Le sentiment de honte dans les T.C.A.

L’un des principaux dénominateurs communs aux Troubles des Conduites Alimentaires (T.C.A) est sans doute le sentiment de honte. Que l’on souffre d’anorexie, de boulimie ou encore d’hyperphagie, la honte envahit le sujet au point qu’il se sente coupable d’avoir honte.

Dans l’esprit d’une personne atteinte d’un T.C.A, les sévices qu’elle s’inflige à elle-même sont porteurs d’un aspect moral discriminant. Les professionnels de santé en charge des patients avec T.C.A entendent très souvent la phrase suivante : « je sais que ce que je fais n’est pas bien ». La honte dans les Troubles des Conduites Alimentaires est d’autant plus envahissante qu’elle révèle la pleine conscience du sujet qui sait pertinemment que ses gestes autodestructeurs sont mauvais. La honte est si persécutrice pour la personne qu’elle la précipite dans un repli sur soi mortifère. Avoir honte, c’est pour elle reconnaître qu’elle agit contre elle-même.

Le sujet souffrant de T.C.A peut être enclin à deux types de honte : une honte sociale (le sujet a honte car il se pense anormal parmi les autres du fait de son trouble) ; une honte intrinsèque (le sujet a honte car il juge lui-même ses actes comme détestables). C’est d’ailleurs cette honte qui mène le sujet à se retirer du monde et d’autrui. La honte est une forteresse de pierres où la personne oscille entre faute commise et repentir. Poussé à l’extrême, le T.C.A inflige au sujet la culpabilité de sa honte. Autrement dit, il se sent coupable d’avoir honte en ce qu’il s’accuse lui-même d’un crime physique et psychologique.

Le sentiment de honte à l’œuvre dans les T.C.A n’est plus à prouver. Dans la honte, le sujet se fait disparaître pour ne plus avoir à assumer d’être son propre traître.

Géraldine Munch