Le corps de la femme (partie 1)

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On se pose régulièrement la question du facteur socio-culturel dans l’émergence des troubles des conduites alimentaires.

Il ne s’agit pas d’incriminer la culture et les médias, mais d’étudier la possible influence qu’exercent les modèles féminins proposés et le discours social qui entoure le corps de la femme. Car comprendre, c’est se questionner sur l’origine éventuelle des choses, afin de pouvoir saisir l’amplitude d’une situation donnée.

On constate en effet que les troubles des conduites alimentaires sont en développement dans nos sociétés contemporaines. La boulimie, l’anorexie, l’hyperphagie ou encore plus récemment l’orthorexie.

Des hypothèses sociologiques indiquent que certains éléments peuvent contribuer à l’éclosion des troubles alimentaires : le culte de la minceur, la glorification de la jeunesse, l’association beauté-maîtrise de soi, les archétypes de la féminité.

Investiguons alors la question de l’influence et des interactions entre le sujet et son environnement social, face aux troubles du comportement alimentaire.

Partie 1 : Les images culturelles de la femme

La mise en objet

On constate qu’il y a beaucoup de femmes dans le paysage des images. C’est une position qui contribue à la reproduction des archétypes féminins, par leur mise en image continuelle.

Cette féminisation de l’image sur les murs, dans les publicités publicités, dans les magazines ou les réseaux sociaux, témoigne également d’une tradition historique de mise en image de la femme. La femme est depuis la nuit des temps, un objet de désir.

Certaines de ces images destinées à un public féminin, provoquent un désir d’identification dénué connotation positive ou négative. Cela peut être l’identification à la vice-présidente d’une nation, à une chef cuisinière ou à une mannequin de la fashion week.

D’autres encore sont destinées à un public masculin, dans le registre de l’autre désirable.

Un objet de beauté

Malgré le mouvement d’émancipation de la femme, on constate qu’ au moins sous ses aspects extérieurs, la beauté occupe toujours la même place chez la femme. Si cette beauté évolue avec les cultures et la temporalité, sa notion résiste cependant à toute révolution. 

Les dynamiques relationnelles entre les hommes et les femmes sont par ailleurs restées plus ou moins identiques. La libération des mœurs n’a pas changé les rapports de séduction. Ils ont tout simplement évolué.

Dans l’inconscient collectif de beaucoup de cultures et de nations, les femmes restent des objets de représentation, les objets d’un désir masculin dominant.

La place persistante de la beauté dans les rapports entre les sexes oblige dans une certaine mesure la femme à se mettre d’une manière ou d’une autre en position d’être regardée.

L’image de la femme se superpose à celle de la beauté.

La mise en image

Ces femmes mises en image sont ainsi toutes ramenées à leur corps. Les attentes par rapport au corps sont bien évidemment différentes selon les âges et les cultures, mais tend à s’uniformiser avec l’avènement des plateformes de réseaux sociaux.

Les corps sont esthétiques. Ils correspondent aux canons contemporains de beauté, de jeunesse, de santé, de richesse, de réussite social et d’un corps hypersexué répondant au désir sociétal.

Le lieu où la culture rencontre la femme est son corps.

Un corps sous ses deux aspects. Son enveloppe tout d’abord, de par sa jeunesse et sa beauté, sa vieillesse ou sa non conformité. Puis sous son fonctionnement biologique, via la sexualité, la santé et même sa fécondité.

L’exploitation du corps par l’image tend à le réduire à un simple objet de consommation. Le corps est « livré » au regard extérieur, à un jugement soumis à des critères d’appréciation contraignants.

Les femmes identifiées à leur corps, s’en trouvent dépossédées. Le corps est vécu comme séparé de soi, étranger, et dans le même temps, comme mesure de sa valeur individuelle.

Le culte de la minceur

Dans une société de l’image qui magnifie et glorifie l’apparence physique, le corps devient le mode de valorisation narcissique premier.

La minceur à proprement parler, incarne aujourd’hui des valeurs comme la réussite, le succès, le contrôle de soi. C’est l’idéal féminin dominant.

Cette pression sociale est relayée, médiatisée par les magazines féminins, les images télévisuelles et le bombardement sur les réseaux sociaux qui suggèrent modes de vies et conduites bien précis.

C’est en outre, ce qui induit de manière de plus en plus précoce des préoccupations concernant l’alimentation, le corps et la minceur.

La glorification de la jeunesse va, en parallèle, dans le sens de la promotion d’un corps parfait, sans ride ni vergeture, sans cerne ni défaut. Ces messages culturels contribuent à généraliser les conduites de restriction alimentaire dès l’adolescence, à multiplier les mesures de contrôle du corps et de ses formes, qui passent presque alors de façon inaperçue.

Paradoxalement, le conformisme social est présenté comme un moyen d’affirmation de soi.

La stigmatisation du poids

En lien avec le culte de la minceur majoritaire, et malgré une évolution des mœurs, on observe toujours une réelle condamnation sévère du gras, du gros.

De nombreux clichés et jugements de valeur restent associés au surpoids. La paresse, la stupidité, la saleté, le laisser aller, l’asexualité, dans une société où certains modèles sont au contraire hypersexués.

La graisse corporelle, le gras alimentaire sont devenus des ennemis à combattre. Au quotidien, par la sélection alimentaire, les régimes, la distinction entre bon et mauvais gras, les exercices physiques, la chirurgie esthétique, les messages slogans, les posts et vidéos par centaines de milliers.

Le devoir de beauté et de minceur : le contrôle de soi

La beauté est aujourd’hui devenue un devoir culturel.

Cette injonction concerne La Femme, et non pas toutes les femmes, qui peuvent placer leur individualité dans d’autres images d’elles-mêmes.

Ce « devoir de beauté » et de minceur est véhiculé par un discours social quotidien.

Exemple : “Je pars bientôt en vacances au Maroc, j’ai intérêt à faire attention” ou encore, “De toute façon, ce sont toujours les mêmes qui ont tout.”

L’imposition des modèles de beauté et de minceur est croissante. L’impact de l’image suscite l’idée d’une perfection corporelle à atteindre. La beauté, qui passe par la minceur, est devenue le signe de l’accomplissement personnel. Et ce, malgré les discours récurrents sur la « beauté intérieure » et le droit à la différence.

Une tolérance équivoque : le discours sur le droit à la différence témoigne de la volonté individuelle consciente d’aller dans le sens d’un respect des opinions et des images individuelles. Il s’agit donc de ne jamais interdire une image, une apparence, quelles qu’elles soient.

On observe également la diffusion croissante des techniques de modification corporelle comme l’activité physique poussée à l’extrême ou les micro chirurgies du visage.

La beauté, une responsabilité

On observe également une démocratisation des techniques liées au corps. Cette diffusion induit l’idée d’une beauté et d’une minceur accessibles à toutes. Ce qui a pour conséquence de rendre les femmes responsables de leur beauté et de leur corps.

En effet, « si on veut, on peut ». Avec cette illusion de l’accessibilité, le devoir de beauté-minceur s’accompagne d’une culpabilisation importante.

L’échec est alors le résultat d’une incapacité individuelle, et non plus le fruit du hasard. La femme différente, est aujourd’hui condamnée comme négligente et coupable.

La morphologie est de plus en plus considérée comme le fruit d’un travail, l’indicateur d’une compétence, signe de distinction.

Exemple : la personne en surpoids n’est plus seulement grosse, mais incapable de ne pas être grosse.

En matière de poids et alors que l’on parle souvent de volonté, il est important de rappeler l’environnement culturel, social et économique. Par dessus tout, la dimension psychologique est inséparable de la question du poids.

Une image de taille

Il est également important de recontextualiser la culture adéquate, et l’argent nécessaire à la beauté : l’injonction des opérations, des salles de sport derniers cris, des aliments miracles ou encore des crèmes de beauté. Contre le hasard biologique, les individus se répartissent selon une échelle de beauté, dont la définition par injonction est condamnable.

C’est par ailleurs, un nouvel élément qui accentue le malaise actuel autour du vécu du corps. En effet, plus le sujet se sent éloigné d’une image, d’un modèle idéal, plus l’estime qu’il se porte diminue.

Or, les modèles du corps féminin proposés s’éloignent toujours davantage de la réalité. Le contraste s’accentue entre l’augmentation du poids dans la population et la minceur croissante du modèle féminin idéal. Modèle toujours inaccessible dans sa perfection.

Ce qui a certaines conséquences, comme la difficulté pour les femmes d’évaluer et de qualifier leur propre poids, créant des décalages certains. On note aussi par ailleurs, la relative banalisation de la chirurgie esthétique comme moyen de lutte contre un prétendu surpoids.

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