La boulimie est un trouble du comportement alimentaire ou TCA qui se vit en secret. Elle se caractérise par des crises de boulimie, des compulsions à absorber rapidement une grande quantité d’aliments, ainsi que des comportements compensatoires pour ne pas grossir. Bien qu’elle concerne surtout les femmes, des hommes sont également touchés.
70 % des personnes qui en souffrent ont un poids et une silhouette « dans la norme ». Ce trouble est donc souvent invisible. Il a pourtant des répercussions désastreuses sur la vie du patient. En plus de conséquences physiques qui mettent en péril sa santé, le boulimique est en proie à une immense souffrance psychologique, tant il vit de la honte et de la culpabilité. Une souffrance qui peut entraîner une dépression, voire des crises suicidaires.
Or, les conduites boulimiques sont déjà une tentative de réponse à une douleur psychique antérieure. Démasquer les symptômes et les facteurs à l’origine de ce trouble de l’alimentation dans le cadre d’un suivi psychothérapeutique permet d’en prendre conscience et d’en sortir.
Sommaire
Qu’est-ce que la boulimie ?
Ce trouble que l’on dit faire partie des TCA, est aussi considérée comme une addiction. Elle est qualifiée de toxicomanie sans drogue en raison de l’envie irrépressible de manger abondamment et la perte de contrôle totale à laquelle on fait face lors des crises boulimiques.
La crise de boulimie
Il s’agit d’un épisode de compulsion alimentaire incontrôlable qui apparaît suite à une montée d’émotions (positives ou nagatives). La plupart du temps, elle se produit en dehors des repas et en cachette. On est alors en proie à un sentiment de mal-être, accompagné de tensions, voire d’angoisses et d’un besoin d’être rassuré. Malgré ses tentatives pour résister à la pulsion, il cède avec la sensation de ne pas pouvoir s’en empêcher (voir témoignages).
La crise boulimique se déroule en 3 phases :
- Elle commence avec une sensation de faim compulsive, un besoin impérieux de manger, de se remplir ou « craving » en anglais.
- L’accès boulimique consiste en l’ingestion rapide, désordonnée et sans pouvoir s’arrêter, d’une grande quantité d’aliments (plusieurs milliers de calories). Il ne s’agit pas de se faire plaisir, mais d’une véritable frénésie alimentaire. La boulimique est dans un état second et mange tout ce qui lui passe sous la main, en général des produits hypercaloriques (gras et sucrés) qu’il s’interdit généralement en dehors de ces épisodes.
- La crise prend fin après un temps variable. La personne éprouve alors une détresse morale intense, de la culpabilité, en plus d’un écœurement physique. Dans près de 50 % des cas, elle se fait vomir pour soulager la pesanteur de l’estomac, mais aussi par crainte de grossir. Bien que cela apporte un peu de soulagement, le boulimique ressent des remords et un dégoût de soi qui impactent une estime de soi déjà fragile.
Les comportements compensatoires
Parallèlement aux crises, l’individu met en place un certain nombre de stratégies comportementales pour éliminer l’excès de calories ingérées.
Les préoccupations concernant le corps et la minceur sont omniprésentes et obsédantes. Elles se traduisent par une peur phobique de prendre du poids en lien avec une image corporelle perturbée. C’est pourquoi, en général, contrairement au trouble hyperphagique, le malade ne souffre pas de surpoids, ni d’obésité.
Les comportements compensatoires ne consistent pas nécessairement à se faire vomir. Il est nécessaire de distinguer la boulimie vomitive, la boulimie non-vomitive et l’anorexie-boulimie (alternance des 2 troubles).
Pour pallier l’éventuelle prise de poids, le boulimique aura ainsi recours à :
- des vomissements ;
- des restrictions alimentaires strictes de type anorexique ;
- des régimes amincissants à répétition ;
- l’usage de médicaments coupe-faim, de laxatifs ou de diurétiques ;
- la pratique du jeûne ;
- de l’exercice physique intensif.
Il est à noter que si certains patients ont recours à un seul de ces comportements, d’autres optent pour des stratégies « mixtes ».
Le diagnostic
Ce trouble alimentaire est diagnostiqué en présence de plusieurs critères :
- la répétition des crises boulimiques à raison d’au moins 2 épisodes par semaine et jusqu’à plusieurs par jour, et ce, depuis au minimum 3 mois ;
- l’utilisation récurrente de comportements compensatoires pour contrôler le poids ;
- la sensation de perte de contrôle dans la prise alimentaire durant la crise ;
- l’intérêt obsessionnel porté à l’aspect physique et au poids.
À ces comportements, viennent souvent s’ajouter d’autres troubles psychologiques tels que : dépression, troubles anxieux, troubles de la personnalité.
Dans 20 % des cas, le patient développe un autre trouble de l’addiction (alcool, drogue…).
Enfin, on observe un lien fort entre les troubles boulimiques et anorexiques, bien qu’ils soient fondamentalement différents : 27 % des patients ont des antécédents d’anorexie mentale.
Quelles sont les causes du trouble boulimique ?
Il commence souvent à l’adolescence. Le trouble se déclenche en moyenne entre 18 et 20 ans, mais il concerne tout de même 1,5 % des 11 à 20 ans.
Bien qu’il touche essentiellement les femmes, on compte 1 homme pour 3 femmes parmi les malades.
2 % de la population féminine générale et 4 à 8 % de la population féminine étudiante (soit environ 220 000 jeunes femmes) souffrent de boulimie active dans notre pays. Et 10 % des femmes en souffriront au cours de leur vie.
Les chercheurs et praticiens n’ont pas de certitude concernant son origine. Cependant, il existe un consensus qui s’accorde sur une explication multifactorielle (biologique, psychologique, environnementale et socio-familiale) de ce TCA.
Les facteurs biologiques et psychologiques
Ces facteurs peuvent prédisposer au déclenchement de la maladie. Parmi eux, on retrouve souvent :
- des troubles de la personnalité ;
- une mauvaise perception de l’image corporelle (dysmorphophobie) ;
- des troubles dépressifs ou bipolaires ;
- des troubles anxieux ;
- une faible estime de soi ;
- un perfectionnisme ;
- des antécédents familiaux de troubles du comportement alimentaire ;
- la présence antérieure d’un autre TCA (anorexie, mérycisme).
Les facteurs familiaux et sociaux
Que ce soit dans le cadre familial ou à travers les normes sociétales, la nourriture a un rôle social qui impacte les comportements alimentaires.
De plus, certaines familles accordent beaucoup d’importance à l’image corporelle et aux regards extérieurs pour définir la valeur personnelle de chacun. Surtout dans notre société occidentale qui a surinvesti l’apparence physique selon des critères physiques et de poids.
Les facteurs déclencheurs
Des événements de vie tels que des traumatismes, une maltraitance, des carences affectives, des difficultés sociales ou relationnelles, de grands stress, etc. sont observés juste avant le déclenchement du trouble.
Ils ne sont pas à considérer comme l’origine de la souffrance qui fait basculer vers les conduites boulimiques, mais plutôt comme la goutte d’eau qui fait déborder le vase.
Un TCA aux conséquences physiques et psychiques
Les répercussions de cette maladie ne sont pas à prendre à la légère. Plus elle perdure, et plus le malade risque de sérieux troubles tant métaboliques que psychologiques, dont les plus graves peuvent entraîner la mort. Savoir les reconnaître va faciliter une prise en charge rapide.
Un corps mis à dure épreuve
En adoptant des comportements compensatoires inadaptés, le patient soumet son organisme à des troubles métaboliques qui le mettent en danger :
- problèmes gingivo-dentaires et lésions digestives sévères dus à l’acidité des vomissements ;
- déshydratation ;
- dénutrition ou malnutrition entraînant des carences ;
- troubles cardiaques et rénaux ;
- ostéoporose ;
- règles irrégulières et baisse de la fertilité.
Une souffrance mentale invisible mais profonde
La boulimie est une tentative inconsciente de solutionner un mal-être sous-jacent, or, elle ne fait que l’accroître.
Une spirale infernale s’enclenche avec la mise en place de règles strictes et d’objectifs toujours plus inatteignables qui entraînent un sentiment d’impuissance et d’incapacité. Un auto-sabotage involontaire qui ne fait que confirmer à l’individu le peu de valeur personnelle qu’il croit avoir et aggraver une estime de soi déjà déficiente.
Par conséquent, cette maladie se vit dans la honte et dans le secret. Si le boulimique a souvent conscience du caractère pathologique de son comportement alimentaire, il a beaucoup de difficulté à en parler, et tarde à consulter.
Cela a un retentissement majeur sur sa vie sociale. On assiste à un repli sur soi, voire à terme, à un isolement total, que ce soit avec la vie familiale, la sphère amicale ou professionnelle.
Par ailleurs, l’entourage peut tarder à prendre connaissance du phénomène. Les signes physiques et les troubles du comportement peuvent rester assez discrets (contrairement à l’anorexique qui ne peut cacher sa grande maigreur). Et si l’individu vit seul, il pourra cacher totalement son problème.
Enfin, ce sont les crises de boulimie qui fragilisent le plus la psyché. Elles laissent place à une véritable détresse, une culpabilité et un dégoût de soi qui tendent à glisser vers une dépression profonde. Le risque de tentative de suicide est alors élevé.
Comment soigner la boulimie ?
Un accompagnement psychologique est nécessaire pour guérir. Il vise à restaurer l’image du corps et l’estime de soi, mais aussi à identifier et comprendre les facteurs qui ont amené le boulimique à adopter des pensées et des comportements dysfonctionnels.
Grâce à ce travail thérapeutique et une meilleure connaissance de lui-même, le patient apprend à gérer son mal-être et ses émotions en mettant en place des conduites adaptées.
Plusieurs types de thérapies (individuelles ou en groupe) sont efficaces :
- la psychanalyse ;
- les thérapies familiales et systémiques ;
- et les thérapies cognitivo-comportementales.
Le choix devra prendre en compte la personnalité et l’histoire du patient, afin qu’il y adhère. Les groupes de paroles donnent aussi de bons résultats.
Un suivi médical et nutritionnel est également recommandé pour résoudre les complications somatiques et reprendre plaisir à manger en adoptant des habitudes alimentaires saines.
S’il est difficile de sortir d’un trouble boulimique, il n’y a pas de fatalité. Avec l’aide d’un spécialiste, vous trouverez le chemin de la guérison.
Vous souhaitez être accompagné ? N’hésitez pas à consulter un thérapeute. Pascal Couderc, psychanalyste et psychologue clinicien à Montpellier et à Paris, est spécialisé dans les troubles du comportement alimentaire. Il vous reçoit en cabinet ou vous propose une thérapie à distance, que vous viviez en France ou à l’étranger.