T.C.A. : à la folie, pour toujours ?

De nombreuses personnes déclarent être atteintes d’un Trouble du Comportement Alimentaire (T.C.A.) depuis plusieurs années, et souvent depuis plusieurs dizaines d’années. Il est nécessaire de rappeler que les T.C.A., à l’instar d’un simple rhume, nécessitent une prise en charge précoce. A défaut d’être une maladie chronique, les T.C.A. peuvent se chroniciser à tel point que le sujet est aliéné… parfois, pour toujours, pense-t-il.

En sachant que les troubles du comportement alimentaire apparaissent majoritairement à l’adolescence ou au début de l’âge adulte, il s’avère éminemment problématique de prendre en charge ceux qui persistent sur le long terme. Passé le cap de l’entrée dans la vie adulte, les T.C.A. deviennent de plus en plus robustes et, a fortiori, de plus en plus compliqués à éradiquer. C’est pourquoi il ne faut pas attendre que le mal s’installe car les T.C.A. ne passent pas avec le temps ; au contraire, ils décuplent la souffrance du sujet au fur et à mesure des années. Traités en psychothérapie dès l’adolescence, les T.C.A. sont endigués et n’atteignent pas la structure intrinsèque du sujet.

Dans les cas de T.C.A. adultes, ces derniers font partie intégrante des schémas du sujet. L’anorexie, la boulimie ou l’hyperphagie sont devenues une modalité de vie, une habitude, un rituel. Plus les T.C.A. avancent dans le temps, plus ils consomment le sujet de l’intérieur, au point que celui-ci est réduit à néant. Un sujet qui disparaît en incarnant lui-même son trouble perd son sens. Le travail psychothérapeutique est-il ainsi double : il s’agit d’une part de faire revenir le sujet à lui-même (comme après un évanouissement), et, une fois que le sujet a retrouvé sa substance, de traiter le T.C.A. à proprement parler.

Céder le passage aux T.C.A., c’est attendre sa propre perdition.

Géraldine Munch