L’anorexie : la mort dans le miroir

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“Comme en vous contemplant dans le miroir, la forme et le reflet se regardent. Vous n’êtes pas le reflet, mais le reflet est vous.” –  Maître Tozan

L’anorexie est un trouble alimentaire complexe. Il implique la vie, et surveille la mort. La mort de l’âme, la cessation d’un mal-être et d’un reflet de douleur. C’est un paradoxe dont le visage de celui qui le porte est marqué du reflet d’une pensée insoutenable.

La négation d’un désir

L’anorexie est souvent considérée comme le contraire de la boulimie en ce qu’elle impose une restriction alimentaire draconienne. Du Grec oreksis qui signifie « désir », l’AN-orexie constitue la négation d’un désir : celui de manger. Or nous savons que la nourriture est une source vitale d’énergie, sans quoi le corps humain cesserait de fonctionner.

Cesser de s’alimenter est un choix inconscient. Il n’est pas question de volonté, mais de désir. Comme tout autre trouble alimentaire, comme la boulimie, l’hyperphagie ou encore l’orthorexie, l’anorexie tente de masquer une douleur insoutenable. Une douleur émotionnelle face à des doutes, des angoisses ou même des questionnements existentiels.

En réalité, l’anorexie tente de faire disparaître à ses côtés cette douleur multifactorielle. Elle tente de la faire disparaître, de l’effacer pour toujours.

Ce trouble alimentaire nie alors un désir inséparable de la vie : celui d’exister.

Vivre dans l’angoisse et la crainte n’est pas supportable. C’est une situation anxiogène intenable, plus forte que le désir de vivre, et que l’anorexie vient tenter de faire taire, dans une ultime tentative de soulagement des angoisses et d’une souffrance évidente.

Une contre vie

Au-delà d’un refus presque inconscient de se nourrir, celui ou celle qui souffre d’anorexie se refuse ainsi d’exister. D’exister dans la souffrance, les tracas et les interrogations perpétuelles qui restent sans réponse.

Elle prive alors son corps de vie. Son visage est émacié. Il est d’une pâleur cadavérique. Ses joues sont creuses, ses yeux dessinent de vastes cernes. Son corps, lui, est visiblement amaigri et son moral affaibli.

Elle anesthésie à la fois ses pensées et son corps, pour ne plus ressentir, pour ne plus avoir à souffrir. La personne qui souffre d’anorexie s’inflige sa propre mort, sur le plan physique mais aussi sur le plan psychique.

En effet, lorsqu’elle affronte l’épreuve du miroir, elle y voit le reflet déguisé et symptomatique de ses souffrances les plus douloureuses. Elle y voit alors un corps à oublier. Elle ne perçoit pas sa maigreur ou sa souffrance physique, mais bien sa souffrance psychique, alors que les autres y voient souvent un corps, et un être, à consoler.

L’anorexie est alors un pas vers la négation de la vie, trop lourde, trop douloureuse. Ce trouble alimentaire est une tentative de disparition, de suppression d’un mal-être mortifère, au prix du corps pris dans une mort lente et certaine, privé de nourriture, son besoin vital.

L’anorexie est un suicide lent face à une réalité trop lourde, et trop douloureuse. C’est un appel à l’aide, un cri du cœur, un cri du corps alors bâillonné.

Le paradoxe

L’anorexie est un paradoxe. En effet, alors que la personne atteinte de ce trouble tente de faire taire sa souffrance et de disparaître, les marques de ses blessures sont de plus en plus visibles à mesure que le trouble s’installe. La perte de poids est souvent phénoménale.

La perte de vie, aussi. Les os sont marqués, les joues creusées et le regard s’est vidé. Le corps porte les marques d’une souffrance criante et démesurée. C’est une métamorphose qui se voit, qui s’entend.

Celui ou celle qui souffre d’anorexie s’illustre souvent comme quelqu’un de timide, qui ne fait pas de bruit, qui passe quasiment inaperçu. Et c’est bien là le propre de la problématique anorexique : le corps de l’individu est si diminué qu’il en devient transparent.

Alors qu’il tente inconsciemment d’être l’oublié de tous, il se fait d’autant plus remarquer qu’il martyrise physiquement un corps qui ne lui appartient plus. Cette tentative de disparition est un cri de désespoir, traduit par un corps dont la vie s’évapore peu à peu.

Le sujet est une âme errante qui crie sa détresse au travers d’un corps qui tombe en lambeaux.

Ne plus manger sonne alors comme ne plus souffrir. Cesser de manger, cesser d’exister, pour cesser de souffrir : telle est la logique sous-jacente de la pathologie anorexique.

Le reflet d’une souffrance

Ainsi, la personne qui souffre d’anorexie se voit peu à peu dépossédée de son propre corps. Ce dernier n’est plus qu’une ombre, un reflet dans le miroir. Le reflet de nombreuses souffrances. Des souffrances insoutenables au point de concevoir sa propre disparition.

A l’opposé de la vie, se trouve la mort, physique comme psychique. “C’est parfois la peur de la mort qui pousse les hommes à la mort.” –  Epicure

Le corps de la personne souffrant d’anorexie n’est alors plus que l’incarnation même de la mort. Le corps ne sert plus que de support aux tourments du sujet qui, par désespoir, se laisse dépérir et poursuit lentement sa descente aux enfers. Face au miroir, il y a la vie qui quitte le sujet malade, laissant alors place à une enveloppe sans vie, reflet de la mort de la pensée.

Il est cependant possible, et même nécessaire de sortir de ce cercle vicieux qu’est l’anorexie. Contacter un professionnel spécialisé dans ce trouble du comportement alimentaire dévastateur et mortifère.

Les psychologues, psychiatres et psychanalystes spécialisés dans ces thématiques sont à votre écoute pour vous accompagner, vous comme vos proches dans vos démarches. Comprendre, savoir, écouter, entendre et soutenir : des professionnels sont là pour vous aiguiller face à ces questionnements parfois troublants, souvent dévastateurs.

Grâce aux avancées technologiques, la thérapie est dorénavant accessible de chez vous, par visio consultation. Les prises de rendez-vous, les règlements ou encore les consultations. Une avancée qui vous permettra d’agir rapidement et efficacement face à ces troubles alimentaires dévastateurs.

Pascal Couderc, psychologue clinicien, psychanalyste et auteur, fondateur de boulimie.com en 1998, vous accompagne dans ce cheminement. Il exerce à Paris, Montpellier et en visioconsultation.

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