Bonjour, Je lis tous vos témoignages et forcément, chacun reflète mon quotidien : l'anorexie. Sujet complexe on ne veut pas toujours en parler mais c'est difficile de ne pas éveiller de soupçons au fil du temps. J'ai bientôt 30 ans et je suis anorexique depuis l'adolescence. J'ai surement mal accepté de quitter le monde magique de l'enfance et de voir mon corps de petite fille menue changer. Mais pourtant je n'ai jamais été grosse, juste normale, et musclée grace au sport donc pas de souci apparent. Je ne saurai pas dire pourquoi, comment c'est venu mais j'ai très vite eu ce sentiment de refus de m'alimenter. Perte de poids, ruses auprés de la famille pour éviter les repas ou pour n'avaler que le minimum, hypotension, spasmophilie...... C'est terrible ce sentiment de victoire sur soi-même : on est content car on a réussi à ne pas manger un jour, deux jours..... on se sent en pleine forme, on pense que l'on pourra tenir et on regarde la nourriture avec défi. Ceux qui mangent normalement nous semblent "vulgaires". Et le piège c'est quand on mange même une petite assiette de salade, un bol de bouillon.... peu calorique mais on a le sentiment d'être faible et on pense que l'on va prendre 10 kilos d'un coup. Bref, après j'ai réussi à manger uniquement des fruits et des légumes, mais jamais jamais je ne suis satisfaite de moi quand il faut manger. J'adore les moments conviviaux avec de bons vins, de bons aliments.... mais après un repas comme cela, je suis d'autant plus sévère avec moi-même. Je joue avec le feu, c'est une sorte de fierté pernicieuse car on se bousille, on en est conscient, mais c'est plus fort que nous. Et comme je suis journaliste de mode, je suis d'autant plus sensible aux histoires de poids. Les mannequins que je vois au quotidien sont des brindilles, de naissance, c'est leur morphologie. Elles sont jeunes et il ne faut pas s'imaginer que c'est un idéal. Elles représentent un pourcentage infime de la population féminine, la réalité est toute autre. C'est bien de faire attention à sa ligne, personne n'aime être "gros" et notre société nous balance en permanence des images de filles longilignes..... C'est une image une fois de plus. Regardez : qui n'a pas croisé dans la rue des couples épanouis alors que lui ou elle est fort, ou tout simplement avec un peu de formes ? Le poids n'a rien à voir avec la séduction. C'est une histoire personnelle et on est le seul ou la seule à pouvoir résoudre ce problème alimentaire. La volonté de revenir à un mode normal.... Mais c'est hyper dur. Je n'y parviens pas encore. Au moindre choc emotionnel (bon ou mauvais), le prétexte est idéal pour rechuter. C'est mon cas depuis juin car j'ai perdu ma grand-mère. Et de nouveau, je vis avec un frigo vide ou juste avec de la salade verte, de la compote de pommes maison et des bouillons de légumes. Je bois beaucoup de thé, de déca, de coca light, d'eau..... ça remplit le ventre, leurre parfait. Et cette satisfaction quand on voit qu'on nage de nouveau dans ses vêtements, du coup on est motivé pour aller toujours plus loin dans la descente. On gagne quelque part et on perd ailleurs..... Et tout ça avec une lucidité troublante. Vos témoignages le prouvent tous : on sait ce qu'il se passe mais on ne parvient pas à passer le cap, c'est ancré dans la tête. Bref, je m'arrête dans ce roman mais courage à toutes et tous, il faut rester gai, sourire à la vie, essayer de penser aux proches pour ne pas les faire soufrir. Ils sont désemparés et ne savent pas toujours comment s'y prendre mais vous essayez de garder un beau sourire. La vie est belle, c'est banal mais pas incompatible avec l'anorexie. Prenez soin de vous et ne cherchez pas à ressembler à un idéal, soyez vous-mêmes. Bon courage. Aurélie |