Disparaître, l’anorexie comme refus de la féminité

Par Pascal Couderc, psychologue clinicien — RPPS 10009754606 Publié le 15 décembre 2013 Mis à jour le 29 mai 2026 4 min de lecture
Anorexie féminité, femme défilé de mode

L’anorexie, plus qu’un trouble alimentaire, est une fenêtre sur les complexités de la féminité. Dans cet article, nous explorons comment l’anorexie n’est pas seulement une lutte contre la nourriture, mais aussi une expression profonde de la souffrance liée à l’identité féminine. Nous dévoilons les multiples facettes de ce trouble, révélant sa dimension psychologique et son impact sur la perception de soi et de la féminité.

1. ANOREXIE ET FÉMINITÉ : UNE DISPARITION PROGRAMMÉE

L’anorexie est, au même titre que la boulimie ou l’orthorexie, un trouble du comportement alimentaire. C’est un trouble psychique, dont la psychosomatisation cache en réalité une souffrance importante.

Le trouble anorexique est une réelle tentative de survie. La personne souffrant de ce trouble alimentaire perd peu à peu tout appétit, et se prive peu à peu de manger dans une obsession grandissante face à la nourriture.

Elle se décharne et tend à disparaître aux yeux du monde. Progressivement, en perdant du poids, en se faisant plus discrète, la personne atteinte de ce trouble cherche inconsciemment à disparaître, et de facto, à faire disparaître sa douleur. (voir notre article à ce sujet : Le poids de l’oubli dans l’anorexie).

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2. UN DÉSIR D’ENFANCE

a. Les questionnements de l’adolescence

L’anorexie est un trouble complexe dont l’origine est multifactorielle. Cependant, nous notons que ce trouble du comportement alimentaire se manifeste majoritairement à l’adolescence, entre 13 et 17 ans.

En effet, l’adolescence au sens large du terme, est une phase du développement humain physique et mental qui se manifeste autour de la puberté. L’adolescence est une période difficile, sous-tendue par de nombreux questionnements et désillusions.


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Le trouble anorexique qui émerge parfois de cette période chez certains individus en souffrance, sonne alors comme un appel à l’aide. Une tentative d’échapper à une réalité douloureuse, à des angoisses ou à des questionnements existentiels. Ces processus sont, bien sûr, inconscients.

b. L’anorexie comme refus de grandir

Cette privation anorexique sonne alors comme un refus. Le refus de se nourrir mais aussi de continuer à vivre et à grandir dans un monde que l’on ne connaît pas et dont on ne maîtrise rien.

C’est une étape qui fait peur et qui déstabilise les adolescents. Elle est donc source d’une angoisse parfois immense chez les patients atteints de ce trouble alimentaire.

Il est essentiel de comprendre la nature du lien aux parents dans l’enfance. En effet, celui-ci est quasi fusionnel, puisque l’enfant apprend à vivre et à grandir avec ses parents. Grandir à l’âge adulte nécessite cette rupture psychique avec son entourage. Mais grandir signifie avant tout se réaliser en tant qu’individu à part entière.

Attention, il est important de saisir que la personne atteinte d’anorexie ne cherche pas à redevenir un enfant par manque de volonté ou de courage. Il est cependant en incapacité psychique de grandir face à un futur effrayant et déstabilisant, source d’innombrables angoisses.

Le sujet déclenche donc le seul bouton stop du temps à ses côtés : l’anorexie.

3. AU-DELÀ DE L’ENFANCE : L’ANOREXIE COMME NÉGATION DE LA FÉMINITÉ

a. Une négation psychique

L’enfance présente donc un caractère rassurant : elle symbolise le cocon protecteur installé par les parents et l’entourage. Elle représente l’insouciance et la liberté.

Hors grandir, c’est devenir adulte. C’est aussi pour les jeunes filles devenir femme. L’anorexie se manifeste alors en rempart à cette évolution pourtant certaine. En disparaissant physiquement, toute forme de féminité disparaît parallèlement avec la personne en souffrance.

Cette négation de la féminité est traduite de l’esprit de la personne atteinte d’anorexie vers son corps. Elle signifie toujours quelque chose. Quelque chose de plus grand et profond que la nourriture en elle-même. (voir notre article à ce sujet : Le corps de la femme).

Aussi, refuser de devenir adulte, c’est aussi refuser de devenir femme et l’exprimer par le moyen le plus visible : le corps.

b. Une négation physique

En effet, manifestement, l’anorexie empêche les modifications physiologiques attendues surtout à l’adolescence. Poussée à l’extrême, l’anorexie bloque même la survenue des menstruations, gomme les formes féminines corporelles et cache la transformation d’un corps d’enfant en un corps de femme.

Ainsi, l’anorexie signifie inconsciemment le refus psychologique de la féminité en raison de ses difficultés certaines comme des critères toujours plus exigeants, une charge mentale infinie, un décalage sociétal croissant ou même une angoisse face au futur.

En contrant l’entrée dans l’âge adulte, celle qui souffre d’anorexie semble désirer la survie de l’enfance, face à un futur terrifiant et angoissant. Car la question de la féminité est extrêmement complexe. Qu’est-ce qu’une femme ? Qu’est-ce que cela implique ? Comment le devenir ?


Lire le témoignage de Céline

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Dans une société de plus en plus précoce et exigeante, où tout est toujours un combat à mener, la douleur de cette place à occuper est parfois source d’une immense angoisse.

Alors, derrière le masque de la maigreur et de la souffrance symptomatique du trouble anorexique, se cache non seulement le refus de la féminité, mais aussi l’expression d’une souffrance ou d’une angoisse profonde.

c. Une négation dans le temps

L’anorexie par son caractère physique, efface alors ainsi les caractères féminins dans le corps. Mais elle marque également le bouton stop dans le temps. Le bouton stop dans un temps qui va trop vite, et sans mode d’emploi.

La personne souffrant d’anorexie est alors enfermée dans un espace-temps qu’elle pense pouvoir maîtriser et contrôler, mais dont les murs se renferment toujours plus rapidement autour d’elle.

Enfin, l’anorexie, c’est aussi et surtout un signal d’alerte pour l’entourage. La personne touchée par l’anorexie est en réalité effrayée et prise aux plus sombres angoisses.

L’angoisse de l’autonomie, l’angoisse du futur ou de la féminité en devenir sont la tentative de compréhension de questionnements existentiels. Enfin, on comprend alors que ces questionnements se manifestent alors par le biais d’une somatisation : l’anorexie.

Témoignage
Pendant longtemps je ne savais même pas que ce que je vivais était un trouble alimentaire. Mettre un mot dessus m'a permis de chercher de l'aide.
— Julie, 34 ans

4. SORTIR DE L’ANOREXIE

Le trouble alimentaire qu’est l’anorexie est un trouble multifactoriel. C’est de plus une pathologie qui, comme les autres maladies psychiques, compte autant de raisons que de personnes atteintes.

Les troubles alimentaires sont d’une part une tentative de survie, face à une douleur trop lourde à porter. (voir notre article à ce sujet : Les TCA, quand la nourriture n’est plus une question de vie, mais de survie). Ils sont également un appel à l’aide, la manifestation extérieure d’un immense mal-être intérieur.

L’accompagnement thérapeutique est ainsi essentiel. Le travail thérapeutique auprès d’un psychologue, psychanalyste ou psychiatre est vital.

Questions fréquentes

Les principaux TCA sont l'anorexie mentale, la boulimie nerveuse et l'hyperphagie boulimique. Il existe aussi des formes atypiques ou mixtes. Chaque trouble a ses spécificités mais tous nécessitent un accompagnement professionnel adapté.

Oui, il est fréquent de passer d'un TCA à un autre ou de présenter des symptômes de plusieurs troubles simultanément. C'est pourquoi un diagnostic par un professionnel spécialisé est important pour adapter l'accompagnement.

Non, les TCA touchent toutes les tranches d'âge, tous les genres et tous les milieux sociaux. Les hommes et les personnes de plus de 30 ans sont également concernés, bien que le trouble soit souvent sous-diagnostiqué dans ces populations.

Pascal Couderc psychologue Boulimie.com

À propos de l'auteur

Pascal Couderc

Psychologue clinicien spécialisé dans les troubles du comportement alimentaire depuis 1990.
N° RPPS : 10009754606
Diplômé d'un DESS de Psychologie Clinique (Université Paris VII). Co-auteur chez Albin Michel de « La Manipulation affective dans le couple » (2010) et « L'@mour au coin de l'écran » (2012), ouvrages traduits en plusieurs langues. Fondateur de boulimie.com (1998).
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