Chronicité, guérison et prise en charge des adultes

Concernant le pronostic de l’anorexie mentale, à ma connaissance les statistiques sont actuellement toujours celles-ci : 1/3 guérit, 1/3 meurt (soit des conséquences de la maladie, soit de suicide), 1/3 se chronicise. J’ignore s’il en existe pour la boulimie.
Mais cette notion de chronicité renvoie, dans les ouvrages spécialisés, à des personnes ayant un IMC en-dessous de la norme.

Il y a donc tout un ensemble de personnes qui ne sont pas prises en compte : celles qui pour une raison ou une autre sont normo-pondérales, mais conservent plusieurs symptômes. Comme par exemple une dysmorphophobie qui les fait beaucoup souffrir, une relation pathologique ou du moins très particulière à la nourriture, des crises de boulimie plus ou moins maîtrisées pour certaines, avec ou sans vomissements ; et, si l’on approfondit un peu plus au niveau psychologique, une faible estime d’elles-mêmes, parfois des difficultés sexuelles, et même l’impossibilité d’assumer une grossesse à cause de la prise poids risquée même si le désir d’enfant est là, etc. Tout ceci n’est pas sans conséquence dans une vie de couple – quand il y en a une -, la vie professionnelle et tout simplement l’épanouissement personnel qu’on nous fait miroiter quand on est dans des poids très bas.
Si ces personnes n’entrent pas dans la case « chronicité » parce qu’elles ont un poids normal, de fait elles se retrouvent dans la case « guérison »…

Sont-elles guéries pour autant ? Peut-on se contenter d’un IMC normal comme critère de guérison, si la personne reste exactement dans les mêmes souffrances ? Car, même si ça ne plaît pas toujours, il faut oser le dire : parfois, seul le poids a changé. Dans la tête, c’est le même camp de concentration, les mêmes pensées qui tournent en rond, bouffent du temps et de l’énergie pour 500 grammes en plus, un dessert (ou pas?). Avec un glissement vers d’autres pathologies psychiatriques comme la dépression, pour des questions qui tiennent plus de la « légitimité » et viennent souvent du diagnostic des soignants eux-même – puisque le poids est normal! Mon hypothèse inclut aussi certaines souffrances physiques, du fait de séquelles également : problèmes articulaires et rhumatismaux liés à une ostéoporose, voire fibromyalgie, fatigue chronique, etc – car le trouble alimentaire épuise le corps avant l’âge. Je ne parle pas ici de la problématique dentaire car elle ne constitue pas une maladie en elle-même, mais c’est une conséquence irréversible et financièrement très coûteuse pour beaucoup d’entre nous, qui peut induire également des douleurs (mâchoire, cervicales, dos). Je fais de plus en plus ce constat autour de moi chez des femmes approchant ou ayant dépassé la quarantaine : un glissement vers d’autres problèmes de santé. On pourrait, je suppose, parler de somatisation mais n’étant pas médecin, je soulève juste une interrogation.

Dans un livre que j’ai lu récemment, Expériences anorexiques, Récits de soi, récits de soin, de Christine Durif-Bruckert, toutes les patientes interrogées expriment le sentiment d’être vieilles, très vieilles. Je précise toutefois que les patientes sélectionnées pour cette étude sont toutes à des poids très bas, souvent depuis des années. Elles sont donc prises en charge en structures hospitalières. Ce que je veux dire, c’est que quand on ne parvient plus à se faire soigner pour les troubles alimentaires parce qu’on ne rentre plus dans les cases, parfois on finit par se faire soigner pour autre chose – qui est réel, je ne dis pas du tout le contraire. Mais qui est peut-être secondaire, qui n’est pas toujours le VRAI problème.

Car comment se faire aider quand on a un IMC normal ? Quand la psychothérapie ne suffit pas parce qu’au fond on n’a absolument aucune idée de comment se nourrir « normalement » ? Que les sensations de faim et de satiété sont difficiles à décrypter ? Qu’à moins de peser les aliments, on ne sait pas trop ce qu’est une portion normale ? Qu’on continue à raisonner en calories malgré soi ?
Il n’y a déjà pas assez de structures pour les malades en situation aigüe, surtout les adultes.
Et les personnes qui connaissent les TCA de près savent bien que concernant l’anorexie, quand on ne pèse pas 30kg, on ne se sent pas légitime à demander de l’aide, bien souvent – si on a conscience de sa maladie, j’entends.
Avec l’âge, il y a des tas de raisons qui font prendre du poids sans que cela vienne forcément de l’alimentation en elle-même : métabolisme – déjà abîmé par les années de TCA – qui ralentit, pré-ménopause et ménopause. Il y a aussi, bien souvent, les différents traitements antidépresseurs et neuroleptiques que l’on a pris/prend. C’est une chose particulièrement difficile à vivre de prendre du poids sans manger plus, sans même en profiter pourrait-on dire, et cela peut-être terrifiant pour nous si on sent la maîtrise de notre corps nous échapper, et ce malgré le long travail effectué en général pour lâcher prise. Ce travail a ses limites. Une prise de poids exogène en est une.

Ce qui est dramatique dans cette absence de recours médical, c’est qu’il me semble que la tentation peut devenir grande de reperdre beaucoup de poids – si c’est encore faisable sur un corps qui a parfois tant encaissé – juste pour obtenir une aide qui correspond à une souffrance mentale bien réelle. Mais invisible. Encore une fois, l’anorexie se retrouve donc réduite à une question de visibilité.

Virginie M.

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L’isolement dans les troubles du comportement alimentaire

“Si je devais trouver une image pour évoquer les troubles alimentaires, je penserais à un désert, ou à un paysage lunaire, en tout cas une terre hostile et inhabitée. La solitude est, avec ce froid aux os si particulier, une des choses qui me glacent encore. J’avais écrit, il y a des années, je me souviens, vouloir quitter l’île aux squelettes.

L’anorexie, la plupart du temps, se voit, la boulimie beaucoup moins, voire pas du tout. Et, entre les deux et au-delà il y a d’autres déclinaisons de difficultés alimentaires qui isolent (orthorexie, hyperphagie). L’une des choses les plus partagées par les êtres humains sont les repas. Les éviter, les contourner ou les régurgiter demande des stratagèmes complexes, en eux-mêmes épuisants. Bien souvent l’évitement devient la règle.

Ce à quoi on ne pense pas forcément – mais on ne peut pas -, quand on est dans l’obsession des calories, de ne pas grossir, c’est que quand cela dure, et hélas souvent cela dure, cet évitement va avoir pour conséquence que beaucoup de proches vont nous laisser sur le côté. On n’invite plus quelqu’un qui dit tout le temps non, on ne propose plus. Surtout si on ne sait pas pourquoi et que la personne alterne les prétextes. C’est ce que je j’ai fait, longtemps. Il y a aussi des fois où je ne pensais pas sortir parce que je n’arrivais pas à fermer mon jean, ou simplement je me sentais si grosse qu’il était impensable de se montrer ainsi ; mais, comme je savais que ce n’était pas rationnel, je ne pouvais pas dire ça à mes amies. Du moins, je le pensais. Il s’est avéré plus tard qu’elles auraient préféré entendre la vérité que toutes les raisons alambiquées que je leur donnais. J’ai perdu énormément d’amies dans ma vie, et j’aurais aimé réussir à être plus sincère. On apprend, par la force des choses, à mentir. Comme on se ment déjà à soi-même, ou plutôt qu’on a deux pensées distinctes qui, bien qu’opposées coexistent, cela se fait presque tout seul.

Le problème, c’est que même si très – mais souvent mal – médiatisés, les troubles alimentaires demeurent assez peu compris, de manière générale. Il y a encore beaucoup de jugement, surtout sur la boulimie. L’anorexie, elle, fascine autant qu’elle terrifie, ce qui biaise fréquemment la relation avec la personne qui en souffre. Les esquives liées au camp de concentration qu’on a dans la tête dès qu’il s’agit de manger ou de ne pas le faire, de décider quoi et en quelle quantité, nous font encore passer auprès du personnel médical pour des patientes retorses et manipulatrices.

Or quand la maladie malheureusement se chronicise, si par exemple la personne ne peut pas travailler, n’a pas l’occasion de faire des rencontres, elle se retrouve seule avec ses obsessions, et il y a là une sorte de cercle vicieux – un parmi d’autres. On oublie beaucoup que les adolescents ne sont pas les seuls touchés et surtout que, devenus adultes, ils n’ont pas forcément guéri. Fréquemment, du fait de longues hospitalisations, ils ont eu une scolarité chaotique. Ils n’ont pas emprunté l’autoroute, ni même la route nationale, mais un petit chemin dans les broussailles, à peine visible, tortueux et douloureux. Ils en sont tout griffés. Parfois difficiles à approcher, outre l’éventuelle maigreur qui effraie. Souvent compliqués au quotidien, parce que tourmentés, et porteurs d’une histoire difficile, de beaucoup de souffrances passées ou encore présentes. Manger en public peut rester un vrai problème, longtemps, voire toujours. La dysmorphophobie ne disparaît pas chez tout le monde, même quand les symptômes s’améliorent. Or cette vision déformée de soi est très souvent impossible à expliquer, encore trop mal interprétée – oui, une fille qui pèse quarante petits kilos peut réellement se percevoir comme énorme. Beaucoup d’aspects des troubles alimentaires sont difficiles à partager avec qui ne connaît pas près.

Nous avons donc besoin d’échanger avec d’autres personnes qui vivent cela de l’intérieur, c’est un énorme soutien dont je reparlerai, mais je crois que nous avons autant besoin du « reste du monde ». L’enfermement sur soi-même fait déjà tellement partie du problème. Mais cela nous demande parfois un tel effort sur nous-mêmes qu’il faudrait que le regard porté sur ces troubles soit plus doux, plus tolérant. Je crois que là-dessus il y a encore beaucoup de travail d’information à faire – une information bienveillante.”

Virginie M.

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Le poids de l’oubli dans l’anorexie

L’oubli est comme la colonne vertébrale de l’anorexie. Via ce trouble des conduites alimentaires, le sujet tend aussi bien à oublier une partie de lui, de sa vie, qu’à se faire lui-même oublier. Rejeter une réalité dans l’oubli prend alors ici une double signification : je veux oublier et je veux que l’on m’oublie.

Je veux oublier… mais quoi ?

Oublier le passé… lequel ?

Celui qui m’a été insupportable… pourquoi ?

Voilà autant de questions que cherche à taire l’anorexie. Cette dernière surgit dans l’existence du sujet pour ne pas avoir à regarder vers le passé et le comprendre.

L’anorexie vient carencer la mémoire, comme pour recréer une amnésie défensive. Je me défends de me rappeler alors j’oublie. Le seul inconvénient reste celui de faire de l’oubli une réalité, celle de l’anorexie. De par ce trouble, l’individu acte l’oubli qu’il s’impose : il ne mange plus et se décharne, comme pour faire mourir ses souvenirs douloureux de l’enfance et lui aussi par la même occasion.

Je veux que l’on m’oublie. La personne qui souffre d’anorexie tente, avec son trouble, de disparaître aux yeux de tous. Se faire oublier des autres est pour elle une manière de disparaître et d’emporter avec elle ses blessures d’antan. Se faire oublier des autres lui permet de s’oublier elle-même car s’ils ne la considèrent plus, comment espérer qu’elle se souvienne d’elle-même ?

Se faire oublier est, enfin, une issue salvatrice selon elle ; elle croit abréger ses souffrances quand elle se rend absente aux yeux des autres. Elle veut qu’on l’oublie pour qu’elle n’est plus à se rappeler qui elle est, qui elle a été et surtout, ce qu’elle souffre.

Dans l’anorexie, l’oubli dynamise un désespéré projet pour que les mémoires effacent les traces des souffrances de l’enfance.

Géraldine Munch sur Boulimie.com par Pascal Couderc

Géraldine Munch est psychologue clinicienne et auteure, totalement bilingue français espagnol.
Pascal Couderc est psychologue clinicien , psychanalyste et auteur, fondateur de boulimie.com en 1998. Il exerce à Montpellier et à Paris.
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Anorexie ou le conte de Blanche-Neige

L’anorexie survient dès lors que la nourriture devient un interdit, une tentation qui nous a conquis, une limite que nous avons franchie. Pour se punir de s’être fait plaisir par la nourriture, la personne qui souffre d’anorexie se prive de toute nutrition. Elle est, à l’image de Blanche-Neige l’inventée, en pénitence, dans le silence de l’absence.

Blanche-Neige ayant goûté au fruit défendu, a cédé sous le poids de la tentation. La luminosité et le goût supposé de la pomme rouge vermillon ont poussé la belle dans les bras de l’oubli. Elle a transgressé un interdit, celui du plaisir. Goûter au plaisir est présenté comme un vice ; le plaisir est coupable. Le plaisir est une ignominie car il consiste en la satisfaction d’une pulsion animale, primaire, immédiate.

L’homme, doué de raison, se doit de pas se livrer au plaisir sans une once de conscience. Il a un devoir de conscience qui l’oblige à refréner ses instincts primitifs et, de surcroît, à fuir une réalité irréelle sans limites.

En guise de châtiment pour avoir goûté au plaisir, Blanche-Neige est installée dans un cercueil de verre, d’où elle est privée de tout contact avec le monde et avec elle-même.

La personne souffrant d’anorexie se punit d’avoir éprouvé du plaisir en mangeant. Elle porte en elle le poids de la culpabilité. Elle se pense coupable de s’être laissée aller sur le chemin du plaisir et d’avoir échappé à toute maîtrise d’elle-même. Manger pour se faire plaisir représente pour elle un acte réprimandable de par son caractère immoral. La morale du sujet anorexique coïncide avec une faculté de contrôle, contrôle de soi et contrôle de l’extérieur : « non, je suis maître de moi-même et des tentations du monde qui m’entoure ; si je plie sous l’injonction du plaisir, je perds ma liberté ».

Pour se réveiller et revivre, le sujet anorexique espère le doux baiser du plaisir réconcilié.

Géraldine Munch sur Boulimie.com par Pascal Couderc

Géraldine Munch est psychologue clinicienne et auteure, totalement bilingue français espagnol.
Pascal Couderc est psychologue clinicien , psychanalyste et auteur, fondateur de boulimie.com en 1998. Il exerce à Montpellier et à Paris.
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T.C.A. : se rétablir commence par vouloir s’en sortir

« Je veux m’en sortir », « je veux que cela disparaisse », « je veux arrêter d’être comme cela »… Autant de phrases qui témoignent de la souffrance des personnes avec T.C.A, mais aussi et surtout de leur dernière lueur de survie. Malgré le poids qu’elles supportent sur leurs épaules, elles entre-aperçoivent une issue salvatrice : l’éradication du trouble.

La santé mentale et la santé physique s’organisent à l’image des vases communiquant. Autrement dit, l’une est dépendante de l’autre, et l’autre de l’une ; santé physique et santé mentale règnent sur le corps dans une symbiose psychosomatique. La symbiose correspond à l’étroitesse du lien entre l’esprit et le corps ; le caractère psychosomatique recouvre la causalité directe psyché-corps. La pensée exerce un pouvoir réel sur le corps physique. D’où le principe de transposition : le mal psychologique déteint sur le corps en un mal physique. Dès lors, lorsque les T.C.A ne sont plus seulement une question de souffrance mais aussi de volonté, le rétablissement point.

On dit souvent de la volonté qu’elle initie une dynamique psychologique. Cette dernière génère de nouvelles espérances qui font croire au sujet une possibilité de rétablissement. Vouloir s’en sortir, c’est rendre le mal vivant à la conscience et, c’est faire entrer cette conscience dans le processus d’étouffement du trouble. La souffrance a l’inénarrable capacité de concevoir des mécanismes de défenses auto-immunes. Vécu de souffrance, espérances et auto-défenses forment le trio parfait et illustratif des troubles des conduites alimentaires. Et l’on constate que la volonté est la pierre angulaire de cette triangulation psychopathologique.

Le sujet qui veut s’en sortir prend conscience de sa souffrance en même temps qu’il amorce sa délivrance.

Géraldine Munch sur Boulimie.com par Pascal Couderc

Géraldine Munch est psychologue clinicienne et auteure, totalement bilingue français espagnol.
Pascal Couderc est psychologue clinicien , psychanalyste et auteur, fondateur de boulimie.com en 1998. Il exerce à Montpellier et à Paris.
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T.C.A ou quand la nourriture n’est plus une question de vie mais de survie

Les troubles des conduites alimentaires sont la symptômatisation d’une souffrance, d’un mal-être. Autrement dit, ils projettent à l’extérieur l’enfer vécu de l’intérieur. Dans le cercle vicieux des T.C.A, la nourriture ne répond plus au besoin vital ; elle n’est plus un besoin nécessaire à l’homme. Au contraire, la nourriture ingérée dans le cadre d’un T.C.A contribue à la survie du sujet.

Les aliments n’alimentent plus, la faim n’a plus de fin, le ventre est plein et la tête est vide. La mécanique du T.C.A n’est plus d’assurer vie au sujet ; cette mécanique lutte contre la vie pour que la personne survive. L’anorexie, la boulimie ou encore l’hyperphagie alimentent la pulsion destructrice de celui qui en souffre. La nourriture précipite le sujet dans la mort de son corps et de son âme. La personne se mutile via l’alimentation et, renverse l’utilité vitale de la nourriture. On s’éloigne de la faim, de toute appétence, de tout plaisir ; on quitte la sphère du vécu pour entre dans celui du « survécu ». L’homme survit à ses douleurs.

Le préfixe « sur » indique un dépassement, un au-delà-des-limites, une transcendance. Un surhomme décuple sa force, l’avion survole la mer, on surmonte les difficultés de la vie : on passe au-dessus d’elles. Le T.C.A est donc une question de survie dans la mesure où l’alimentation vise une finalité bien au-dessus de la simple nécessité vitale. On use d’elle pour dépasser ce qui ronge le sujet au cœur de ses entrailles : sa souffrance, son chagrin, sa mort interne. Le sujet atteint d’un T.C.A tente d’aller par-delà les maux qu’il ne peut traduire en mots. Ils ravalent ses mots dans des compulsions alimentaires qui combattent la destructivité des troubles des conduites alimentaires.

Les T.C.A permettent au sujet de survivre, de tenir debout sur un mont de douleur.

Géraldine Munch sur Boulimie.com par Pascal Couderc

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Boulimie : le réconfort avant l’effort

La nourriture, et particulièrement celle ingérée dans le TCA boulimique, a une fonction de récompense. Elle réconforte, console, occupe, tandis que le sujet ne fait que tromper l’ennui. Sans s’en rendre compte, la personne souffrant de boulimie s’octroie de droit un plaisir immérité, car il se substitue au devoir de la souffrance.

Dans le trouble boulimique, le sujet use de la nourriture comme d’un calmant. Soit dit en passant, il n’est pas rare d’entendre que les aliments qui « font plaisir », sont les aliments sucrés, le chocolat par exemple. Et il est bon de se faire plaisir, tant que la satisfaction ne tourne pas à la compulsion.

Dans la boulimie, le plaisir poussé à l’extrême devient un enfer du quotidien. Elle est l’avant-garde d’un calvaire à venir, celui de la culpabilité, de la tristesse, des vomissements, des efforts physiques outranciers…

C’est comme si la personne se plongeait dans un bain chaud, relaxant, apaisant et agréable, pour se jeter ensuite dans une eau froide, d’autant plus froide qu’elle coule en aval d’eaux meilleures.

Dès lors, à défaut de prévenir le trouble boulimique et d’en tirer un bénéfice apparemment conscient, il s’agirait plutôt de faire face à sa souffrance.

Comment ?.. en la laissant venir en nous, en faisant l’expérience de la souffrance plutôt que de l’évincer pour la laisser revenir de plus belle. Cette démarche n’est emprunte d’aucun masochisme moral ; seulement, pour abattre la boulimie, il faudrait battre le fer pendant qu’il est encore chaud. Autrement dit, il serait conseillé de comprendre et d’éprouver au plus profond de soi ses angoisses pour les apprivoiser, peut-être ; au lieu de se rendre aveugle à ses propres douleurs.

Dans la boulimie, il convient de faire l’effort de la souffrance pour espérer obtenir le bien du réconfort.

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Les T.C.A. : un monde à soi

Si les T.C.A. marquent l’emprise insoutenable d’un trouble sur un individu, ils lui sont aussi utiles. En effet, il se sert de son T.C.A. pour compenser sa perte de contrôle lors des pratiques alimentaires pathologiques. Un T.C.A. n’est pas qu’une anomalie du comportement mais aussi un rempart contre les autres, contre soi-même.

L’épicentre du séisme T.C.A. réside en une perte de contrôle, un décrochage de l’attention, de l’instinct de raison. Le sujet se retrouve aliéné, c’est-à-dire assujetti à lui-même. L’anorexie, la boulimie, ou encore l’hyperphagie s’empare de lui à ses dépens. Elles ruinent toute espérance de volonté et de reprise du contrôle. Les T.C.A. exercent une telle emprise sur la personne qu’elle en vient à ne vivre que pour se faire du mal, créer ou crier une souffrance. Le T.C.A. vampirise le sujet au point de le défaire de toute son énergie, sa force et sa liberté. L’individu, épuisé, devient la proie idéale pour un T.C.A. affamé et pernicieux.

Néanmoins, les T.C.A. ne sont pas seulement un mal pour mal. Les troubles des conduites alimentaires constituent aussi un rempart, une forteresse pour le sujet. Bien que le sujet ait perdu tout contrôle lorsque son T.C.A. s’est imposé à lui, il réussit à en faire son allié. En fait, l’anorexie, la boulimie ou l’hyperphagie représente un objet sur lequel le sujet aura une emprise totale. C’est la seule chose qu’il contrôle, la seule chose qui lui appartienne, sur laquelle il a la main mise. Les T.C.A. permettent, en un sens, de faire recouvrir au sujet son identité en tant que telle, son libre-arbitre.

L’individu n’est pas son trouble mais a son trouble : c’est le seul moyen pour lui de se sentir sujet ; justement parce qu’il contrôle un objet extérieur à soi (la nourriture), à défaut de contrôler son objet intérieur (son mal-être psychique).

Géraldine Munch sur Boulimie.com par Pascal Couderc

Géraldine Munch est psychologue clinicienne et auteure, totalement bilingue français espagnol.
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La compulsion dans les T.C.A

L’entourage des personnes souffrant d’un trouble des conduites alimentaires demeurent souvent dans l’incompréhension du trouble. Ils éprouvent des difficultés à concevoir que le sujet ne puisse pas se contrôler et surtout, qu’il ne puisse pas s’empêcher de se faire du mal. Que doivent-ils comprendre ?

L’une des caractéristiques des T.C.A consiste en une pratique compulsive orientée vers la nourriture. Le sujet anorexique s’impose le réflexe d’une dénutrition ; le sujet boulimique se rue sur la nourriture de par une perte de contrôle de soi ; le sujet hyperphagique subit ses prises de nourriture continues et automatiques. On comprend dès lors que, ce qui motive la personne atteinte d’un trouble des conduites alimentaires dépasse le raisonnable, l’entendement ; la motivation est quasi inconsciente, elle s’abat sur elle comme une tendance impérieuse. Le diktat de la nourriture consiste en une compulsion. Cette dernière agit telle une poussée survenant de l’intérieur et, qui dirige la pensée et le comportement le sujet en l’aliénant, malgré lui.

L’entourage des individus exposés à cette compulsion peinent à comprendre comment on peut en arriver à perdre toute maîtrise de soi, au point de s’infliger tant de souffrance. Pour eux, il s’agit d’une question de volonté : « tu ne peux pas t’empêcher de te faire du mal alors que tu n’as qu’à décider de ne pas t’en faire ; c’est bien toi qui agit, il n’y a personne d’autre que toi qui puisse se comporter à ta place ! ». Ce discours affecte particulièrement les individus avec T.C.A car il intensifie leur sentiment de culpabilité. Les personnes atteintes d’un trouble des conduites alimentaires sont les seules à concevoir que ce n’est pas elles qui choisissent mais la compulsion, dont elles sont victimes.

La compulsion des T.C.A ne s’invente pas ; elle est inaudible pour les aveugles.

Géraldine Munch sur Boulimie.com par Pascal Couderc

Géraldine Munch est psychologue clinicienne et auteure, totalement bilingue français espagnol.
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L’anorexie ou la peur de l’oubli

Dans l’anorexie, la personne semble s’oublier elle-même en se livrant à un rituel d’automutilation via des restrictions alimentaires draconiennes. Elle fait en sorte que son corps disparaisse, qu’il se décharne au point de ne plus être visible des autres. S’oublier soi-même peut être considéré comme une défense contre la peur d’être oublié.

Le sujet qui souffre d’anorexie a recours au Trouble des Conduites Alimentaires (T.C.A) afin d’exprimer une souffrance. Cette souffrance, ce mal, est teintée d’un sentiment d’angoisse massif et écrasant.

En effet, le sujet angoissé cherche une solution visant à réduire et à néantiser l’angoisse. Cette peur diffuse hante en permanence l’individu. Il peut être difficile de concevoir la pathologie anorexique à l’instar d’une décharge d’angoisse car la restriction alimentaire impose justement un contrôle, qui va conceptuellement à l’encontre de l’extériorisation d’une émotion.

Néanmoins, l’anorexie représente bel et bien une voie d’issue à l’angoisse car elle concentre quantité de souffrance et met en acte la peur d’être confronté à l’angoisse ; l’angoisse est donc omniprésente.

Qu’en est-il de la nature de l’angoisse anorexique ainsi que de la fonction du rituel auto-mutilatoire ? La peur qu’a le sujet d’être oublié des autres, des siens, se fond dans l’oubli de sa personne propre.

En se sous-alimentant, il actualise sa mort autant psychique que physique par l’effacement de son corps. S’oublier soi-même est une défense contre la souffrance qui serait induite par l’oubli de soi par les autres.

Par crainte d’être oubliée par des personnes investies affectivement, l’individu anesthésie ses propres affects dans la privation, la restriction et l’abandon de la nourriture, de la vie organique. La personne souffrant d’anorexie anticipe la perte de l’autre en s’infligeant sa propre disparition.

Dans l’anorexie, l’individu concentre son angoisse d’être oublié dans un processus éliminatoire. Il choisit de subir son oubli de lui-même plutôt que d’avoir affaire à l’angoisse insupportable d’être un jour oublié du monde.

Géraldine Munch sur Boulimie.com par Pascal Couderc

Géraldine Munch est psychologue clinicienne et auteure, totalement bilingue français espagnol.

Pascal Couderc est psychologue clinicien , psychanalyste et auteur, fondateur de boulimie.com en 1998. Il exerce à Montpellier et à Paris.

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Traiter la boulimie en psychothérapie systémique et stratégique

La psychothérapie systémique et stratégique est un courant de la Psychologie qui s’intéresse à l’environnement du patient, considéré dans sa globalité. On s’attache à traiter les troubles mentaux en faisant référence au contexte de vie du patient, à son histoire personnelle, à ses émotions, à ses comportements, ses idées… En psychothérapie systémique et stratégique, on combat le trouble de façon méthodique en s’attaquant à ses origines.

En effet, c’est en tarissant la source du problème que le symptôme du problème disparaît. Dans le cadre des Troubles des Conduites Alimentaires, le thérapeute systémicien s’intéresse aux facteurs déclenchant du trouble boulimique. Par exemple, le patient s’est soudainement adonné à des orgies alimentaires en raison d’un stress, d’une angoisse ou d’une dépression latente. Dans ce cas, le systémicien considère le contexte d’apparition du trouble et favorise le dénouement du problème originel ; par exemple, le divorce des parents, la rupture amoureuse, le décès d’un proche, un psychotraumatisme, sont autant de causes génératrices du trouble. Soit dit en passant, le trouble est toujours plurifactoriel ; c’est ce à quoi le systémicien travaille en détricotant les diverses mailles de la problématique boulimique.

En outre, le psychothérapeute œuvre sur le plan stratégique. Autrement dit, il donne des directives au patient souffrant de boulimie pour que, une fois les facteurs du trouble identifiés, l’on puisse participer de l’éradication des symptômes : les crises de boulimie et les vomissements, entre autres. Ainsi, le patient est-il vivement sollicité pour se prêter à des exercices thérapeutiques tel que : « au lieu de vous priver et de vous restreindre, adopter la règle des trois repas par jour et mangez à votre faim ! ». Tel que l’écrivait Oscar Wilde : « le meilleur moyen de résister à la tentation, c’est d’y céder ».

Céder à la tentation en mangeant ce qui est interdit, c’est diminuer le risque de crise.

Géraldine Munch sur Boulimie.com par Pascal Couderc

Géraldine Munch est psychologue clinicienne et auteure, totalement bilingue français espagnol.

Pascal Couderc est psychologue clinicien , psychanalyste et auteur, fondateur de boulimie.com en 1998. Il exerce à Montpellier et à Paris.

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T.C.A. et manque de l’autre

Dans la problématique des troubles des conduites alimentaires, le manque de l’autre, des siens, des proches, est souvent le moteur de la dynamique anorexique, boulimique ou encore hyperphagique. Partir loin des siens pour des raisons professionnelles, affectives ou personnelles conduit parfois la personne à des pratiques alimentaires pathologiques pour combler le manque de l’autre.

Il est commun d’entendre : « la nourriture sert à combler un manque ». Cet énoncé stéréotypé fait référence aux sous-bassement tacites des T.C.A. Il est vrai que la consommation addictive de nourriture est souvent perçue telle la solution privilégiée au vide de soi. La nourriture cache un mal plus profond que celui du manque. Dans le cadre des T.C.A., la nourriture n’est pas seulement ingurgitée pour pallier au manque diffus vécu par le sujet ; la nourriture est, de manière plus complexe, le symptôme ou la manifestation du traumatisme de la solitude. Autrement dit, la nourriture sert à combler un manque certes, mais elle est surtout le signal pathologique d’une personne en perdition.

Il s’avère important d’être vigilant aux prémisses des troubles des conduites alimentaires. On constate souvent que l’éloignement géographique du sujet génère l’apparition d’un T.C.A., majoritairement boulimique. La boulimie est là pour traduire le manque de ses proches et remplir l’espace intérieur vide laissé par eux au moment du départ. Le manque des autres peut engendrer des pratiques alimentaires pathologiques et révéler un besoin d’étayage jusqu’alors indétectable. Dès lors, il s’agit de travailler et d’analyser en psychothérapie les thèmes de solitude et de perte identitaire adjacents au manque de l’autre.

Quand les autres viennes à manquer, le sujet trouve refuge dans les câlins de la nourriture.

Géraldine Munch sur Boulimie.com par Pascal Couderc

Géraldine Munch est psychologue clinicienne et auteure, totalement bilingue français espagnol.

Pascal Couderc est psychologue clinicien , psychanalyste et auteur, fondateur de boulimie.com en 1998. Il exerce à Montpellier et à Paris.

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T.C.A. : le rôle du stress

Bien souvent dans les Troubles des Conduites Alimentaires, l’individu subit son propre stress. Ce sentiment de tension qui l’anime est générateur des comportements anorexiques, boulimiques et hyperphagiques. En effet, les troubles des conduites alimentaires viennent pallier au stress comme l’aspirine au mal de tête.

Le stress met le sujet dans un état d’agitation et suscite en lui une angoisse dont il ne connaît pas la cause. Le malaise qu’il ressent fait souffrance car il dépasse un seuil de tolérance au stress. Passée cette limite, le stress se transforme en une puissance destructrice et joue contre le sujet. Dès lors que le sujet ne contrôle plus ses sensations de stress, ces dernières se retournent contre lui et l’incitent à se défendre. La seule défense dont dispose l’individu est celle d’avoir recours aux T.C.A. Ces troubles sont utilisés prioritairement par les personnes frustrées et stressées car la nourriture est facile d’accès et qu’elle procure soulagement en quelques minutes seulement.

De ce fait, il est important de reconnaître en soi l’affect de stress pour l’apprendre et le comprendre. Accepter d’accueillir en soi l’émotion négative du stress aide à la combattre plus efficacement. Si le sujet s’essaie au vécu de son stress, en le laissant s’installer en lui-même, il pourrait s’apercevoir que le stress n’est que transitoire et qu’il est surmontable de part les nombreuses ressources dont la personne dispose. Néanmoins, elle n’en est pas convaincue et se laisse persuadée que, dans tous les cas, le stress et l’angoisse auront raison d’elle. Cette fausse croyance doit être reconnue par le sujet comme telle pour que la mécanique s’inverse et que le sujet prenne le dessus à l’égard du stress et non l’inverse.

Compris et régulé à raison, le stress devient l’allié de la personne qui n’a par conséquent plus besoin du T.C.A. pour faire face.

Géraldine Munch sur Boulimie.com par Pascal Couderc

Géraldine Munch est psychologue clinicienne et auteure, totalement bilingue français espagnol.

Pascal Couderc est psychologue clinicien , psychanalyste et auteur, fondateur de boulimie.com en 1998. Il exerce à Montpellier et à Paris.

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Les T.C.A. chez l’adulte : quand le trouble devient un compagnon de vie.

Bon nombre de personnes souffrent d’un T.C.A. depuis 10, 20, 30 ans. Est-ce à dire qu’elles sont condamnées à perpétuité ?… Elles pensent toutes que le trouble a élu domicile dans leur vie et qu’il ne s’en ira jamais. Les T.C.A. ne sont pas des maladies chroniques, autrement dit incurables ; ils représentent des troubles transitoires.

A défaut d’une écoute bienveillante, d’un entourage soutenant, d’informations, les sujets souffrant de T.C.A sont souvent isolés des prises en charge destinées à l’éradication de l’anorexie, la boulimie, ou encore l’hyperphagie. Ils sont souvent sans savoir que leur trouble n’est pas irréversible mais qu’au contraire il peut être traité par des professionnels de santé spécialisés dans les troubles des conduites alimentaires. Certes, plus un trouble est pris en charge précocement, moins il a le temps de s’encrypter et plus il sera aisé de le traiter.

Cependant, les adultes atteints d’un trouble des conduites alimentaires persistant ne sont pas causes perdues. Généralement, les T.C.A surgissent pendant la période adolescente ou au début de l’âge adulte. Il peut arriver que ces adolescents ou pré-adultes se retrouvent pris au piège, s’en issue de secours. Le trouble persiste et envahit le sujet. Il n’est pas judicieux de croire que, à l’âge adulte, les T.C.A. résisteront au temps. Le problème est que les adultes souffrant d’un T.C.A. sont d’autant plus convaincus que leur trouble les poursuivra que les années passent. Or, le temps perd son statut d’ennemi et devient un allié dès lors qu’ils entrent dans une démarche de guérison. Cette dernière nécessitera peut-être plus de temps mais elle saura sauver le sujet de son T.C.A.

Les T.C.A. chez l’adulte ne sont pas une fatalité ; la prise en charge est une nécessité.

Géraldine Munch sur Boulimie.com par Pascal Couderc

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T.C.A. : à la folie, pour toujours ?

De nombreuses personnes déclarent être atteintes d’un Trouble du Comportement Alimentaire (T.C.A.) depuis plusieurs années, et souvent depuis plusieurs dizaines d’années. Il est nécessaire de rappeler que les T.C.A., à l’instar d’un simple rhume, nécessitent une prise en charge précoce. A défaut d’être une maladie chronique, les T.C.A. peuvent se chroniciser à tel point que le sujet est aliéné… parfois, pour toujours, pense-t-il.

En sachant que les troubles du comportement alimentaire apparaissent majoritairement à l’adolescence ou au début de l’âge adulte, il s’avère éminemment problématique de prendre en charge ceux qui persistent sur le long terme. Passé le cap de l’entrée dans la vie adulte, les T.C.A. deviennent de plus en plus robustes et, a fortiori, de plus en plus compliqués à éradiquer. C’est pourquoi il ne faut pas attendre que le mal s’installe car les T.C.A. ne passent pas avec le temps ; au contraire, ils décuplent la souffrance du sujet au fur et à mesure des années. Traités en psychothérapie dès l’adolescence, les T.C.A. sont endigués et n’atteignent pas la structure intrinsèque du sujet.

Dans les cas de T.C.A. adultes, ces derniers font partie intégrante des schémas du sujet. L’anorexie, la boulimie ou l’hyperphagie sont devenues une modalité de vie, une habitude, un rituel. Plus les T.C.A. avancent dans le temps, plus ils consomment le sujet de l’intérieur, au point que celui-ci est réduit à néant. Un sujet qui disparaît en incarnant lui-même son trouble perd son sens. Le travail psychothérapeutique est-il ainsi double : il s’agit d’une part de faire revenir le sujet à lui-même (comme après un évanouissement), et, une fois que le sujet a retrouvé sa substance, de traiter le T.C.A. à proprement parler.

Céder le passage aux T.C.A., c’est attendre sa propre perdition.

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Le sentiment de honte dans les T.C.A.

L’un des principaux dénominateurs communs aux Troubles des Conduites Alimentaires (T.C.A) est sans doute le sentiment de honte. Que l’on souffre d’anorexie, de boulimie ou encore d’hyperphagie, la honte envahit le sujet au point qu’il se sente coupable d’avoir honte.

Dans l’esprit d’une personne atteinte d’un T.C.A, les sévices qu’elle s’inflige à elle-même sont porteurs d’un aspect moral discriminant. Les professionnels de santé en charge des patients avec T.C.A entendent très souvent la phrase suivante : « je sais que ce que je fais n’est pas bien ». La honte dans les Troubles des Conduites Alimentaires est d’autant plus envahissante qu’elle révèle la pleine conscience du sujet qui sait pertinemment que ses gestes autodestructeurs sont mauvais. La honte est si persécutrice pour la personne qu’elle la précipite dans un repli sur soi mortifère. Avoir honte, c’est pour elle reconnaître qu’elle agit contre elle-même.

Le sujet souffrant de T.C.A peut être enclin à deux types de honte : une honte sociale (le sujet a honte car il se pense anormal parmi les autres du fait de son trouble) ; une honte intrinsèque (le sujet a honte car il juge lui-même ses actes comme détestables). C’est d’ailleurs cette honte qui mène le sujet à se retirer du monde et d’autrui. La honte est une forteresse de pierres où la personne oscille entre faute commise et repentir. Poussé à l’extrême, le T.C.A inflige au sujet la culpabilité de sa honte. Autrement dit, il se sent coupable d’avoir honte en ce qu’il s’accuse lui-même d’un crime physique et psychologique.

Le sentiment de honte à l’œuvre dans les T.C.A n’est plus à prouver. Dans la honte, le sujet se fait disparaître pour ne plus avoir à assumer d’être son propre traître.

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T.C.A : aidez-moi, mon ami(e) a besoin d’aide.

Nombreuses sont les personnes qui réclament de l’aide parce que l’un ou l’une de leurs ami(e)s souffre d’un Trouble de la Conduite Alimentaire (T.C.A). L’entourage du sujet atteint d’anorexie ou de boulimie apparaît souvent démuni face à la souffrance et à la détresse de leur proche. Comment aider celui qui veut aider ?

Les personnes qui sont informées du trouble dont souffre leur proche sont des individus privilégiés. En effet, il n’est pas rare de constater que les sujets anorexiques et boulimiques ne se confient que très peu à leur entourage. En livrant leur lot de souffrance et en parlant de leur trouble à un tiers, ils l’investissent d’une confiance étroite. Cet individu de confiance désigné se sent dès lors responsable, ou du moins prisonnier, de l’enfer vécu par son proche. Ce don de culpabilité de la part du sujet en souffrance est communément accueilli en l’autre comme un appel à l’aide.

Dès lors que la personne souffrant d’un T.C.A révèle ses pulsions destructrices à un proche, ce dernier souhaite lui prodiguer son assistance. Il s’avère que, de prime abord, le maintien du lien avec le sujet qui souffre est une constante à préserver. La multiplication des échanges est source de guérison car la parole désaliénée du sujet en souffrance est signe d’une prise de conscience chez lui et d’une volonté de guérison. Rompre le dialogue avec lui est susceptible d’engendrer un repli sur lui-même et un isolement social aux conséquences délétères. En plus du dialogue, le rôle de l’entourage peut être d’inciter l’individu à léguer sa souffrance à un professionnel spécialisé dans les T.C.A, à savoir un psychothérapeute.

Voir l’un des siens souffrir est une souffrance pour soi-même. Aider le sujet anorexique ou boulimique coïncide avec une force de vivre dont il n’a pas encore conscience.

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L’anorexie ou le refus de la féminité

La personne souffrant d’anorexie se prive de manger ; elle se décharne et tend à disparaître. Cette privation anorexique sonne comme un refus : refus de se nourrir, de continuer à vivre, de devenir femme… En effet, derrière le masque de la maigreur et de la souffrance se cache peut-être le refus de la féminité.

Le refus de la féminité… qu’est-ce à dire ? Il n’est pas rare de s’apercevoir dans la psychothérapie des patientes anorexiques de la signification actée de l’anorexie. Manifestement, l’anorexie empêche les modifications physiologiques attendues surtout à l’adolescence. Poussée à l’extrême, l’anorexie bloque la survenue des menstruations, gomme les formes féminines corporelles et cache la transformation d’un corps d’enfant en un corps de femme. Que ce soit en période d’adolescence ou au cours de l’âge adulte, l’anorexie signe le refus de l’enfant d’entrer dans l’âge adulte ; pour signifier le refus psychologique inconscient de la féminité, l’anorexie efface les caractères féminins dans le corps.

Cette négation de la féminité traduite de notre esprit vers notre corps veut nous dire quelque chose. En s’offensant contre l’entrée dans l’âge adulte, celle qui souffre d’anorexie semble désirer la survie de l’enfance. Refuser d’être adulte c’est sûrement aussi vouloir rester une enfant. Dès lors, l’anorexie devient le moyen par lequel la personne réalise son désir d’enfance. L’enfance présente un caractère rassurant : elle symbolise le cocon protecteur installé par les parents. Le lien aux parents dans l’enfance est quasi fusionnel puisque l’enfant apprend à vivre et à grandir avec ses parents. Grandir à l’âge adulte nécessite la rupture d’avec les parents, sans pour autant les oublier.

L’anorexie, par le refus de la féminité, convoite l’enfance parce que l’angoisse d’être une femme paralyse l’enfant qui sommeille en elle.

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Boulimie : l’appétit du manque

A propos de la boulimie, il est fréquent d’entendre que la nourriture vient combler un manque. Lequel ?… La nourriture console et surgit pour lutter contre une souffrance intolérable qu’est le manque. La personne souffrant de boulimie instrumentalise la nourriture comme une arme antidépressive contre l’angoisse du néant.

La boulimie incite l’individu à manger jusqu’à épuisement car elle vient masquer un blanc, une faille, un trop-peu ou pas-assez. Le sujet boulimique cherche, via son trouble, à pallier au manque. Un manque d’amour, un manque de soi, un manque de sens. Aux prises dans la spirale boulimique, on est exposé à ses propres douleurs intimes à l’instar d’une carence affective précocement traumatisante, d’une perte de sens au sujet de qui l’on est et de ce qui est. On ne parvient pas à mettre en mots sa souffrance et, la boulimie intervient pour anesthésier les pensées et calmer temporairement le mal qui dort en soi.

On comprend bien dès lors que le manque auquel la boulimie fait écho n’est pas aussi clair et circonscrit qu’il n’y paraît. Il s’étend du manque de l’autre, de celui ou celle que l’on aime et qui nous aime, au manque de signification de notre existence. En effet, la boulimie se nourrit du manque et l’entretient par là même. Elle confronte l’individu à son angoisse de l’absence. Contre cette absence, la boulimie figure une stratégie défensive pathologique pour la dissiper. La personne se rue immédiatement sur la nourriture au moindre signal d’angoisse ; les crises expriment intensément le manque plus qu’elle ne le comble.

Dans le trouble boulimique, l’individu s’engage dans une lutte acharnée contre un manque profondément ancré dans son psychisme. Le manque se rejoue à chaque crise et, sur la personne met la main mise.

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Boulimie : un trouble qui se tait

Nombreuses sont les personnes souffrant de boulimie qui avouent n’avoir rien dit à personne de leur trouble. La boulimie est une pathologie qui passe sous silence ses symptômes : les crises ont lieu à l’abri des regards, la silhouette est parfois dissimulée, les aliments disparaissent des placards… pas l’ombre d’une souffrance ?

Mais sûrement l’ombre d’un doute, quand on sait que ces individus crient leur malaise, leur mal-être dans ces impulsions alimentaires. Il faut savoir douter de l’eau qui dort comme de la boulimie qui sévit. Ce trouble des conduites alimentaires n’est pas nécessairement visible, comme c’est le cas par exemple de l’anorexie, où la personne se décharne aux yeux des autres. Dans la boulimie, le poids est relativement maîtrisé par les stratégies compensatoires à l’instar des vomissements provoqués. La boulimie est agile dans l’art de la dissimulation ; c’est pourquoi bien souvent la personne qui en souffre parvient à cacher son trouble à son entourage.

Dès lors, il faut rompre l’isolement boulimique, le huis clos infernal que la boulimie inflige à son patient. Faire silence la rend plus efficace : la boulimie qui ne se sait de personne a le champ libre pour détruire un peu plus chaque jour la personne. Cette dernière, si elle s’inscrit dans une démarche active, devra libérer ses maux par les mots. Avouer à son entourage que l’on souffre de la boulimie n’est pas chose aisée mais, c’est bien là le début d’une longue lutte vers la guérison. Mettre en maux sa souffrance pour les autres est aussi un moyen de se la représenter à soi. On devient soi-même conscient de sa sombre souffrance.

Parler de la boulimie, briser sa solitude, pour reprendre contact avec la vie.

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Anorexie ou l’anomalie du plaisir

Issu de la langue grecque, le terme d’anorexie désigne littéralement « a »-absence ; « orexis »-appétit : l’absence d’appétit. Dans l’observation et l’analyse psychanalytique du trouble, la notion centrale dans ce trouble des conduites alimentaires est le plaisir. En effet, l’individu souffrant d’anorexie a perdu tout plaisir ou toute satisfaction dans l’acte de manger.

Le cercle vicieux qui assaille le sujet atteint du trouble anorexique se résume comme suit : je n’ai plus de plaisir à manger – je ne mange plus – je perds davantage le plaisir de manger etc… On comprend bien que le plaisir est l’émotion essentielle de l’anorexie.

Avant ce trouble, la pulsion première qui conduisait le sujet à se nourrir était liée à une satisfaction : c’est d’abord le plaisir du bébé recevant son biberon de la part d’une mère bienveillante ; puis c’est le plaisir de l’enfant/l’adulte qui se nourrit parce que le souvenir de ses premiers plaisirs nourriciers l’y ont incité.

Si l’émotion de plaisir disparaît de l’acte de manger, le sujet n’est plus poussé à la faire. Alors, il arrête de se nourrir et se décharne, se meurt à petit feu. Le plaisir motive l’individu à se nourrir ; dès lors que le plaisir n’est plus, le sujet non plus. La perte de plaisir qui régit le trouble anorexique n’est pas irréversible : de nombreux bébés qui refusaient de manger deviennent de vrais petits gourmets et de nombreux adultes ayant connu un épisode anorexique renouent avec des repas complets.

Dans les deux cas, le plaisir est une émotion qui s’apprend, qui s’apprivoise et qui se cultive. C’est parce l’on aura donné goût à l’individu pour se nourrir qu’il en ressentira un plaisir suffisant pour assurer sa survie en continuant de s’alimenter.

Sans plaisir, l’énergie du sujet court à l’échec et s’évanouit. Le plaisir connu d’avoir été alimenté par un tiers, vecteur de satisfaction, conditionne le plaisir perçu de manger.

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L’orage boulimique dans un ciel dépressif

La boulimie n’apparaît généralement pas seule chez un individu. Souvent, elle est le symptôme d’un autre grand trouble. Dans certains cas, elle est à elle-même le trouble principal. Néanmoins, la majorité des personnes souffrant de boulimie cache une vaste souffrance dont les crises de boulimie sont la manifestation.

Les patients qui viennent consulter un psychologue-clinicien ou bien un psychothérapeute avancent la boulimie comme motif principal. Autrement dit, ils croient que le nœud de leur problème réside dans le syndrome boulimique. Or, ils déforment un peu la réalité sans le savoir car, au fur et à mesure des séances avec le professionnel, ils découvrent que leur boulimie n’était que la face visible de l’iceberg. En effet, ils sont généralement amenés à mettre le doigt sur une souffrance beaucoup plus profonde que celle véhiculée dans la pathologie boulimique. Peu à peu, les patients s’aperçoivent que la boulimie est l’indice de quelque chose, d’un mal plus insidieux et plus difficile à circonscrire.

Thérapeute et patient font alors la découvert du ciel dépressif qui pesait sur ce dernier, bien avant la survenue des orages (ou épisodes) boulimiques. Comment comprendre ce phénomène ?… Si l’on conserve l’image du ciel et de l’orage, on comprend volontiers en quoi il est logique d’espérer l’orage lorsque le ciel s’obscurcit et que les nuages se densifient. Il en va de même pour la personne qui déclare des crises de boulimies. C’est parce que la personne souffrait déjà en amont qu’elle laisse éclater sa souffrance sous forme de symptômes. La boulimie est un exemple de symptôme parmi d’autres (les pleurs, le repli sur soi, la sédentarité…).

Dans bien des cas, la boulimie agit comme un congloméras de nuages noirs : elle annonce la tempête dépressive qui menace d’anéantir le sujet. On va alors chez le psychologue car ce n’est que lorsqu’il pleut que l’on ouvre son parapluie.

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La boulimie : un tête-à-tête en solitaire.

Lorsque l’on souffre de boulimie, rare sont ceux qui perdurent dans leurs relations sociales, professionnelles, sentimentales ou encore familiales. En effet, le facteur boulimique est souvent générateur d’une vaste solitude.

Une personne atteinte de la pathologie boulimique tend à désinvestir la sphère des relations interpersonnelles. Les crises de boulimie et leurs éventuelles stratégies compensatoires requièrent du temps, un temps qui ne sera plus accordé aux autres mais au trouble de la conduite alimentaire. Après les accès boulimiques, le sujet se sent généralement dévasté par un sentiment de culpabilité qui le pousse à ne pas se montrer à la face du monde. Il a honte d’avoir céder à l’appel de la nourriture, il pense qu’il a mal fait, que les autres verront qu’il a grossi et cela lui est insupportable. Petit à petit, la boulimie fait son nid : elle isole la personne souffrant de boulimie et la soumet à une errance solitaire ; on est en tête-à-tête avec soi-même. On perd les autres de vue.

La boulimie est jalouse, elle ne supporte pas qu’on la laisse seule. Elle est aussi sournoise puisque au lieu d’être laissée pour compte, elle laisse le sujet seul. A multiplier les crises, le sujet se coupe de son entourage pour se consacrer uniquement à son trouble. Ce dernier en demande toujours plus au sujet. A défaut d’atténuer une angoisse sous-jacente, le trouble boulimique accroît le sentiment d’anxiété généré par les crises elles-mêmes. On est angoissé, on mange pour palier à l’angoisse, on culpabilise, on est de nouveau angoissé etc… Le cercle vicieux de la boulimie est une cause d’isolement social. L’angoisse, les crises et les sentiments inavouables adjacents au trouble mènent le sujet à rompre tout contact franc avec le monde des autres.

Le syndrome boulimique a la particularité d’isoler le sujet au point que ce dernier se retrouve nez-à-nez avec lui-même. Les autres ne peuvent rien : c’est là ce que pense le sujet boulimique, à tort. Une boulimie de perdue et les autres sont retrouvés.

Géraldine Munch sur Boulimie.com par Pascal Couderc

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Anorexie et boulimie : deux fausses-jumelles

Anorexie et boulimie représentent deux troubles de la conduite alimentaire : elles sont sœurs. Tandis que l’anorexie recouvre un refus de s’alimenter, la boulimie répond à des crises alimentaires irrépressibles : elles sont sœurs-opposées. Mais alors, en quoi seraient-elles jumelles ? Aurions-nous tort de penser l’anorexie et la boulimie comme antinomiques ?…

A y réfléchir… non. L’anorexie et la boulimie traversent le terrain des conduites alimentaires pour créer des symptômes : la maigreur dans l’anorexie et les comportements compensatoires dans la boulimie, pour ne citer qu’eux. Et, qui se ressemblent, s’assemblent. Malgré la pluralité et la diversité des deux troubles en question, anorexie et boulimie se rejoignent et se recoupent. En effet, ces deux pathologies usent d’un même outil, qui traduit une même souffrance et cache une même et profonde solitude dépressive. L’anorexie et la boulimie sont deux fausses-jumelles : jumelles en ce qu’elles crient une douleur psychique et physique à l’unisson ; fausses-jumelles car chacune travaille dans son sens.

Dès lors, il n’est pas rare d’apprendre la survenue d’épisodes anorexiques dans le passé d’une personne souffrant de boulimie. D’où, encore une fois, l’image des fausses-jumelles. L’anorexie et la boulimie ont discrètement et conjointement œuvré dans la même personne. Comment comprendre ce qui, de prime abord, nous étonnerait ? Remettons-nous en à la nature… Le sujet souffrant d’anorexie s’est privé des aliments tant et si bien qu’il se rue sur la nourriture. Qui est affamé, mange sans compter. A trop vouloir se restreindre et se maîtriser, il perd toute maîtrise et s’abandonne à des crises boulimiques.

Si l’anorexie et la boulimie sont deux sœurs-jumelles, nous serions tentés de croire en un même noyau de souffrance : une errance dépressive.

Géraldine Munch sur Boulimie.com par Pascal Couderc

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Boulimie ou quand manger n’est plus un plaisir.

Ce qui laisse le sujet aux prises avec ses propres logiques boulimiques est sans doute la perte de plaisir. Lorsque l’acte de manger est perverti, que les aliments-pansements deviennent une addiction, le besoin primaire de se nourrir n’est plus source de satisfaction.

La personne qui souffre de boulimie a substitué au besoin de s’alimenter celui de se consoler. La fonction primaire de la nourriture n’est plus d’assurer la survie de l’individu ; toute fonction subsidiaire est effacée. En effet, la consommation de nourriture est exempte de tout plaisir puisqu’elle s’intègre dans le cercle vicieux de la boulimie : souffrance – crise – souffrance. Ce qui au départ avait pour vertu de procurer sensations et contentements est anesthésié : il n’est plus questions de saveurs, d’arômes, de goût, de dégustation et d’appréciation de la nourriture.

Dès lors, nous comprenons en quoi l’absence de plaisir participe de la souffrance dans la pathologie boulimique. Si la souffrance va de pair avec l’absence plaisir, le malaise du sujet vient en partie de ce que manger a perdu de sa valence hédonique. Le travail psychothérapeutique qui peut être engagé avec une personne souffrant de boulimie s’articule, entre autres, autour de l’axe « plaisir ». Il s’agit de faire recouvrir au sujet une source naturelle de plaisir : l’acte de manger. Réapprendre le plaisir de manger a pour objectif d’atténuer le déplaisir qu’engendrent les crises de boulimie.

Dans la boulimie, l’individu perd toute notion de plaisir lié à la consommation de nourriture. Manger aide le sujet à survivre, à vivre ses peines tant qu’il le peut. A condition que l’acte de manger renoue avec des plaisirs subséquents, il aura initié la rupture d’un cycle de souffrance.

Géraldine Munch sur Boulimie.com par Pascal Couderc

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Sortir de la boulimie : une question de volonté ?

Le discours boulimique se heurte souvent contre l’opinion commune : tandis que l’un soutient qu’il « ne peut pas faire autrement (que manger lors de ses crises)», les autres rétorquent que « tout n’est qu’une question de volonté ». De quelle utilité seraient donc les psychologues cliniciens spécialisés dans les T.C.A si la seule volonté permettait de s’en sortir ?… aucune !

Dès lors, nous comprenons bien que la pathologie boulimique donne du fil à retordre à celui qui en est atteint et à celui qui la traite : le patient et le psychothérapeute. Tous deux œuvrent dans un but précis : faire en sorte que le patient ne souffre plus de son trouble. Certes, le travail psychothérapeutique appelle la volonté du sujet : il est nécessaire que le patient ait la volonté de se sauver lui-même. Au-delà de cette volonté primaire, la volonté consciente qui permettrait au sujet d’empêcher une crise de boulimie n’a plus lieu d’être. En effet, il est extrêmement important d’avoir à l’esprit que ce qui motive la personne à manger par crises, c’est une pulsion et non un désir.

Loin d’être décidée, prévue ou encore voulue, la crise de boulimie échappe à toute volonté puisqu’elle s’inscrit dans un cadre pulsionnel. Une pulsion se manifeste à l’instar d’un instinct : pulsion et instinct ont cela de commun qu’ils ne dépendent pas d’un choix de la raison. Le sujet qui subit une pulsion se retrouve impuissant face à des idées et des comportements qu’ils ne contrôlent pas. La pulsion est comme l’orage dans le ciel : en un éclair, le ciel se pare d’un gris noirâtre et fait détonner le tonnerre, tomber la pluie. Il peut être imprévisible et dure un temps indéterminé. Après la pluie (la crise), vient le temps des pleurs, des peines et des remords : la personne qui souffre de boulimie culpabilise d’avoir laisser entrer l’orage sous son toit.

La boulimie n’est pas seulement une question de vouloir mais aussi de savoir : il convient de savoir de quoi l’on souffre pour s’en sortir.

Géraldine Munch sur Boulimie.com par Pascal Couderc

Géraldine Munch est psychologue clinicienne et auteure, totalement bilingue français espagnol.

Pascal Couderc est psychologue clinicien , psychanalyste et auteur, fondateur de boulimie.com en 1998. Il exerce à Montpellier et à Paris.

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Les T.C.A : un pousse-au-crime

Dans les T.C.A, la nourriture s’illustre comme une clef de voûte : elle est à la fois ce qui apaise et fait souffrir la personne. Que ce soit dans l’anorexie, la boulimie ou encore l’hyperphagie, on pourrait considérer la nourriture comme un pousse-au-crime, c’est-à-dire comme quelque chose qui motive le sujet, que ce soit pour son bien ou pour son mal.

Les T.C.A : un pousse-au-crime ?… La logique vicieuse des pathologies affectant les comportements alimentaires apparaît très nettement. Le sujet qui souffre d’anorexie fait un effort surhumain pour se retenir de manger, à tel point qu’il compense son excédent d’énergie à l’extérieur (exercice physique intensif, dépenses d’argent astronomiques, multiplication des tâches journalières…). Pour mieux comprendre, imaginez un plongeur en apnée : il retient si longtemps sa respiration sous l’eau que sa première réaction, une fois revenu à l’air libre, sera d’inspirer si fort qu’il en viendra à suffoquer et son cœur, à battre la chamade. Dans la boulimie, l’image du pousse-au-crime est plus facilement représentable : plus on s’abstient de manger, plus on ressent le besoin de le faire. Enfin, le sujet hyperphagique est d’autant plus enclin à se nourrir de manière continuelle qu’il cède à la tentation de la nourriture. Soit dit en passant, il est très fréquent de relever un épisode anorexique chez les individus souffrant de boulimie. S’étant tellement privés de nourriture pendant des jours entiers, ils ont abandonné leur souci de maîtrise pour se livrer aux crises de boulimie, où la perte de contrôle est centrale. A trop vouloir taire leur faim, ils s’adonnent à des pratiques alimentaires où ils crient leur souffrance.

Si les T.C.A représentent un pousse-au-crime, c’est bien parce qu’ils incitent le sujet à ne plus répondre de lui-même, à perdre tout contrôle sur la nourriture. Chasser un plaisir naturel, il revient au galop.

Géraldine Munch sur Boulimie.com par Pascal Couderc

Géraldine Munch est psychologue clinicienne et auteure, totalement bilingue français espagnol.

Pascal Couderc est psychologue clinicien , psychanalyste et auteur, fondateur de boulimie.com en 1998. Il exerce à Montpellier et à Paris.

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Miroir ?… dis-moi qui est la plus belle.

Dans les problématiques types T.C.A, la question de la silhouette, de l’apparence physique et du corps est exacerbée. Pour l’une, le miroir est son pire ennemi car elle lui révèle un corps qu’elle haït d’autant plus qu’il s’amaigrit. Pour l’autre, le miroir est une épreuve de réalité insupportable qui lui reflète ses formes jugées disgracieuses.

Dans les Troubles des Conduites Alimentaires, le corps même joue une rôle central : le corps devient un objet, un objet qui accuses des pratiques alimentaires qui le malmènent. Finalement, nous pourrions dire que dans ce cas, l’âme serait séparée du corps en ce que l’esprit viendrait s’emparer et jouer de son propre corps-objet. Si l’obsession des patients souffrant de T.C.A est centrée sur le corps, c’est probablement par le sentiment de maîtrise qu’il inspire à son possesseur : « c’est mon corps, je le contrôle, j’en fais ce que j’en veux ».

Le corps, loin d’être un seul objet de contrôle, est aussi notre propre identité. Les T.C.A ne font pas souffrir uniquement le corps ; ils font souffrir ce qui en sont atteints et leur entourage. Le corps, c’est aussi une silhouette et, ce n’est sûrement pas un hasard si les T.C.A touchent davantage les femmes que les hommes. La silhouette d’une femme devient plus qu’un corps, il est aussi objet de plaisir, de désir et de maternité. Alors, nous comprendrons comment, à travers un « simple » déroutage alimentaire, l’identité, la féminité et la maternité même des femmes sont mises en jeu.

Vous pensez vous voir dans le miroir, vous pensez qu’il vous dit tout mais écoutez-le bien… il ne vous dit strictement rien. Laissez la parole aux autres.

Géraldine Munch sur Boulimie.com par Pascal Couderc

Géraldine Munch est psychologue clinicienne et auteure, totalement bilingue français espagnol.

Pascal Couderc est psychologue clinicien , psychanalyste et auteur, fondateur de boulimie.com en 1998. Il exerce à Montpellier et à Paris.

 

 

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Les T.C.A ou quand la nourriture nous tue.

Ce qui reste commun aux différentes variantes des Troubles des Conduites Alimentaires, c’est bien l’utilisation détournée de la nourriture. Source princeps de vie, la nourriture s’en retrouve pervertie. Elle n’est plus l’objet d’un besoin vital mais celui d’une angoisse fondamentale.

Aussi bien dans l’anorexie, la boulimie que dans l’hyperphagie, on se rend compte que la nourriture a quitté sa fonction première : maintenir l’individu en vie. C’est en cela que les aliments son pervertis : ils ne sont plus consommés pour garantir la pérennité de l’organisme mais utilisés à des fins défensives. Des défenses… mais contre quoi ? Probablement contre une angoisse insupportable et qui consume le sujet à petit feu : angoisse du manque dans la boulimie, angoisse d’un trop-plein dans l’anorexie, angoisse de solitude dans l’hyperphagie ? Dans tous les cas, la nourriture n’est plus une nécessité pour vivre mais une nécessité pour survivre : survivre à des pensées qui hantent l’individu et le menacent de l’intérieur.

Dès lors, la nourriture en vient à tuer le sujet ; il se meurt en lui-même car ses obsessions alimentaires l’empoisonnent. Dans l’anorexie, on pourrait davantage comprendre combien la personne qui en souffre meurt de l’extérieur, tant son corps s’efface peu à peu. « La nourriture, cela me bouffe » : cette phrase énoncée par une personne souffrant de boulimie reprend sarcastiquement l’utilisation mortifère de la nourriture. Les T.C.A font état d’un symptôme où la nourriture nuit au sujet, l’aliène et le dépossède de ses forces, par l’effort psychique et physique appelé par les principes alimentaires que les sujets se dictent à eux-mêmes.

La valence pathologique des Troubles des Conduites Alimentaires réside dans une consommation pervertie de nourriture. Les aliments ne sont plus sources de vie mais d’ennuis ; manger ou ne pas manger devient un supplice qui précipite le sujet dans l’abysse.

Géraldine Munch sur Boulimie.com par Pascal Couderc

Géraldine Munch est psychologue clinicienne et auteure, totalement bilingue français espagnol.

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L’hyperphagie : une faim de loup.

L’hyperphagie entre dans la catégorie des Troubles des Conduites Alimentaires (T.C.A) en ce qu’elle correspond à une consommation permanente de nourriture, avalée en quantités trop abondantes. La personne qui souffre d’hyperphagie pourrait correspondre à l’expression « avoir une faim de loup ».

Elle pourrait car, en réalité, ce n’est pas de faim dont il s’agit dans l’hyperphagie. Au contraire, l’individu qui souffre de ce trouble n’a pas faim ; il a besoin de manger. Il n’est plus question de manger jusqu’à obtenir une sensation de satiété mais un sentiment d’apaisement. Dans l’hyperphagie, on éprouve la nécessité de manger sans pour autant être capable de s’arrêter ; on mange jusqu’à l’épuisement. Au même titre que l’anorexie et la boulimie, l’hyperphagie s’articule autour de la notion centrale de compulsion : c’est la compulsion qui transforme la nourriture en une drogue, une substance addictive dont on ne peut se séparer.

Si l’hyperphagie aspire au soulagement, quel est alors ce moteur qui incite l’individu à manger en permanence ? Manger pour oublier… mais oublier quoi ? qui ? Manger est une action qui occupe le sujet : pendant qu’il mange, il ne pense plus, il croit oublier, il se sent enfin soulagé. Si la nourriture apporte un apaisement, elle est sûrement une arme érigée contre une angoisse. Cette angoisse serait si forte et insupportable que le sujet trouverait en la nourriture une solution de secours immédiate pour la neutraliser. Néanmoins, l’hyperphagie, se leurrant de solutionner le problème en l’oubliant un instant, ne se contente que de le déplacer. A la place d’une crise d’angoisse, il plonge dans une crise d’hyperphagie où le recours à la nourriture est poussé à l’extrême.

En apparence, la personne souffrant d’hyperphagie s’adonne à la nourriture car elle a une faim de loup. En fait, elle mange pour conjurer l’angoisse et y venir à bout.

Géraldine Munch sur Boulimie.com par Pascal Couderc

Géraldine Munch est psychologue clinicienne et auteure, totalement bilingue français espagnol.

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L’anorexie : la mort dans le miroir.

La mort dans le miroir….

L’anorexie est souvent considérée comme le contraire de la boulimie en ce qu’elle impose une restriction alimentaire draconienne. Du Grec oreksis qui signifie « désir », l’AN-orexie constitue la négation d’un désir : celui de manger… d’exister.

Au-delà d’un refus presque inconscient de se nourrir, celui ou celle qui souffre d’anorexie se refuse d’exister. Elle prive son corps de vie : son visage est émacié, d’une pâleur cadavérique ; ses joues sont creuses, ses yeux dessinent de vastes cernes ; son corps est visiblement amaigri et son moral affaibli. Que ce soit sur un plan physique ou bien psychique, la personne qui souffre d’anorexie s’inflige sa propre mort. Lorsqu’elle affronte l’épreuve du miroir, elle y voit un corps à oublier tandis que les autres y verraient un corps et un être à consoler.

Celui ou celle qui souffre d’anorexie s’illustre souvent comme quelqu’un de timide, qui ne fait pas de bruit, qui passe quasiment inaperçu. Et c’est bien là le propre de la problématique anorexique : le corps de l’individu est si diminué qu’il en devient transparent. Alors qu’il tente inconsciemment d’être l’oublié de tous, il se fait d’autant plus remarquer qu’il martyrise physiquement un corps qui ne lui appartient plus. Le sujet est une âme errante qui crie sa détresse au travers d’un corps qui tombe en lambeaux. Ne plus manger sonne alors comme ne plus souffrir ; cesser de manger, cesser d’exister, pour cesser de souffrir : telle est la logique sous-jacente de la pathologie anorexique.

La personne qui souffre d’anorexie se sent dépossédée de son propre corps. Ce dernier n’est plus qu’une ombre, un reflet dans le miroir. Il sert de support aux tourments du sujet qui, par désespoir, se laisse dépérir et poursuit lentement sa descente aux enfers.

Géraldine Munch sur Boulimie.com par Pascal Couderc

Géraldine Munch est psychologue clinicienne et auteure, totalement bilingue français espagnol.

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La boulimie : un paradoxe.

Si les Troubles des Conduites Alimentaires (T.C.A) ont tous comme dénominateur commun une dépendance à la nourriture, la boulimie pourrait être considérée à l’instar d’une drogue dure. La boulimie est à elle-même un paradoxe dur à gérer.

Le psychanalyste, psychologue-clinicien et président de notre association, Monsieur Pascal Couderc, a souvent recours à la phrase suivante dans sa pratique psychothérapeutique : « ce qui différencie la boulimie d’autres addictions comme l’alcoolisme par exemple, c’est le fait que nous puissions vivre sans boire d’alcool mais que nous ne puissions pas vivre sans manger ». Voici-là le cœur même du paradoxe de la boulimie : la nourriture est source de vie autant que d’ennuis. Dans la boulimie, la nourriture n’est plus vitale mais toxique ; au lieu de se nourrir, la personne s’empoisonne. La contradiction inhérente à la boulimie réside dans cette double fonction attribuée à l’alimentation : elle est nécessaire à la survie de l’être humain et, elle est nécessairement pathologique lorsqu’elle est pervertie.

On comprend que, dans le cas de la boulimie, il s’agit de faire en sorte que la nourriture retrouve son rôle premier, celui de nourrir. Elle devient nuisible et pathogène lorsque la personne lui confère d’autres pouvoirs comme celui de consoler. « C’est quand je suis seule que je fais une crise de boulimie » ; « quand je me sens stressée, je fais automatiquement une crise » ; « quand cela ne va pas, je fais toujours une crise » : autant de phrases entendues de la part de personnes souffrant de boulimie qui témoignent de la vertu calmante de la nourriture. Durant les crises de boulimie, la nourriture n’a plus sa valeur nutritive et, elle est utilisée à des fins qui n’ont plus rien à voir avec la faim. La nourriture trompe l’ennui, console, empêche de penser, occupe, agit au même tire qu’un anti-stress.

Dans le cadre d’un suivi thérapeutique destiné à guérir la boulimie, la personne réapprend à manger pour se nourrir ; elle ne mangera plus pour se guérir. La véritable guérison, celle qui fait recouvrir à la nourriture son statut initial, réside dans une analyse approfondie de ce qu’elle remplaçait ou dissimulait. Si l’on parvient à identifier et à nommer le mal que cache et disperse la nourriture, on aura désamorcé le processus de guérison. A partir du moment où le symptôme (la crise de boulimie) perd la fonction que la personne lui attribue, il n’a plus de raison d’exister et finit par disparaître. L’objectif du travail psychothérapeutique est d’éteindre le symptôme par la compréhension des souffrances individuelles. Mettre du sens sur son vécu, ses traumatismes et son mal-être aide au mieux la personne en souffrance. A condition que le patient et le psychologue-clinicien cherchent ensemble la signification du symptôme, le patient pourra alors se concentrer sur les causes directes de ses souffrances. En tuant le symptôme, ils réussissent tous deux à remonter à ses origines : qu’est-ce-qui a fait de la nourriture un remède compulsivement recherché ? Guérir est en effet un parcours du combattant où il faut mener une lutte acharnée contre ce qui nous empêche de vivre mieux.

La principale contradiction dans la boulimie est due à une utilisation symptomatique de la nourriture : cette dernière n’est plus seulement un argument vital mais le symptôme que quelque chose va mal.

Géraldine Munch sur Boulimie.com par Pascal Couderc

Géraldine Munch est psychologue clinicienne et auteure, totalement bilingue français espagnol.

Pascal Couderc est psychologue clinicien , psychanalyste et auteur, fondateur de boulimie.com en 1998. Il exerce à Montpellier et à Paris.

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Les T.C.A. sont-ils une addiction ?

            « La nourriture est comme une drogue » : voici la phrase d’une jeune femme boulimique au cours d’une séance de psychothérapie. Est-ce à dire que la boulimie, au même titre que l’anorexie, ou encore l’hyperphagie représentent toutes une addiction? La réponse est oui : les Troubles des Conduites Alimentaires (T.C.A.) sont bel et bien considérés comme une addiction par les spécialistes du domaine.

L’addiction est un anglicisme désignant une « dépendance extrême, entraînant une conduite compulsive, une perte de liberté »(1). Par ailleurs, la dépendance fait référence à un « état pathologique résultant de l’absorption répétée d’une drogue et qui se manifeste par le besoin impérieux de continuer cette absorption »(2). On comprend facilement en quoi, dans les T.C.A, la nourriture est une drogue à l’image de l’alcool ou de produits neurotoxiques.

Dans le cadre de la boulimie, la nourriture est absorbée en quantités excessives et ce, de manière impulsive au sens où la personne sent qu’elle ne peut faire autrement. L’individu qui souffre de boulimie perd le contrôle de lui-même lorsqu’il déclenche des crises de boulimie. Ces dernières ne laissent aucun répit : elles se répètent frénétiquement et s’imposent au sujet sans qu’il puisse y échapper.

L’anorexie, elle aussi, fait écho à un état de dépendance ou à une addiction. Tandis que la nourriture est sans cesse consommée dans la boulimie, dans l’anorexie elle est sans cesse repoussée : dans les deux cas, la nourriture est une drogue puisqu’elle obsède. La personne qui souffre d’anorexie, autant que celle souffrant de boulimie, organise sa vie autour de la nourriture et pense à la nourriture sans pouvoir s’en empêcher. Dans l’anorexie, la nourriture est une drogue puisqu’elle est incompressiblement « consommée » par la pensée.

Enfin, il est aisé de comprendre pourquoi l’hyperphagie est considérée comme une addiction. La personne qui souffre de ce trouble a un rapport à la nourriture qui la place dans une situation de dépendance. En effet, le comportement hyperphagique est caractérisé par l’absorption quasi-continuelle de nourriture. Les aliments sont une drogue dont il est impossible de se défaire. L’individu hyperphagique est à l’image d’un fumeur qui, de manière incontrôlée et irrépressible, fume cigarettes sur cigarettes.

Les Troubles des Conduites Alimentaires se rapportent tous à un état pathologique de dépendance. La nourriture est une obsession ; une idée ou bien une substance dont on ne peut se passer.

(1) LE ROBERT, 1995. Le Robert de poche 2009. Paris, Dictionnaires LE ROBERT-SEJER. 10p.

(2) LAROUSSE, 1979. Dictionnaire de la langue française. Larousse-Bordas. 1999. 521p.

Géraldine Munch sur Boulimie.com par Pascal Couderc

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Des mots pour mieux comprendre la boulimie

La boulimie : quand le chat n’est pas là, les souris mangent.

Des mots pour mieux comprendre la boulimie

Quand le chat n’est pas là les souris mangent

La personne souffrant de boulimie ne s’expose jamais au regard des autres lorsqu’elle est en crise. Elle attend d’être seule ou bien se démène pour trouver un moment dans la journée où elle sera sans personne. La boulimie est un secret, il faut donc agir en cachette, à l’abris des regards. Sinon, le rituel de la crise n’est pas respecté et le sentiment de honte serait insurmontable si quelqu’un la surprenait pendant la crise.

L’effet boule de neige

Pendant la crise, on ne raisonne plus ; la perte de contrôle de soi est totale. Alors, la devise est : ce que je commence, je le termine. Ouvrir un paquet de gâteau pour en manger un… puis deux… puis trois, quatre… amène la personne souffrant de boulimie à tous les manger, jusqu’au dernier. Le petit excès du départ s’est transformé en une immense boule au ventre!

L’habit ne fait pas le moine

La personne qui présente un Trouble des Conduites Alimentaires (T.C.A) de type boulimie n’est pas reconnaissable au premier coup d’oeil . Elle n’est pas le reflet inverse de celle qui souffre d’anorexie ; elle n’a pas la forme d’une «boule». Sous le manteau du trouble boulimique se cache toutes catégories de nourriture. Derrière un corps qui passe inapperçu, il est difficile d’imaginer qu’il est un vrai garde-manger permanent, une réserve de survie.

Avoir mal au cœur

Quand on souffre de boulimie, on a mal au cœur : parce que l’on est envahi par un sentiment d’extrême solitude, le cœur ne bat pour personne tant il est vide. Un état de détresse et une profonde tristesse anime souvent la personne en crise. On a mal au cœur : parce que l’on a la nausée. Les excès alimentaires écœurent au point de provoquer des vomissements.

Un corps à corps

Quand on a conscience de son trouble boulimique, on éprouve parfois cette lutte avec soi-même. Comme s’il y avait deux personnes en une seule : une qui veut à tout prix manger et l’autre qui le lui interdit. Il y a deux corps en un : un corps imaginé, celui que l’on considère comme un idéal de perfection et un corps réel, celui que l’on regarde dans le miroir et qui ne plait pas.

Croquer la pomme

Lorsque l’on cède à ses pulsions, on transgresse une limite, un interdit. A l’image d’Eve croquant la pomme biblique, symbole de l’interdit et du péché, l’individu souffrant de boumilie est submergé par la culpabilité. On a commis un acte impardonnable que l’on tentera de compenser, comme pour se racheter une conduite auprès de sa conscience.

Un billet aller-retour

A l’aller, on monte à bord du Train à Grande Vitesse : on ingurgite d’importantes quantités de nourriture en un temps très court. Au retour : les aliments refont le chemin inverse pour arriver à destination, c’est-à-dire au tout à l’égout.

Une bouffée d’oxygène

Lorsque la personne souffrant de boulimie démarre une crise, elle espère un soulagement, un repos, un instant de répit. La nourriture la console, dissipe toutes les idées qu’elles rejettent en elle-même. La nourriture est, temporairement, une bouffée d’oxygène car la personne peut « souffler», évacuer un trop-plein émotionnel. Évidemment, cette bouffée d’oxygène est une illusion car elle étouffe l’individu, l’emprisonne encore plus dans sa maladie et l’empêche de respirer sereinement.

Géraldine Munch sur Boulimie.com par Pascal Couderc

Géraldine Munch est psychologue clinicienne et auteure, totalement bilingue français espagnol.

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