J'ai 22 ans, 2 ans que je suis boulimique.. J'en ai pleinement conscience, je suis une psychanalyse depuis 6 mois, pour autant mes crises ne cessent, pourtant aussi paradoxale que cela puisse être je reste optimiste, régulièrement je me dis demain je n'aurais plus de crises, demain je commence un "vrai " régime, bref demain fini toute cette ingurgitation de bouffe, ces soulagements malsains en regardant la cuve des toilettes remplie de cette immondice de bouffe qu'est mon vomi. Le lendemain chaque heure qui passe est une victoire, mais ensuite je réalise que je suis fatigué de cette lutte insséssante et je sais que je ne trouverais qu'un semblant d'appaisement après une crise. Dans mes "meilleurs" jours je me fait vomir une fois, les autres 2 à 4 fois. J'ai été alcoolique pendant 3 ans, donc je l'ai été avant d'être boulimique. J'ai connu ces deux dernière années des périodes où je me droguais régulièrement, cocaïne, exctasy.. Voilà 4 mois que je suis sortie de mon alcoolisme, 5 mois que je ne prends plus aucune drogues. Souvent je me disais qu'il serait beaucoup plus dur de sortir de l'alcoolisme, de ne plus prendre de drogues, que de ne plus être boulimique. Pour mon cas j'avais tout faux. Jamais je n'aurais pensé que la boulimie pouvait se tranformer en une si devastratrice addiction. L'alcool, il n'y en a pas à la maison, j'évite au maximum de sortir dans des endroits , boites, bars, où il y aura beaucoup de tentations; La drogue il n'y en pas à la maison, j'ai coupé contact avec ce milieux, ne vais plus dans ces étranges party où règne toutes sortes de drogues durs, mais la nourriture il y en a à la maison, il y en a au travail, il y en a partout, sur des affiches publicitaires, à la télé, une simple promenade en ville est un parcours du combattant , toutes ces images, ces odeurs, partout et en surrabondances.. Encore plus que la honte, je ressent un omniprésent sentiment de culpabilté, car ma mère et ma soeur sont au courant et je réalise combien elles souffrent de me voire dans cet état. Sentiment de culpabilité aussi car c'est vraiment une maladie de "luxe", maladie qui touchent les pays occidentaux et industrialisés. C'est horrible de dire ça, mais c'est la réalité. J'ai vraiment une histoire très particulière et complexe, qui fait que je hais encore plus ma maladie et donc à travers elle moi-même . Je suis née au Mexique d'une mère française et d'un père mexicain. Pays qui est beaucoup touché par la pauvreté et la disparité des niveaux de vie. Mon père est mort y a trois ans, issue d'un milieu assez pauvre, il avait dans son enfance, la "chance" de manger de la viande une fois par semaine. Tant de pauvreté et de nécessité à travers le monde, et moi qui suis dans mon " petit confort", à m'ingurgiter toute cette nourriture, donc à dépenser de l'argent en bouffe, qui finiras par être gaché. On pourrais croire que je ne comprend pas et que j'en veux aux personnes boulimiques , alors que non pas du tout, j'ai beaucoup de peine en lisant leurs témoignages et je ne leur porte aucun jugements car je sais que c'est une maladie, et que ce qu'elles traversent est vraiment difficile. J'ai vraiment beaucoup de compassion pour elles. La seule boulimique que je ne puisse comprendre et en qui je puisse avoir de l'antipathie est moi-même. Je continue à m'accrocher à la vie, à voir ce qu'il y a de positive dans celle-ci mais je n'en peux vraiment plus . Je crois aussi qu'un de mes grands paradoxes est que dans le même temps, malgré les souffrances et les grandes difficultés que j'ai connu et que je traverse encore, j'aime certains aspects de ma vie et que je n'arrive pas à me haïr complètement. Je garde espoir de me sortir un jour de cette boulimie, et je souhaite de tout mon coeur à toute personnes boulimiques , anorexiques, en fait à toute personnes qui traversent de grands moments de souffrance de s'en sortir. Estrellita, G.M. |