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Anonyme M.

ombre-femme-nueJ’ai aujourd’hui 22 ans et longtemps que je me gâche la vie avec la boulimie… depuis toujours je crois.

J’ai toujours eu des soucis de poids, depuis toute petite, j’ai toujours comblée ma nervosité par la nourriture, ce qui faisait de moi une enfant en surpoids. J’ai très vite grossi et je suis vite entrée dans la puberté, en CM2 j’avais déjà de la poitrine et ça me mettait mal à l’aise, d’autant plus que j’étais boulote. J’étais différente.

Ma nervosité d’où vient-t-elle ? Une famille instable je dirais. Des parents qui crient et se disputent beaucoup, un père absent par son travail. Je ne l’aime pas vraiment d’ailleurs, encore aujourd’hui. Je ne trouve pas que c’est un homme bien, il est fou pour moi, il a longtemps gâché ma vie quotidiennement. J’en ai beaucoup pleuré, beaucoup stressé. Quand j’étais enfant, ça allait, mais quand j’ai commencé à grandir … En fait il est l’exemple du pervers narcissique. Aujourd’hui ça va mieux, il est devenu « normal », agréable à vivre, mais je fais semblant de l’aimer. Je ne peux pu l’aimer après 20 ans à me faire du mal. Et je ne saurais pas décrire tellement je ne veux pas me souvenir de cette violence verbale, parfois physique, et ce harcèlement constant. Il était là seulement les week-end, mais c’était la peur au ventre que je l’attendais. Toujours des reproches, aucun encouragements, une injustice… Heureusement que ma mère a toujours été là. Je crois que je lui en veux juste d’être resté avec lui. Je me porte mieux sans lui.
Une famille éclatée, des disputes, des pleurs, enfant témoin .. Bref, tout pour grandir et s’épanouir convenablement hein ?

Déjà petite j’ai été suivi par un nutritionniste, grâce à ma mère et je ne la remercierais jamais assez. Grâce à ça j’ai pu apprendre à bien manger, à savoir comment manger, de façon équilibré et sans frustration. Grâce à ça, j’ai plus tard pu comprendre tout de suite que la boulimie dont je souffrais, n’était pas qu’une question d’alimentation. Je l’ai vite compris. En primaire j’ai ainsi perdu 10 kilos et j’ai pu retrouver un poids à peu près normal.

Entrée au collège, une sorte de renouveau. J’étais surexcitée, nouveau amis, nouveaux professeurs…. Mais début de la puberté, des comparaisons. Mes copines, c’étaient toutes des tiges, des bouts de ficelle. Moi j’avais l’air énorme. J’ai essayé de maigrir mais c’est compulsif chez moi … Ça me rendait nerveuse, la nervosité me fait manger sans faim. C’est incontrôlable. Jusqu’à ma deuxième seconde, ça a été le même chemin de vie, avec les mêmes personnes, le même mal-être.
Et avec mon père, au fur et à mesure des années, ça ne faisait qu’empirer. J’ai été longtemps très déprimée, à pleurer toutes les nuits, à me tailler les bras pour me soulager. Je volais des médicaments et j’en prenais plein pour rien comprendre à ce qui m’entoure. Je ne voulais pas voir. J’ai essayé de lui en parler, à mon père, mais il n’a jamais rien compris. Il n’a pas vu ma détresse car c’est un monstre. J’ai honte qu’il soit mon père, encore aujourd’hui, je ne lui trouve aucune qualité. Il me paie des trucs, c’est bien, mais ça rattrape pas des années de souffrances.

Bref.

Vers mes 16 ans, j’avais pris environ 20 kilos, je pesais 75/78 kg pour 1m64. L’horreur. J’étais si mal. J’ai alors découvert deux choses, qui vont par la suite me faire maigrir et me soulager sans me rendre amorphe comme les médicaments : le cannabis et l’alcool. De mes 16 ans à mes 20 ans, j’ai tourné à ça. Sans que personne ne le remarque.
Je ne mangeais presque plus, je n’avais pu faim, pu de compulsions, je suis descendue à 50 kilos, je n’avais pu envie de manger. Je me sentais bien, belle, bien dans ma peau, je planais petit à petit. Je vomissais parfois quand je mangeais trop mais rien n’était encore dramatique. J’avais l’impression que tout allait bien, j’avais des amis, un copain, une famille (je ne voyais d’ailleurs pu les disputes, j’étais ailleurs), des bonnes notes. Mes parents s’inquiétaient pour moi à cause de mon amaigrissement (je trouvais ça dingue que mon père s’inquiète). C’est ce qu’on nomme l’anorexie… Mais je me sentais si belle. Mais avec le recul, j’ai conscience que mon mal être était là, comme depuis ma tendre enfance, mais je le cachais comme d’habitude. Mais j’avais fait fort cette fois : en plus je le cachais à moi même. Pour moi, j’allais bien.

Nouvelle étape dans ma vie : j’ai un mon bac. Je déménage à 60 kilomètres de chez mes parents, nouveau souffle. Enfin seule, enfin je ne subirais plus la vie de famille qui m’étouffe ,enfin c’est ce que je croyais, ça ne s’est pas arrangé avant un long moment. Mais c’est devenu secondaire à cause d’un drame. Une violente agression. Dans la rue, le soir. Un homme a essayé de me tuer, de me violé, il a essayé de me trainer par terre; Je me suis débattue, j’ai réussi à m’enfuir. Mais le choc qui s’en suivit fut quasi insurmontable.

C’est là qu’est apparu la boulimie, la seule, la vraie. Celle qui bousille des journées, qui bousille de l’argent. Qui hante, qui fait mal.

J’ai commencé à faire des crises tous les jours, je n’allais presque pu en cours. Je vomissais tout le temps, toute la journée. Puis le soir je sortais, je buvais. A l’excès. Ça m’aidait. Encore aujourd’hui, j’adore l’alcool, j’aime par dessus tout ça. J’ai un tempérament alcoolique. Ça me rend heureuse. Je ne pense plus à rien. Puis peu de temps après, j’ai commencé à boire toute seule, à me bourrer la gueule toute seule, à boire avec n’importe qui, coucher avec n’importe qui. Je ne contrôlais plus rien, absolument rien. Du tout. Mais j’avais l’impression que l’alcool pouvait guérir tous les problèmes. Puis j’ai (re)découvert les drogues, MDMA,ecstasy, cocaïne.. J’avais des fréquentations, gratuit, tout allait bien. Mais ce n’était pu comme au lycée où j’en prenais, surtout du cannabis, comme ça pour rigolé. Là c’était malsain. Je me faisais du mal.
J’ai des souvenirs de moi essayant de me jeter complètement ivre sous des voitures en rentrant à l’aube. Je voulais mourir, je voulais qu’on me tue, je voulais être vivante sans souffrir. Mourir pour être mieux tout en restant en vie. J’ai des souvenirs flous, mais je me souviens de mon mal être…

Puis je suis tombée amoureuse, pour de vrai. Ça allait mieux, j’ai perdu mes petits kilos en trop, pendant 1 an. 55 kilos. Quelques crises, sans plus. C’était quelqu’un de bien, je voulais être à la hauteur. J’allais en cours, je faisais la fête mais sans aller dans l’excès. Je passais des bons moments, ça allait bien… Jusqu’au jour où j’ai appris sa tromperie. C’est alors reparti de plus belle, alcool, boulimie, dans mon lit, pendant longtemps. Mais j’ai appris à lui pardonner (quelle idiote). Je sais qu’il m’aime, il n’était pas assez mature, c’est tout. Aujourd’hui nous vivons ensemble, et chaque jour, c’est que du bonheur.

Je travaille, je n’ai plus le temps de boire, mais parfois, je le fais en cachette. J’ai appris à faire en sorte que ça ne se voit pas. Je maîtrise.

Les crises, de temps en temps aussi.

Mais depuis cet événement, cette trahison, j’ai pris 6 kilos. 61 kilos. Je lutte chaque jours pour les perdre, partagée entre l’envie de maigrir, mais aussi de m’aimer comme ça, d’assumer… Et aussi, fatiguée de tout ça. Quelle prise de tête.

Voie de la guérison ?

Aujourd’hui, j’ai 22 ans, ça va mieux. Ça commence, petit à petit. J’ai espoir, même si parfois le naturel prend le dessus, j’essaie de me battre.