être. Cette jouissance peut être provoquée par l'attente amoureuse, l'élan passionné, davantage que par l'acte sexuel. D'ailleurs pour de nombreuses femmes, il est plus excitant de s'abandonner à la passion absolue que de s'abandonner physiquement dans la relation sexuelle. Il ne s'agit pas d'une peur de la sexualité, mais plutôt d'une recherche d'absolu, d'amour idéal, que le sexe ne saurait combler entièrement.

 

V- La sexualité compulsive ; addiction à l'autre

Afin de posséder un sexe et un sentiment sexuel, il faut d'abord une représentation d'un corps séparé et l'assurance d'une identité subjective. Faute de quoi la sexualité risquera de se voir utilisée en grande partie pour réparer des failles dans le sentiment d'identité.

On peut parler de sexualité addictive quand la sexualité est utilisée plutôt pour fuir des états psychiques pénibles ou pour combler les lacunes dans le sentiment d'identité, que pour réaliser des désirs libidinaux.

" L'objet d'addiction peut être vu comme un pansement pour la psyché qui colmate les brèches narcissiques liées aux défaillances des assises narcissiques et des premiers auto-érotismes en s'offrant comme néo-objet de substitution sous emprise. Il concrétise une source d'excitation externe qui vient relayer les défaillances internes du désir et contre-investir les angoisses de destruction et de vide. Mais il est aussi un pare-excitations face au potentiel excitant des objets et à leur dimension incestueuse. Dans cette perspective, la vulnérabilité addictive peut être vue comme l'utilisation à des fins défensives de la réalité perceptivo-motrice comme contre-investissement d'une réalité psychique interne défaillante et menaçante. "

 

VI- les abus sexuels

§ Inceste :
L'inceste est une relation sexuelle entre deux membres d'une même famille, en général de la famille nucléaire. Le plus souvent, il s'agit d'incestes pére-fille, bien que l'inceste mère-fils existe également. L'inceste frère-soeur, ou avec d'autres membres de la famille, oncles, grands-parents existe aussi. Dans les familles éclatées, il existe également des incestes vécus avec le beau-père ou la belle-mère, présents dans le foyer et qui constituent un référent parentale.

Les incestes sont rarement avoués. Pourtant, ils sont préoccupants, car ces relations sont totalement subies par l'enfant et par l'adolescent, de manière très passive. Elles vont profondément perturber leur développement psychoaffectif (on constate que de nombreuses femmes ayant subient des incestes souffrent de troubles de la sexualité notamment la frigidité). Tout se passe comme si une cassure, une rupture survenait au moment de l'éveil psychoaffectif, et donc du passage le plus important de l'évolution de leur sexualité. Cela provoque de profonds désordres, et des troubles qui perdurent, pour resurgir, en général de manière aiguë, dans des situations de blocage au cours de la vie adulte.


§ Viol :
Le viol s'applique à toute relation sexuelle qui implique une pénétration par la force ou la menace entre individus de sexe différent ou de même sexe.

La blessure occasionnée par un viol entraîne une profonde destruction de la personnalité. La sexualité, dans son fondement psychologique, est atteinte.

 

VII- Amour, désir et vie de couple

L'amour étant par essence narcissique, on peut penser qu'il n'est qu'une tentative pour retrouver l'unité narcissique perdue. Mais, si le narcissisme découpe l'espace formel de l'amour, il apparaît plus incisivement comme ce qui donne forme, certes par l'image idéalisée d'un semblable, à autre chose qui se trouve recherché et retrouvé dans l'amour sans être pourtant reconnu, identifié : dans le souvenir nostalgique des liens oedipiens, les traits de l'objet du désir inconscient.

Dans l'amour, dans le désir d'amour, il n'y a, du point de vue de l'inconscient, qu'amour de l'objet qui viendrait satisfaire le désir inconscient dans sa visée radicale de jouissance. Le partenaire de nos " je t'aime " est donc en l'autre auquel on croit s'adresser, ce qui le rend aimable : quelque chose qu'il représente et qui pourtant ne le concerne pas en tant que tel.

S'il y a une réciprocité totale entre le sujet et l'image fondamentale de son désir inconscient, on comprend que dans le fonctionnement en miroir de l'amour (on n'est jamais amoureux que de sa propre image) se capture la jouissance narcissique, mortelle dans la rencontre fascinante en l'autre aimé de l'objet qui satisfait sans détour au désir d'être " un ". Ce qu'on appelle le " coup de foudre ", comble de la passion amoureuse, sa perfection, trouve là son point de conflagration fusionnel.

Que l'aimé soit le support d'une image partielle, d'un point d'idéal, c'est aussi ce qui apparaît quand celui-ci est un jour entendu dans le bruit qu'il fait en mangeant, le ridicule de son rire, le charme rompu de ses traits. Devenu brusquement dissemblable de l'amour qu'on lui porte, il chute de l'image qui le faisait aimable, désirable. Moment de désillusion qui souvent entraîne une rupture entre amoureux. Mais c'est paradoxalement aussi cette chute de l'idéalisation qui peut permettre une véritable rencontre de l'autre : la reconnaissance de l'altérité suppose que se défasse le mirage et pourtant le sentiment amoureux suppose qu'il se produise.


Les amoureux, le couple où il y a de l'amour, sont dans la quête chez l'autre aimé de ce qui saurait enfin les combler.

C'est dans les premières années de la vie sexuelle que l'orgasme occupe une position centrale de la relation et qu'il est considéré comme le baromètre d'un rapport sexuel réussi. Une connaissance de soi et de l'autre insuffisante fait que le plaisir est souvent très aléatoire pour les femmes et difficilement contrôlable pour les hommes.

La jouissance, elle parle d'abandon, d'émotions, de capacité à se laisser aller à l'autre, à ses fantasmes et à ses sens. La magie de la jouissance réside, pour l'homme comme pour les femmes, dans l'incessante fluctuation entre désir et plaisir.
Au-delà des différences physiologiques et psychologiques entre hommes et femmes, la jouissance exige un climat particulier fait de désir, de confiance et de respect. Impossible de s'abandonner dès lors que l'on s'attache trop au plaisir de son partenaire ou au sien propre : on réduit immanquablement l'autre à un objet de plaisir, ou soi-même, à un objet narcissique.

 

VIII- Les troubles du comportement alimentaire et la sexualité

Les troubles alimentaires et sexuels se superposent et on a du mal à établir des rapports de cause à effet entre les deux.

Trois points se retrouvent :
- l'absence de satisfaction sexuelle peut conduire à la boulimie ;
- la pathologie alimentaire se manifeste avant les troubles sexuels ;
- les réponses sexuelles et les habitudes alimentaires naissent d'une même fixation précoce (dite " orale ") de la personnalité, qui engendre à la fois des difficultés alimentaires et des problèmes sexuels.


§ Boulimie et sexualité :

L'expérience clinique confirme que les personnalités orales qui disent souffrir de "faim nerveuse" voient souvent leur trouble se manifester par l'excès de poids ou par des perturbations du comportement comme la nymphomanie, la cleptomanie, l'alcoolisme ou l'obsession du jeu.
La personne présentant un comportement boulimique ne cesse de vouloir contrôler sa véritable nature, qu'elle considère comme un aspect diabolique de sa personnalité, comme un trou noir à l'intérieur d'elle-même. C'est ce besoin excessif de contrôler les situations sans en avoir les moyens qui déclenche les crises.
Sur le plan sexuel, la personne présentant un comportement boulimique a peur de dire non : la peur d'être abandonnée ou d'être jugée négativement la pousse alors à supporter toutes sortes de brimades. La boulimique est dépendante à la fois de la nourriture et de l'image que les autres se font d'elle.
Il faut toujours chercher la signification symbolique des accès de faim dans les cas de boulimie. Ils peuvent représenter :
- le besoin de combler un vide affectif ;
- la nécessité de calmer l'angoisse avant qu'elle ne devienne effrayante ;
- une impulsion pour se fermer la bouche parce qu'on est terrorisé par le caractère destructeur de ce qu'on a à dire ;
- le remplacement de l'acte sexuel par la nourriture ;
- le refus de l'identité féminine et la récupération à travers la boulimie de la composante phallique et convexe de la personnalité.

Ce qui effraye le plus ces personnes dans l'acte sexuel, c'est de s'abandonner à leur partenaire.
Parce que les personnes présentant un comportement boulimiques ont peur d'éprouver des émotions.
C'est à cause de cette difficulté à assumer leurs pulsions que les sujets boulimiques finissent par avoir si peu de temps pour eux-mêmes. Ils perçoivent le temps libre comme un espace angoissant, un vide qu'il faut remplir en mangeant frénétiquement. Comme les anorexiques, les boulimiques tentent d'exercer un contrôle externe et volontaire parce qu'ils n'arrivent pas à maîtriser leur " intérieur ".

La littérature scientifique confirme qu'il existe en général une relation entre les agressions sexuelles subies au cours de l'enfance et la boulimie de l'âge adulte.
Les boulimiques se comportent souvent avec la même impulsivité à l'égard de la sexualité qu'à l'égard de la nourriture.

Si la vie sexuelle des personnalités boulimiques apparaît si peu satisfaisante, c'est parce qu'elle est réfrénée à différents moments de son développement. Ce ne sont évidemment pas les crises deboulimie qui créent les problèmes sexuels, mais le peu d'estime de soi et le jugement négatif qu'on porte sur son propre corps. C'est pourquoi, dans les cas de boulimie, les approches thérapeutiques les plus modernes placent la diététique au second plan et se concentrent surtout sur les soins du corps et la psychothérapie.

La boulimie va souvent de pair avec une forte anorexie sexuelle : le désir est souvent absent, et les rapports sexuels sont surtout vécus de l'extérieur, comme si le sujet était spectateur de lui-même.


§ Obésité et sexualité :

Les obèses ont honte d'eux-mêmes.
Il arrive souvent que le refus de maigrir soit lié à la peur de devenir "trop" séduisant ou "trop" vulnérable à la séduction. Non que les obèses aient peur de plaire, ils craignent plutôt de révéler leur vraie nature dissimulée. En thérapie, ils découvrent la crainte de voir se libérer une sexualité débridée. Pour l'éviter, ils continuent donc à manger. Ou bien, au contraire, ils retombent dans leurs accès de gloutonnerie parce que cette sexualité qu'ils redoutaient tant ne se déchaîne pas tant que ça.

La sexualité des obèses n'a rien de différent de celle des gens de poids moyen. Chez ceux qui sont au régime, il arrive que la composante ascétique fasse coïncider le manque de désir de manger avec une carence du désir sexuel mais, en général, le comportement ne se modifie pas beaucoup.
Il ressort cependant que l'excès d'autocritique sur leur physique engendre des difficultés quand il s'agit de donner du plaisir ou d'en recevoir par l'intermédiaire du corps.
La confiance en soi compte plus que le poids dans les problèmes d'ordre sexuel.


§ Anorexie et sexualité :

L'anorexie alimentaire s'accompagne presque toujours d'anorexie sexuelle. Perte du désir et perturbations de l'identité féminine constituent les principaux symptômes.

Les anorexiques ont une tendance à l'exhibitionnisme. L'anorexique séduit en faisant étalage de sa détermination et de son intelligence.

L'horreur que manifeste la majeure partie des anorexiques envers le sexe montre que l'identité sexuelle est souvent à l'origine des perturbations de l'image du corps. Et la perte du poids affecte autant les caractères sexuels secondaires que le cycle menstruel propre à l'identité féminine.

Bien que leur désintérêt pour la sexualité soit constant, les anorexiques ont souvent des relations sexuelles. Elles ont des relations sexuelles sans aucune implication affective.

Les anorexiques souffrent fréquemment d'aménorrhée et d'une stérilité due à un blocage de l'ovulation. Au début, ces troubles sont provoqués par le contrôle mental sur le système neuro-endocrinien et, par la suite, ils sont entretenus par la perte pondérale. Dans les formes les plus graves d'anorexie, c'est donc l'esprit qui les empêche d'être des femmes. De la même manière qu'elles refusent la nourriture, les anorexiques refusent le sexe ; elles se situent hors du champ sexuel grâce au jeûne.

 

IX- Conclusion

Connaître son corps reste l'un des éléments essentiels pour s'épanouir dans sa sexualité. L'ignorance sur ces questions est liée en partie au manque d'informations, mais également au fait que la sexualité reste tabou, et que la culpabilité concernant ce sujet est fréquente. Cette ignorance est le plus souvent globale : la sexualité est niée, à tous ses niveaux. Pourtant, la pulsion sexuelle primaire, la plus animale, la plus difficile à contrôler, ne demande qu'à s'exprimer. La nier, la vivre avec culpabilité, conduit au déséquilibre et à la dysharmonie.

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