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Carol

En voyant les témoignages postés ici, ces vies déchirées, je m’interdis de me plaindre.

« Ne sois pas ridicule, tu ne peux pas être boulimique, c’est bien pire que ça! »

Et pourtant…

Tous les tests de dépistage que j’ai pu effectuer sur internet me l’ont dit.
Ma belle-mère, qui se trouve être une ancienne boulimique, me l’a dit.

Pourquoi je doute? Tout simplement parce que je ne me fais pas vomir. Mais ce n’est pas faute d’avoir essayé. Après ces violentes crises, je malmène violemment mon corps, me retrouve secouée de spasmes et en pleurs sur le sol de la salle de bain. Mais rien ne veut sortir. Du moins, pour l’instant.

« Tu es grosse, moche, répugnante, même pas capable de te faire vomir.  »
Par quoi cela commence ?

Par ces remarques stupides, lancées au détour d’une conversation.
Par ces femmes maigres qui représentent pour moi un idéal.
Par mon amie, si mince, si jolie, que ma mère a regardé avec des yeux brillants d’admiration en louant sa beauté.
Une évidence: pour être belle, il faut maigrir. À un âge où l’on prend des formes, où l’on est travaillé par le désir de plaire.

En troisième, j’ai commencé à être obsédée par mon poids. Je me privais pendant une semaine, puis craquais, mes kilos revenaient, je recommençais.
Et puis, j’ai décidé de m’y mettre plus « sérieusement ».
Je me suis privée de façon alarmante, j’ai perdu six kilos en à peine deux semaines.
Je luttais de façon malsaine, me  » nourrissais » de photographies de nourriture sur internet, faisais des gâteaux auxquels je ne touchais pas.

Quand mon médecin m’a dit de reprendre du poids, que je risquais de devenir anorexique, que j’encourais des dangers, j’ai malgré tout éprouvé une certaine fierté.
J’y arrive, j’arrive à lutter contre cette bouffe infâme!
J’étais si heureuse qu’on me dise que je devais grossir ! Cela signifiait que j’avais le contrôle sur moi, sur mon corps!

Le samedi suivant, j’ai tout repris, vidant un pot de Nutella et des paquets de gâteaux.

Depuis cet épisode, je donnerais n’importe quoi pour retrouver cet état où je pensais avoir le contrôle. Car la bouffe contrôle ma vie.

J’alterne des périodes alimentaires normales, des où je maigris un peu, et d’autres, celles qui dominent, totalement déséquilibrées, dans laquelle je me trouve en ce moment.

Je m’affame pendant 24 heures, puis cours me goinfrer dans la cuisine.
À midi, je mange une banane, un peu plus pour qu’on ne me pose pas de questions, mais lorsque je rentre…
Je demande de l’argent, usant de divers prétextes, pour courir au magasin et acheter du chocolat. Des dizaines de sachets de cochonneries s’accumulent dans ma chambre, je n’ai pas encore trouvé le moment pour les jeter.

Pendant ces « crises », mon esprit est comme anesthésié, shooté par les sucreries que j’avale, puis je me réveille, et réalise que je viens d’engloutir plusieurs tablettes de chocolat en quelques minutes .

Cette infâme bouffe qui vient souiller mon corps…

Je culpabilise, me traite de répugnante, dégueulasse, idiote.
Jamais je ne serai aimée. Qui voudrait de moi? Je me sens comme un déchet.

De violentes crises de larmes s’ensuivent, et ces vaines tentatives pour me faire vomir depuis peu. Je vois cela comme la délivrance, l’objectif suprême à atteindre. Je sais que si je continue à ce rythme, j’y arriverai.
Et que ce passera-t-il alors ?

Et en ce moment, c’est pire. Je commence à grossir. Avant, j’arrivais à perdre car je faisais du yoyo, retrouvant quelques périodes saines.
Mais là, je suis prise dans une spirale infernale.
Maigrir, maigrir, maigrir.
Je m’affame, craque, grossis.
Puis finalement comble le moindre petit creux.
Angoisses, crises de larmes.

Je rêve de perdre.
Je me rêve anorexique, oui, anorexique, alors que je suis parfaitement rodée aux dangers de cette maladie.

Je ne ressens pratiquement aucun plaisir à me goinfrer de la sorte.
Je comble un vide. Mais lequel?

Je veux hurler. En cours, j’ai de violentes montées de larmes, mais personne ne le voit.
J’ai toujours été une brillante élève, mais là, je n’y arrive plus, la bouffe hante mes pensées, on est à à peine un mois de la rentrée, j’ai quinze ans, et je n’y arrive pas, les mauvaises notes arrivent.
Je voudrais être entendue, mais j’ai tellement honte. J’ai l’impression que mon problème n’en est pas un vrai, que je n’ai pas le droit d’embêter le monde avec ça. Non, je ne suis rien. Moi et mes pulls informes, on s’efface.
J’ai besoin de réponses, qu’on me dise si j’ai un problème ou pas.
Je sais que mon « mal-être » est dérisoire comparé à la majorité d’entre vous. Peut-être n’ai-je rien après tout. Sans doute… Je ne sais pas .

Alors à tous…
Anorexiques, boulimiques, hyperphagiques et j’en passe.

Je vous souhaite de tout cœur de sortir de cette spirale infernale.

Amicalement,

Carol

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