L’anorexie ou la peur de l’oubli

Dans l’anorexie, la personne semble s’oublier elle-même en se livrant à un rituel d’automutilation via des restrictions alimentaires draconiennes. Elle fait en sorte que son corps disparaisse, qu’il se décharne au point de ne plus être visible des autres. S’oublier soi-même peut être considéré comme une défense contre la peur d’être oublié.

Le sujet qui souffre d’anorexie a recours au Trouble des Conduites Alimentaires (T.C.A) afin d’exprimer une souffrance. Cette souffrance, ce mal, est teintée d’un sentiment d’angoisse massif et écrasant.

En effet, le sujet angoissé cherche une solution visant à réduire et à néantiser l’angoisse. Cette peur diffuse hante en permanence l’individu. Il peut être difficile de concevoir la pathologie anorexique à l’instar d’une décharge d’angoisse car la restriction alimentaire impose justement un contrôle, qui va conceptuellement à l’encontre de l’extériorisation d’une émotion.

Néanmoins, l’anorexie représente bel et bien une voie d’issue à l’angoisse car elle concentre quantité de souffrance et met en acte la peur d’être confronté à l’angoisse ; l’angoisse est donc omniprésente.

Qu’en est-il de la nature de l’angoisse anorexique ainsi que de la fonction du rituel auto-mutilatoire ? La peur qu’a le sujet d’être oublié des autres, des siens, se fond dans l’oubli de sa personne propre.

En se sous-alimentant, il actualise sa mort autant psychique que physique par l’effacement de son corps. S’oublier soi-même est une défense contre la souffrance qui serait induite par l’oubli de soi par les autres.

Par crainte d’être oubliée par des personnes investies affectivement, l’individu anesthésie ses propres affects dans la privation, la restriction et l’abandon de la nourriture, de la vie organique. La personne souffrant d’anorexie anticipe la perte de l’autre en s’infligeant sa propre disparition.

Dans l’anorexie, l’individu concentre son angoisse d’être oublié dans un processus éliminatoire. Il choisit de subir son oubli de lui-même plutôt que d’avoir affaire à l’angoisse insupportable d’être un jour oublié du monde.

Géraldine Munch

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