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Nathalie

Je m’appelle Nathalie et j’ai 30 ans.

Depuis 5 ans boulimique, très boulimique depuis 3 ans et depuis 4 mois en voie de guérison. Je tiens à vous apporter mon témoignage en espérant qu’il aidera plusieurs d’entre vous qui pourraient se reconnaitre à travers ma vie. Souvent on dit que les gens qui vont mal dans leur tête ont eu une enfance malheureuse, des problèmes avec leurs parents… et moi, j’ai chuté quand j’ai cru perdre leur amour, à 25 ans et déjà adulte.

Mes parents m’ont eu à la fin de leur adolescence, après la période 68 (mon frère est né un an après moi) et m’ont apporté tout l’amour, tout l’apprentissage du respect, toutes les règles de bonne conduite qu’un enfant peut espérer. Comme nous n’avons que 17 ans d’écart, ils ont aussi été complices de notre adolescence, de nos premières sorties en boite, de nos premiers flirts… et c’était vraiment super.

Depuis la maternelle, j’étais assez douée à l’école, j’ai sauté une classe en primaire, le bac à 17 ans et un bac + 6 (doctorat) après, sans trop de problèmes; alors tout le temps j’ai eu des compliments, des félicitations et j’ai été poussée à faire des études pour avoir un métier qui me plaisait et qui payait bien. D’autre part, j’ai fait du judo à assez haut niveau et là aussi, félicitations familiales… par contre le judo est un sport où on doit surveiller son poids et des fois, avant des compétitions importantes je devais perdre ou grossir de 4 kg en une semaine : début des TCA ?

Pendant mes 6 ans de fac, j’ai vécu avec le père de ma fille qui est née en 94. Il ne m’a jamais fait de remarques sur mon physique jusqu’à la naissance de notre fille qu’il a très mal vécu, ayant assisté à l’accouchement, il m’a vu après très différement et plus du tout comme sa maitresse. Il m’a quittée quand elle avait 1 an pour aller avec une autre et moi, j’ai rencontré mon mari actuel à cette époque. Pendant les débuts où je vivais seule, j’ai commencé à grossir alors que j’avais tout reperdu et même plus de ma grossesse, rien de plus génial (selon mon idée à cette époque) que de faire des orgies de gâteaux puis de vomir.

Tout ça pour dire que je me trouvais encore géniale de concilier ma fille, mon boulot (puisque j’ai commencé à bosser en 01/95), mon amant, le sport (tous les jours, je courais 45 min)… Je commençais à jouer ce que j’appelle mes rôles : la mère parfaite, le jeune cadre dynamique, la maîtresse qu’on veut épouser, la sportive émerite !!!

Puis j’ai du quitter la ville où je vivais pour un nouveau poste en Touraine où je pourrais m’épanouir encore plus. J’ai donc pris mes bagages, ma fille et je suis venue vivre ici, en m’investissant à fond dans le travail, en délaissant la petite, en oubliant un peu mon mari qui attendait sa mutation… et mon père, toujours très franc avec moi m’a dit que je déraillais, que j’étais cinglée et nulle, qu’il y avait autre chose dans la vie que le boulot. Il m’a dit que le père de ma fille n’était pas fait pour moi, qu’il me l’avait toujours dit, que j’étais venue travailler trop loin alors que j’avais d’autres propositions de postes, peut-être moins intêressants mais plus proches de ma famille, que mon mari ne me rejoindrait pas… et là, j’ai senti que je n’étais plus si géniale, qu’il ne me trouvait plus la meilleure du monde.

J’ai eu l’impression à cette époque que mes parents avaient transposé toute leur admiration sur ma fille, qu’ils n’appelaient que pour avoir de ses nouvelles et je me suis sentie très très seule alors j’ai commencé à manger, manger pour ne pas pleurer (seul les faibles pleurent et moi, je ne devais pas me laisser aller à ça !!!), manger pour ne pas m’ennuyer, manger pour évacuer la pression du trop plein de travail… et puis vomir, remplir les toilettes de toute cette graisse potentielle qui est beaucoup mieux dans la cuvette des WC que sur mes fesses. Et je me voyais comme une grosse vache, nulle, incapable de se contrôler. C’était au minimum une crise par jour, parfois 2 ou 3… et 4000 balles de bouffe par mois, pour rien. J’achetais des tas de trucs pour ma fille et les engloutissais entre le supermarché et la maison, sans jamais rien dire à personne, en continuant à jouer mes rôles dans tous les domaines, en essayant d’être la meilleure partout. J’ai besoin de lire l’admiration des autres dans leurs yeux ou leurs paroles, je n’accepte pas d’être dans la moyenne, de ma contenter de ce que j’ai, il en faut toujours plus, comme la bouffe.

Cette bouffe d’ailleurs à laquelle je pensais tout le temps, j’en rêvais, le soir je pensais aux orgies alimentaires que j’allais faire le matin au réveil. Je faisais une crise puis j’allais courir, le ventre vide, idem pour le judo. Jusqu’à des fois des choses extrêmes qui m’ont fait peur, qui m’ont fait me dire « j’arrête » mais ce n’est pas si facile.

Un jour, je me suis évanouie sur une route de campagne, en courant au lever du jour, d’autres jours, ma fille m’entendait vomir et pleurait en pensant que j’étais très malade, une autre fois aussi, j’ai vu l’état de mes dents au miroir grossissant (des gencives qui n’existent plus et toutes les dents qui tremblent !!!).

A force de tout ça, j’ai décidé d’envoyer une lettre à mon mari, pour lui dire à quoi je passais mes soirées et mes week-ends sans lui, comment je me dépêchais de faire bain + repas à la petite, pour la mettre au lit et m’empiffrer (des fois j’avais peur de voir comment je la délaissais pour me goinfrer, rien que de l’écrire j’en ai encore honte aujourd’hui). En même temps, j’en ai parlé à mes parents au téléphone et pour la première fois depuis que je suis à Tours, j’ai pleuré, j’ai réussi à exprimer une émotion.

Le problème, c’est qu’ils n’ont rien compris, par manque d’infos, par le tabou qui existe sur ces TCA et n’ont rien fait pour m’en parler, pour m’aider… et ça a continué. J’ai acheté des livres spécialisés, je les ai laissé trainer pour qu’ils les lisent mais toujours rien alors j’ai décidé de voir un psy sans trop y croire, en me disant que j’avais tout pour être heureuse, que ce soit dans le passé ou dans le présent.

J’ai décidé d’arrêter ma thérapie Mercredi dernier, après 53 semaines et 40 séances. Je ne suis pas convaincue qu’il m’ait aidée mais j’ai réussi avec lui à me regarder peut-être un peu plus telle que je suis vraiment. Il m’a donné du Prozac depuis 6 mois, que je continue encore car, je dois l’avouer, j’ai un peu peur d’arrêter. En même temps, mon mari a changé de comportement avec moi (il y a maintenant 1 an qu’il a été muté sur Paris et il est là 3 jours par semaine).

Comme la majorité des hommes, il parle peu ou parle quand il faut critiquer, partant du bon vieux principe que si on ne dit rien, c’est que ça va mais il faut apprendre au gens que la critique positive existe !!! C’est important de le faire pour nos enfants, de dire que c’est bien quand ils le méritent, c’est important de le dire à son équipe quand on manage… En tout cas, mon mari me fait voir qu’il aime mon corps, il me fait l’amour dans la lumière pour que je vois comment il me regarde, il le complimente… et ça, ça fait un bien fou. Dès qu’il relâche cette attention, j’ai à nouveau besoin de prouver que j’existe physiquement, que je plais et j’ai envie de la tromper, pour qu’à nouveau des yeux d’hommes me montrent qu’ils ont envie de moi.

Est-ce lui, est-ce Prozac, est-ce moi ? je ne sais pas mais depuis Décembre, la bouffe a de moins en moins d’importance, je n’ai pas fait de crise depuis le 14/02, je mentirai si je disais que je n’y pense plus du tout, mais j’arrive à manger un gâteau ou un bout de chocolat sans culpabiliser, sans imaginer que je vais prendre 1 kg…

Je prends mes repas plus lentement, histoire de ne pas tout de suite étirer l’estomac, le tendre jusqu’à l’explosion… et j’ai même l’impression qu’il diminue, que ma dernière crise était plus « light » que les précédentes.

Voilà, j’espère que ces lignes vous redonneront espoir, qu’elles vous montreront qu’on peut y arriver. Je crois que ce qu’il est important de retenir, c’est d’apprendre à extérioriser ce qu’on ressent (pleurer quand on est triste, rire quand on est heureux, gueuler quand on est énervée… sans scrupules, sans croire qu’on va passe pour une faible), d’exister par soi et pas par les autres.

Une précision que je voudrais apporter par rapport à un de mes messages où j’ai dit que le fait de vouloir toujours être la meilleure m’aidait à ne pas faire de crises, en me comparant à celles du forum qui craquent… : ce qu’il est important de retenir, c’est que ça ne fait de mal à personne, que c’est un élément moteur pour moi et que mon intérêt et le votre à tous et toutes est de se sortir de cette saleté d’obsession, chacun à sa façon, du moment où c’est inoffensif pour les autres (sauf que peut-être je n’aurai pas du l’écrire).

Je finis sur ces quelques mots, en demandant de m’excuser aux personnes que j’ai pu blesser, en m’excusant de ne faire que quelques apparitions sur le forum et de peut-être ne pas assez aider celles qui en ont le plus besoin mais je crois que le forum est un passage, qu’on y vient quand on en a besoin mais qu’il faut l’oublier pour se désintoxiquer complètement.

Si vous voulez m’appeler (je suis plus téléphone que mail, donnez-moi votre adresse mail privée et je vous donnerais un n° où m’appeler pour discuter).

Bises et bon courage à tous ceux et celles qui luttent contre cette toxico et qu’il faut vaincre à tout prix.