Quand les “Almond Moms” favorisent les troubles alimentaires chez les jeunes

Par Pascal Couderc, psychologue clinicien — RPPS 10009754606 Publié le 23 janvier 2025 Mis à jour le 29 mai 2026 7 min de lecture
Illustration Almond Moms et troubles alimentaires chez les jeunes

Une simple phrase, devenue virale sur les réseaux sociaux, a mis en lumière un phénomène aussi courant qu’inquiétant : « Have a couple of almonds. Chew them really well » (« Mange quelques amandes. Mâche-les beaucoup »). Ces mots, prononcés par Yolanda Hadid à sa fille Gigi dans une célèbre émission télé, ont suscité un vif débat. En effet, derrière ce conseil, apparemment anodin, se cache une tendance surnommée “Almond Moms” qui tend à normaliser les troubles du comportement alimentaire. Elle désigne des parents adoptant des discours alimentaires restrictifs et des comportements extrêmes axés sur la minceur.

Ainsi, ce type d’attitude, amplifié par les réseaux sociaux, contribue à normaliser des troubles alimentaires et à transmettre des croyances toxiques sur la nourriture et l’image corporelle.

Quels sont les impacts réels de ce phénomène sur les jeunes ? Comment reconnaître ces schémas pour mieux les déconstruire ?

1. QU’EST-CE QU’UNE “ALMOND MOM” ?

a. Origine du terme

Le terme “Almond Mom” est apparu sur les réseaux sociaux suite à la diffusion d’une scène de l’émission The Real Housewives of Beverly Hills, depuis devenue virale. Dans cet extrait, Yolanda Hadid, une ancienne mannequin et mère de Gigi Hadid, conseille à sa fille affamée de manger quelques amandes et de bien les mâcher. En effet, ce moment a été perçu par de nombreux internautes comme un exemple de parent imposant une restriction alimentaire excessive.

Depuis, le terme “Almond Mom” a été adopté pour désigner les parents qui encouragent ou imposent des comportements alimentaires restrictifs sous prétexte de “manger sain” ou de “contrôler son poids”. Ce phénomène n’est pas limité aux célébrités et reflète une dynamique parent-enfant courante dans laquelle la nourriture et l’apparence deviennent des sujets de contrôle ou d’anxiété.

b. Les comportements typiques des Almond Moms

Les Almond Moms se caractérisent par une série d’attitudes et de discours souvent bien intégrés dans la culture des régimes et de la minceur. Voici quelques exemples :

  • Moralisation de la nourriture : catégoriser les aliments comme “bons” ou “mauvais”, en stigmatisant ceux jugés trop caloriques, gras ou sucrés, comme les pâtisseries, les fast-foods ou les snacks.
  • Fixation sur le poids : commenter régulièrement le poids ou l’apparence corporelle, que ce soit le leur ou celui de leurs enfants.
  • Encouragement à la restriction : inciter à manger moins ou à éviter certains aliments, souvent sous couvert de santé ou d’esthétique.
  • Discours toxiques normalisés : des phrases comme « Je ne mange pas de dessert, c’est pour ça que je reste mince » ou « Tu devrais éviter de manger ça si tu veux être jolie ».

c. Almond Moms et troubles alimentaires : Une tendance toxique amplifiée par les réseaux sociaux

Les réseaux sociaux ont joué un rôle central dans la diffusion et la normalisation de ces comportements. Des plateformes comme TikTok ou Instagram regorgent de vidéos, souvent humoristiques, où des enfants ou des adolescents imitent les comportements typiques des Almond Moms. Ces contenus, bien que parfois conçus pour dénoncer ces attitudes, peuvent également contribuer à leur banalisation.

En outre, les standards irréalistes de beauté promus sur les réseaux renforcent la pression exercée sur les parents et leurs enfants pour se conformer à des idéaux de minceur. Cette dynamique perpétue un cercle vicieux où les comportements alimentaires toxiques deviennent socialement acceptés, voire encouragés.

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2. LES CONSÉQUENCES DES ALMOND MOMS SUR LES TROUBLES ALIMENTAIRES

a. Un impact direct sur la santé mentale des enfants

Les comportements et les discours des Almond Moms peuvent avoir des répercussions durables sur la santé mentale et la relation des jeunes avec la nourriture. En effet, en grandissant dans un environnement où la restriction alimentaire et la peur de “mal manger” sont omniprésentes, les enfants peuvent développer :

  • Une relation anxieuse avec la nourriture : associer certains aliments à la culpabilité ou à la honte, ce qui les pousse à éviter ou à se restreindre de façon excessive.
  • Une obsession pour le poids ou l’apparence : intérioriser l’idée que la minceur est synonyme de succès ou de valeur personnelle.
  • Des troubles alimentaires : les comportements de contrôle et de restriction des Almond Moms augmentent les risques de troubles comme l’anorexie, la boulimie ou l’orthorexie (obsession pour une alimentation prétendument saine).

Ces impacts ne se limitent pas à l’enfance : ils peuvent influencer les choix alimentaires, l’estime de soi et les comportements alimentaires à l’âge adulte.

b. La transmission intergénérationnelle des troubles alimentaires

Le modèle alimentaire imposé par une Almond Mom peut se transmettre de génération en génération et encourager les troubles alimentaires. Voici comment ce cycle se perpétue :

  • Imitation des comportements parentaux : Les enfants apprennent par observation. S’ils voient leurs parents constamment critiquer leur apparence ou éviter certains aliments, ils intègrent ces comportements comme “normaux”.
  • Normalisation des croyances toxiques : Des phrases comme « Si tu manges trop, tu vas grossir » ou « Le pain fait grossir, évite-le » deviennent des vérités incontestées dans leur esprit.
  • Héritage de l’insécurité corporelle : Une mère ou un père insatisfait de son apparence risque de transmettre ses insécurités à ses enfants, créant un cercle vicieux.

c. L’influence des réseaux sociaux dans l’amplification du phénomène

Les réseaux sociaux jouent un rôle majeur dans la diffusion et l’intensification des comportements liés aux Almond Moms :

  • Des comportements toxiques devenus viraux : TikTok, Instagram et d’autres plateformes regorgent de vidéos humoristiques ou critiques à propos des Almond Moms. Bien que certaines dénoncent ces attitudes, leur viralité contribue à leur normalisation.
  • La glorification des standards de beauté irréalistes : Les contenus mettant en avant la minceur extrême ou des régimes restrictifs renforcent la pression sur les parents pour qu’ils poussent leurs enfants à correspondre à ces standards.
  • L’effet miroir pour les enfants : En voyant ces idéaux promus en ligne, les enfants internalisent ces normes et ressentent une pression supplémentaire à performer dans leur alimentation et leur apparence.

Les comportements des Almond Moms ne sont pas sans conséquence. Ils influencent directement la construction identitaire et le bien-être des enfants, tout en favorisant la perpétuation de troubles alimentaires dans la société.

3. COMMENT RECONNAÎTRE ET ÉVITER LES COMPORTEMENTS D’ALMOND MOMS ?

a. Identifier les comportements alimentaires toxiques

Reconnaître les signes d’une attitude de “Almond Mom” est essentiel pour éviter d’instaurer une dynamique néfaste autour de la nourriture. Aussi, voici quelques comportements typiques à surveiller :

  • Commentaires fréquents sur l’apparence ou le poids : des remarques comme « Tu devrais perdre un peu de poids » ou « Tu es jolie, mais attention à ne pas grossir ».
  • Culpabilisation alimentaire : critiquer un enfant pour avoir mangé un aliment jugé “mauvais” ou en quantité “excessive”.
  • Restriction excessive : imposer des règles strictes sur les portions ou interdire certains groupes d’aliments sous prétexte d’esthétique.
  • Priorité à l’apparence physique : valoriser la minceur ou la perte de poids au détriment d’autres qualités ou réalisations.

Ces comportements peuvent sembler anodins ou bien intentionnés, mais leur répétition peut profondément affecter la perception de soi et de la nourriture chez l’enfant.

b. Éduquer autrement : une parentalité alimentaire bienveillante

Pour éviter de reproduire les dynamiques toxiques associées aux Almond Moms, il est crucial d’adopter une approche bienveillante et inclusive en matière d’alimentation. Voici quelques stratégies :

  • Valoriser la diversité alimentaire : enseigner que tous les aliments ont une place dans une alimentation équilibrée, sans en diaboliser certains.
  • Privilégier l’écoute des besoins corporels : encourager l’enfant à reconnaître ses sensations de faim et de satiété, sans les juger.
  • Adopter un discours neutre : éviter les commentaires sur le poids ou l’apparence, et se concentrer sur des aspects positifs comme la santé, l’énergie ou les capacités.
  • Être un modèle positif : les enfants imitent leurs parents. Montrer une relation saine avec la nourriture et son propre corps est essentiel.

Adopter une parentalité alimentaire positive demande un travail sur soi et une remise en question des normes culturelles autour de la minceur et de la nourriture. Cependant, ces efforts contribuent à offrir un environnement sain et épanouissant aux enfants.

Témoignage
Pendant longtemps je ne savais même pas que ce que je vivais était un trouble alimentaire. Mettre un mot dessus m'a permis de chercher de l'aide.
— Julie, 34 ans

4. CHANGER LA TENDANCE : VERS UNE ÉDUCATION ALIMENTAIRE POSITIVE

a. Sensibiliser les parents et déconstruire les normes toxiques

Changer la dynamique des Almond Moms commence par une prise de conscience. En effet, beaucoup de normes alimentaires que nous considérons comme normales sont en réalité profondément toxiques. Par exemple, l’idée que certains aliments sont intrinsèquement “mauvais” ou qu’il est nécessaire de “mériter” ce que l’on mange est issue d’une culture axée sur la minceur et la performance.

Déconstruire ces normes implique également de repenser la façon dont on parle du corps. Plutôt que de commenter l’apparence ou le poids, il est préférable de se concentrer sur des aspects comme la force, l’énergie ou les compétences. En effet, cela permet de réduire l’association entre valeur personnelle et apparence physique.

b. Construire un environnement familial bienveillant

La maison est le premier endroit où les enfants apprennent à interagir avec la nourriture. Créer un environnement familial qui valorise le plaisir de manger plutôt que le contrôle peut faire toute la différence. Par exemple, les familles qui choisissent de cuisiner ensemble et d’explorer de nouvelles recettes créent souvent une relation plus détendue avec la nourriture. Ces moments partagés permettent de recentrer l’expérience alimentaire sur le plaisir et le lien, plutôt que sur les règles ou la culpabilité.

Cela signifie aussi inclure toute la famille dans ce changement. Les grands-parents ou d’autres proches, qui peuvent parfois transmettre des croyances alimentaires toxiques, doivent être sensibilisés. Par exemple, éviter des phrases comme « Ne mange pas trop de sucreries, tu vas grossir » et les remplacer par des encouragements à savourer ce que l’on mange.

Ces changements, bien que progressifs, offrent une opportunité de construire des générations plus épanouies et libérées des injonctions alimentaires.


Le phénomène des Almond Moms met en lumière un problème profond : la normalisation de comportements alimentaires restrictifs et leur impact durable sur les enfants.

Derrière des conseils parfois bien intentionnés se cachent des dynamiques toxiques qui perpétuent des troubles alimentaires et des insécurités corporelles.

Pourtant, il est possible de changer cette tendance. En déconstruisant les normes culturelles autour de la minceur et en sensibilisant les jeunes aux influences des réseaux sociaux, nous pouvons offrir aux futures générations une relation plus saine avec la nourriture et leur corps.

Les solutions ne résident pas seulement dans les discours, mais aussi dans les actions. Créer un environnement familial bienveillant, privilégier le plaisir de manger, et encourager une vision équilibrée de la santé. Ces efforts, bien que progressifs, peuvent transformer une dynamique intergénérationnelle et libérer les enfants des pressions alimentaires inutiles.

Questions fréquentes

Les principaux TCA sont l'anorexie mentale, la boulimie nerveuse et l'hyperphagie boulimique. Il existe aussi des formes atypiques ou mixtes. Chaque trouble a ses spécificités mais tous nécessitent un accompagnement professionnel adapté.

Oui, il est fréquent de passer d'un TCA à un autre ou de présenter des symptômes de plusieurs troubles simultanément. C'est pourquoi un diagnostic par un professionnel spécialisé est important pour adapter l'accompagnement.

Non, les TCA touchent toutes les tranches d'âge, tous les genres et tous les milieux sociaux. Les hommes et les personnes de plus de 30 ans sont également concernés, bien que le trouble soit souvent sous-diagnostiqué dans ces populations.

Pascal Couderc psychologue Boulimie.com

À propos de l'auteur

Pascal Couderc

Psychologue clinicien spécialisé dans les troubles du comportement alimentaire depuis 1990.
N° RPPS : 10009754606
Diplômé d'un DESS de Psychologie Clinique (Université Paris VII). Co-auteur chez Albin Michel de « La Manipulation affective dans le couple » (2010) et « L'@mour au coin de l'écran » (2012), ouvrages traduits en plusieurs langues. Fondateur de boulimie.com (1998).
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