Les T.C.A. : un monde à soi

Si les T.C.A. marquent l’emprise insoutenable d’un trouble sur un individu, ils lui sont aussi utiles. En effet, il se sert de son T.C.A. pour compenser sa perte de contrôle lors des pratiques alimentaires pathologiques. Un T.C.A. n’est pas qu’une anomalie du comportement mais aussi un rempart contre les autres, contre soi-même.

L’épicentre du séisme T.C.A. réside en une perte de contrôle, un décrochage de l’attention, de l’instinct de raison. Le sujet se retrouve aliéné, c’est-à-dire assujetti à lui-même. L’anorexie, la boulimie, ou encore l’hyperphagie s’empare de lui à ses dépens. Elles ruinent toute espérance de volonté et de reprise du contrôle. Les T.C.A. exercent une telle emprise sur la personne qu’elle en vient à ne vivre que pour se faire du mal, créer ou crier une souffrance. Le T.C.A. vampirise le sujet au point de le défaire de toute son énergie, sa force et sa liberté. L’individu, épuisé, devient la proie idéale pour un T.C.A. affamé et pernicieux.

Néanmoins, les T.C.A. ne sont pas seulement un mal pour mal. Les troubles des conduites alimentaires constituent aussi un rempart, une forteresse pour le sujet. Bien que le sujet ait perdu tout contrôle lorsque son T.C.A. s’est imposé à lui, il réussit à en faire son allié. En fait, l’anorexie, la boulimie ou l’hyperphagie représente un objet sur lequel le sujet aura une emprise totale. C’est la seule chose qu’il contrôle, la seule chose qui lui appartienne, sur laquelle il a la main mise. Les T.C.A. permettent, en un sens, de faire recouvrir au sujet son identité en tant que telle, son libre-arbitre.

L’individu n’est pas son trouble mais a son trouble : c’est le seul moyen pour lui de se sentir sujet ; justement parce qu’il contrôle un objet extérieur à soi (la nourriture), à défaut de contrôler son objet intérieur (son mal-être psychique).

Par Géraldine Munch

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