Le corps de la femme (partie 3)

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Partie 3 : Différents troubles de l’image du corps

La psychose

On trouve évidemment de graves perturbations de l’image du corps dans la psychose.

Plus particulièrement dans la schizophrénie et dans la forme particulière de l’hébéphrénie où l’image du corps reste l’image d’un corps morcelé et où l’on peut même assister à certaines mutilations.

Ces sujets n’auraient pas traversé les principales étapes du stade du miroir. La thérapie est essentiellement du domaine psychiatrique.

La timidité

Le timide est embarrassé par son propre corps. Son corps lui échappe. Il ne peut pas le maîtriser, lui donner l’attitude qui convient.

Le timide est dépendant du regard d’autrui. Cette pathologie peut entraîner de nombreuses phobies sociales et leurs inévitables inhibitions et conduites d’évitement.

La psychothérapie est souvent demandée pour sortir de ces inhibitions.

L’éreutophobie ou érythrophobie

L’éreutophobie, c’est la peur de rougir en public.

Un exemple clinique : Il s’agit d’un jeune homme de 33 ans qui rougit et transpire dès qu’il se trouve en présence d’autres personnes, ou bien dès qu’il pense à l’éventualité de rougir ou de transpirer. Ce sont des situations qui le remplissent de panique.

C’est-à-dire qu’il a peur de sa peur. Cette peur lui fait redouter les contacts sociaux et l’amène à les éviter, ce qui a pour conséquences des difficultés socioprofessionnelles importantes et une vie privée complètement appauvrie.

La dysmorphophobie

C’est une phobie créée par le regard d’autrui. Le dysmorphophobe est un individu normalement constitué qui croit être affecté de déformations physiques, qui croit son corps difforme.

Cette « obsession » de la difformité du corps peut porter soit sur sa grosseur ou sa maigreur, soit sur sa taille, soit sur l’aspect disgracieux du visage, ou enfin sur les caractères sexuels. Elle se rencontre surtout chez les adolescents mais peut perdurer à l’âge adulte.

Prenons l’exemple d’une jeune femme de 24 ans :

« J’ai honte de mon ventre, il est gros, il est mou, pourtant je fais de la gymnastique tous les jours. Lorsque je prends un kilo, je restreins mon alimentation de façon très sévère. Je me pèse plusieurs fois par jour pour vérifier. Quand je me regarde dans un miroir, je trouve mon ventre monstrueux. L’idée même d’avoir à me confronter avec le miroir m’angoisse. Quand je regarde les autres femmes, je le trouve gros. Je crois que l’on ne voit que ça. Je le cache, je le rentre, je porte des vêtements qui le compriment. Quand un regard se porte sur lui, je fuis, j’ai l’impression que l’on ne voit que ça. Je suis toujours en alerte, j’observe les autres de peur que les autres m’observent. »

Très proche de l’éreutophobie, la dysmorphophobie est la peur du jugement social. On retrouve chez le dysmorphophobe les mêmes craintes que chez l’éreutophobe et la même source conflictuelle.

Mais la dysmorphophobie dérive plus directement de l’adolescence en tant que phases de changements profonds et de l’acceptation de ces changements. La dysmorphophobie n’est qu’une forme particulière de la non-acceptation de soi-même, celle de son corps.

L’anorexie mentale

Le thème est si vaste qu’il mériterait une séance à lui seul. L’anorexie est une incapacité à accepter et à intégrer les transformations de la puberté autant qu’à assumer sa féminité. Elle est doublée d’une tentative de maîtriser les transformations qui lui échappent.

Être mince n’est qu’une manière de parvenir à la négation des formes, et des formes féminines en particulier.  

L’image idéale vers laquelle tend l’anorexique est une image qui met à distance les indices de la féminité. Elle tente de combattre tout ce qui évoque féminité et sexualité.

Le danger n’est pas réel, il est lié à l’image du corps du sujet.

Les conduites boulimiques

On parle de conduites boulimiques ou de boulimies au pluriel pour rendre compte de la multiplicité des profils pathologiques.

Quelques réflexions. Tout d’abord, notons que chez tous les patients boulimiques on retrouve la peur de grossir et la recherche d’une minceur idéale.

Dans 70 % des cas pourtant, les boulimiques ont un poids normal, chez d’autres, il peut présenter des variations très importantes sur des périodes de temps courtes (plus de 20 kg en quelques semaines).

Ces patients ne sont satisfaits ni de leur poids ni de leur morphologie.

On retrouve chez les boulimiques une image du corps mauvaise, dévalorisée, les dysmorphophobies sont fréquentes et concernent tout particulièrement les parties corporelles considérées comme spécifiquement féminines.

La thérapeutique peut inclure la consultation en nutrition qui permet d’éclairer le sujet sur les conséquences et les facteurs immédiats et directs de son comportement alimentaire.

Cela peut permettre de l’aider à interrompre des enchaînements de comportements dont il sous-estime par ignorance la dangerosité. Il doit alors s’agir d’une véritable cothérapie.

L’indication de psychothérapie psychanalytique se fonde sur des critères qui ne concernent pas seulement le symptôme mais l’ensemble de la vie psychique et l’histoire personnelle.

Paradoxe de l’identité féminine.

Traditionnellement, les femmes sont élevées dans la perspective de pourvoir aux besoins d’autrui, au détriment de leurs propres besoins.

Ce rôle traditionnel renvoie au modèle de la passivité, de la dépendance aux hommes et du sacrifice personnel. « Le plaisir de faire plaisir ».

Il y a contradiction à l’heure actuelle entre des représentations et des qualités traditionnellement attribuées aux femmes, et les exigences croissantes d’affirmation de soi, de performance, de réussite et d’indépendance.

Il s’agit pour les femmes de résoudre cette contradiction, de se situer entre les deux termes d’un conflit.

La boulimie renvoie à la honte de céder à ses propres besoins et impulsions. Une incapacité à se contenir qui est condamnée socialement. Il y a échec dans la résolution de ce conflit entre tradition et modernité. Une impossibilité de séparation et d’individuation.

L’ouverture pour les femmes à un monde autre que le monde domestique est récente. Mais il semble que cette émancipation soit biaisée.

Les qualités traditionnellement attribuées aux hommes et aux femmes ont peu évolué. Pour exemple, une femme responsable, chef d’équipe, est qualifiée de femme forte et hors normes. Ce qui se veut un compliment renvoie à une représentation de la femme qui doit nécessairement imiter l’homme pour accéder à une certaine légitimité.

Plus largement, dans une culture marquée par les valeurs de l’individualisme, la dépendance sous toutes ses formes est fuie, considérée comme un asservissement.

Les notions de liberté individuelle, de volonté personnelle et d’autonomie se sont imposées comme seules vérités. Le jugement et le sentiment personnels sont les garants de l’authenticité.

En conclusion

Le corps est devenu la mesure de la valeur individuelle.

Il est le témoin de la maîtrise de soi, de la performance et des compétences personnelles. La maîtrise du corps, le contrôle de son apparence renvoient à cette indispensable appropriation de soi. 

Une tentative de maîtrise qui échoue douloureusement dans l’accès boulimique par exemple, vécu dans la solitude et la honte.

Il est possible de faire un parallèle entre ces courants socio-culturels et les troubles des conduites alimentaires. On retrouve les préoccupations concernant le corps, son image, la minceur. Un contexte psychologique dans lequel naissent les troubles des conduites alimentaires. Déplacement de l’idéal du moi sur le corps, crainte phobique de grossir, tentatives de maîtrise totale du corps…

Avec en conclusion la garantie de l’échec de toutes ces tentatives. En effet, les efforts pour atteindre le modèle de perfection n’aboutissent pas, ce qui pousse à entretenir toujours plus les comportements pathologiques.

Il est important de préciser que les troubles de conduites alimentaires ont déjà existé, en d’autres lieux et d’autres temps, et que notre époque n’est pas la seule à contraindre le corps féminin.

La frontière séparant l’individu et la société est très mobile. Ainsi, les troubles alimentaires semblent apparaître au carrefour d’influences bio-psycho-sociales.

Cette description du contexte socio-culturel ne doit pas faire oublier l’existence de facteurs prédisposants individuels, psychologiques comme l’adolescence, la post-adolescence, la fragilisation psychique et narcissique. La personnalité, l’histoire propre du sujet, ses ressources, influencent également fortement le vécu du syndrome, son évolution, sa prise en charge.

Cette conception des troubles alimentaires permet de comprendre la diversité des cheminements individuels et également d’envisager des traitements et des prises en charge variés, adaptés à chaque sujet.

Pascal Couderc, psychologue clinicien, psychanalyste et auteur, fondateur de boulimie.com en 1998, vous accompagne dans ce cheminement. Il exerce à Paris, Montpellier et en visioconsultation.

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