Boulimie : l’appétit du manque

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La boulimie est un paradoxe. Elle permet à la fois la symptomatisation d’un mal-être, et devient parallèlement la source d’une douleur supplémentaire. La douleur d’une obsession continue et dévastatrice envers la nourriture. C’est une obsession profonde, qui cache une faille bien ancrée dans l’esprit et le cœur du sujet. La boulimie, ou l’appétit du manque.

La boulimie, un pansement éphémère

Il est fréquent d’entendre que la nourriture vient combler un manque. C’est une source de plaisir et de convivialité indéniable. On mange lorsque l’on déprime, lorsque l’on est fatigué ou encore lorsque l’on se dit l’avoir mérité après avoir passé un examen, ou avoir signé un contrat. La nourriture est une sorte de doudou, rassurant, réconfortant et omniprésent.

Dans la boulimie aussi, la nourriture vient combler un manque. Mais les processus complexes et inconscients de ce trouble alimentaire sont souvent tapis dans l’ombre. C’est au début une consolation. Une consolation éphémère, face à une souffrance intolérable : le manque. Peu à peu, la consolation surgit sans l’accord du sujet. Elle s’installe et vient peu à peu aseptiser de tout son être l’individu.

La nourriture pour la personne souffrant de boulimie est en réalité une arme anti dépressive contre l’angoisse du néant, contre l’angoisse d’un vide intérieur ou d’une blessure dont la faille émotionnelle est béante. Ce processus de comportement boulimique est bien évidemment inconscient. C’est l’esprit, qui par le moyen qu’il aura jugé le moins difficile et le moins encombrant, qui soumet cette solution éphémère.

La boulimie n’est en fait qu’une tentative de survie face à une existence complexe et douloureuse, ou même face à un événement traumatisant. Elle vient en réponse à une blessure : un manque. Elle vient caresser du doigt ce qui heurte le sujet, mais ne le répare pas. Ce trouble alimentaire l’asphyxie même, laissant sa victime sans air pur à respirer.

La boulimie est un T.C.A. silencieux, un pansement éphémère, sur une douleur profonde et grande ouverte.

Palier à une faille

La boulimie remplit. Elle colmate. Elle génère un appétit immense, physique comme mental, pour combler un manque. Ce trouble du comportement alimentaire vient masquer un blanc, une faille, un trop-plein ou un pas-assez.

Le sujet boulimique cherche, via son trouble, à pallier au manque. Un manque d’amour, un manque de soi, un manque de sens.

Aux prises dans la spirale boulimique, la personne souffrant de ce trouble est exposée à ses propres douleurs intimes, à l’instar d’une carence affective traumatisante, d’une perte de sens de qui l’on est ou de ce qui est.

L’obsession de la nourriture se lie à l’incitation de manger. La boulimie incite l’individu à manger, pour combler ce manque, de vide. L’appétit du manque est si fort et si omniprésent, qu’elle l’incite jusqu’à épuisement, dans un autre but bien précis : anesthésier une douleur.

Anesthésie

Lorsque l’on ne parvient pas à mettre en mots sa souffrance, c’est souvent le corps et l’esprit qui s’en chargent. La boulimie intervient alors pour anesthésier les pensées et calmer temporairement le mal qui dort en soi.

Par l’obsession tout d’abord, qui anesthésie toute autre pensée. L’esprit n’est plus que focalisé sur une seule chose : où, quand, comment et combien de nourriture et comment l’éliminer.

Mais aussi par l’état de “remplissage” momentané, tel un pansement venu recouvrir une blessure à vif. Un état pourtant éphémère car extrêmement douloureux, angoissant et honteux pour la personne souffrant du trouble qu’est la boulimie.

L’origine du manque profond est ainsi oubliée le temps de la maladie. Et pourtant, il est bel et bien là, toujours plus accroché au cœur du sujet en proie à des douleurs insoutenables. Il est à la fois pansement et créateur de souffrance. Il fait perdre à la personne atteinte de ce trouble alimentaire, tout contrôle. C’est plus fort que tout, c’est une tornade émotionnelle et quotidienne plus qu’ inimaginable.

Ainsi, le manque s’accroche à son sujet souffrant de boulimie, comme une pierre à son rocher.

Le manque

Qu’est-ce alors que ce manque ? On comprend bien dès lors que le manque auquel la boulimie fait écho n’est pas aussi clair et circonscrit qu’il n’y paraît.

Il s’étend du manque de l’autre, de celui ou de celle que l’on aime et qui nous aime, au manque de signification de notre existence.

En réalité, la boulimie se nourrit du manque et l’entretient par là même.

Elle confronte l’individu à son angoisse de l’absence. Contre cette absence, la boulimie figure une stratégie défensive pathologique pour la dissiper. La personne se rue immédiatement sur la nourriture au moindre signal d’angoisse. C’est une tentative de survie incontrôlable.

Dans le trouble boulimique, l’individu s’engage dans une lutte acharnée contre un manque profondément ancré dans son psychisme. Le manque se rejoue à chaque crise et a la mainmise sur la personne en souffrance. En conséquence de quoi, les crises expriment intensément le manque plus qu’elles ne le comble.

Sortir de la boulimie

Sortir de la boulimie implique donc de mettre le doigt sur ce manque. De dénouer les cordes du passé et de l’esprit, afin de remonter la source tarie.

L’oublier, ou ne pas y penser, ne soulage pas.

Ce qui permet le pas en avant, c’est l’identification. Comprendre son histoire, ses tourments et ses blessures.

Connaître son histoire, c’est se connaître. Se connaître, c’est avoir les outils clés en main, le mode d’emploi de son fonctionnement. La boulimie, comme tout autre trouble alimentaire ou maladie psychique, est un signal d’alerte. De votre esprit, de votre corps et de votre cœur.

Contacter un professionnel, spécialiste des troubles alimentaires est essentiel. Cette démarche permettra, à vous comme à vos proches, de sortir de l’enfer du cercle vicieux de la boulimie. De mettre le doigt sur ce manque viscéral qui vous pèse.

Car comme le dirait Michaël Sebban, “c’est du fond de la caverne que naît l’espoir”.

La thérapie en ligne est un moyen rapide d’accéder à cet accompagnement thérapeutique, seul ou avec l’entourage. La technologie permet de se rapprocher des plus grands spécialistes qui sauront vous accompagner, à votre rythme, sur le chemin de la libération.

“L’homme s’est lui-même enfermé jusqu’à ne plus rien voir qu’à travers les fissures étroites de sa caverne.” – William Blake

Pascal Couderc, psychologue clinicien, psychanalyste et auteur, fondateur de boulimie.com en 1998, vous accompagne dans ce cheminement. Il exerce à Paris, Montpellier et en visio consultation.

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