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Anonyme 2

Bonjour,

J’ai découvert votre site dans une revue spécialisée. Je me suis tout de suite intéressée, et j’aurais envie de vous faire-part de mon témoignage, en ce qui concerne la boulimie.

J’ai lu quasiment tous les témoignages, et malgré moi, je n’arrive pas à me convaincre de laisser ce site en paix, que tout « cela » est derrière. Chaque récit me révolte, ressemblant à un ouragan intérieur, ou a une descente aux enfers que j’ai moi-même connue.

Aujourd’hui, j’ai 25 ans et je suis guérie de la maladie. Ces souvenirs sont douloureux. Elle a laissé son empreinte. La descente, je l’ai faite, et suis convaincue que j’ai fait la connaissance des profondeurs; que jamais je ne pourrai l’oublier. Souvent je l’ai regretté. Je me disais qu’une personne équilibrée ne chuterait pas, donc par définition ne pourrait jamais avoir connaissance de cet infernal abysse.

La première fois que je me suis fait vomir, j’avais alors 13 ans. Je me souviens très bien de ce jour. C’était au tout début du mois de juin, lorsque les corps se dévoilent, juste après l’anniversaire de mon petit frère. Il y avait du gâteau au chocolat, et j’adore ça, et ce jour là je n’avais pas réussi à me contrôler. Presque mécaniquement je m’étais dirigée vers les toilettes pour me faire vomir. Ensuite tout c’est enchaîné très vite. En une année, même pas, j’en étais arrivée à vomir 4,5,6,7 fois par jour. Je remplissais des cuvettes de toilettes entières. Des fois, je n’arrivais plus, mon estomac, mon cerveau refusaient. Alors je me torturais, je pleurais, la tête au-dessus de ces toilettes, j’en pouvais plus, ma tête tournait, je paniquais, mon estomac brûlait, j’étais achevée.

Ce sont des souvenirs horribles que je me force presque, souvent, à me remémorer. Après cette première année, je suis passé à un autre niveau, parce que je ne supportais plus la conscience de moi-même, la culpabilité, la honte, le silence, l’effroi. Je faisais des crises d’hyperventilation, tellement j’étais angoissée. Ensuite, lorsque je me faisais vomir, ou que je n’y arrivais pas, je volais des médicaments à mon père, cardiaque et consommateur inguérissable de calmants, dont les ordonnances sont approvisionnées par ma tante psychiatre maniaco-dépressive inavouée. Donc je commence, en plus de mes crises de boulimie, à me gaver de lexomil®, xanax®, et toute la gamme. Je consomme aussi quotidiennement des somnifères et dès l’âge de 15 ans, je me saoul toujours plus régulièrement. Je pourrais écrire un livre sur mes aventures intérieures vécues durant ces années infernales. Mais je me limite aux signes comportementaux de ma maladie. A 19 ans, je n’avais plus le choix. Je consommais quotidiennement des calmants, en les interférant, des somnifères et toujours, des crises de boulimie torturantes et obsessionnelles. Toujours, aussi, ma consommation d’alcool, réussissant, l’espace de la programmation de la consommation, de la cuite elle-même, et de la récupération, à m’écarter de la nourriture et son cercle vicieux infernal. Mais à ce moment de ma vie, je n’avais plus le choix: me sortir de la ou mourir.

Je décidai dons de me rendre chez un psychiatre, psychanalyste, qui me proposa presque tout de suite une analyse, que je refusai. Par contre, une année après ma première séance, je passe sur le divan que je n’ai toujours pas quitté. Je suis donc en thérapie depuis cet âge là. Deux ans environs après le début de mon traitement, j’ai arrêté de vomir; 3 ans après, de prendre des calmants, 4 ans après des somnifères et 5 ans après, de boire de l’alcool. Aujourd’hui je suis complètement sevrée, et je dois admettre qu’une balance me fait horreur et que je me pèse tous les 6 mois à la piscine. C’est par ailleurs 4 ans après le début de ma première séance que je me suis installée avec un homme que j’aime profondément, et le premier avec lequel je puisse faire des projets d’avenir.

Je vous écris parce que je veux dire à toutes les filles victimes de boulimie, qu’il est possible, accessible, et obligé de se sortir de la. La vie prend enfin des couleurs, et le temps de la liberté ouvre ses portes. Il faut, à mon avis, s’en sortir seul, avec l’aide d’une personne qualifiée pour cela. Ma famille n’en a jamais su quoique ce soit, ou peut être, mais ce n’est pas mon problème. Je leur en ai voulu pour quelque chose qu’ils ne pouvaient m’apporter. En ce qui me concerne, je fais l’apologie de la psychiatrie, car c’est ce qui m’a rapidement sauvée des crises. Ma personne a pris plus de temps, mais des les premières années, je me suis sentie libre d’action sur ma propre vie.

Bonne chance à toutes.

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