Le poids de l’oubli dans l’anorexie

L’anorexie est une pathologie complexe et multifactorielle. Les incompréhensions sont aussi nombreuses que les questionnements. Le poids est au centre du visible, mais qu’y a-t-il derrière les portes de l’esprit ? Quand le poids de l’oubli dépasse le poids de la vie.

L’anorexie est une pathologie complexe et multifactorielle. Les incompréhensions sont aussi nombreuses que les questionnements. Le poids est au centre du visible, mais qu’y a-t-il derrière les portes de l’esprit ? Quand le poids de l’oubli dépasse le poids de la vie.

Je veux oublier… mais quoi ?

Disparaître pour oublier

L’anorexie est une pathologie qui intrigue. C’est une pathologie, souvent mise à nu par le poids en chute libre de la personne qui en souffre.

Ce trouble du comportement alimentaire est en réalité une pathologie venant en réponse à des angoisses. Elle vient couvrir un mal-être, l’envelopper et même tenter de le faire disparaître.

C’est donc une réponse à des problèmes existentiels, souvent source d’une douleur trop forte. Le trouble alimentaire qu’est l’anorexie, vient donc permettre à la personne en souffrance de ne plus ressentir. D’anesthésier une douleur et de la faire disparaître.

C’est un tour de main de l’esprit afin de ne plus penser ou ressentir les problèmes qui lui incombent.

Ainsi, la personne n’a plus qu’une seule obsession en tête : la perte du poids et l’alimentation. C’est une source de fatigue inimaginable, qui ne lui laisse plus ni la place, ni l’énergie pour se confronter aux questionnements de l’existence, souvent trop lourds à porter. Elle oublie alors partiellement son mal-être, et en crée paradoxalement un autre : la maladie psychique.

Disparaître face aux autres

L’anorexie permet également de disparaître. De disparaître du monde face à soi, mais aussi face aux autres.

On dit de l’oubli qu’il est comme la colonne vertébrale de l’anorexie. Via ce trouble des conduites alimentaires, le sujet tend aussi bien à oublier une partie de lui, de sa vie, qu’à se faire lui-même oublier.

En rejetant une réalité trop lourde dans le tréfond de lui-même, il l’oublie alors. Cela prend une signification double : je veux oublier ce qui me pèse, et je veux aussi que l’on m’oublie.

En souhaitant se faire oublier de tous, elle souhaite parallèlement disparaître. C’est un moyen inconscient de s’effacer et d’emporter avec elle ses blessures. La mémoire de sa personne, et de l’être en devenir : il ne reste ainsi plus de trace de son passage.

C’est aussi un moyen de s’oublier elle-même. En effet, si les autres l’oublient, alors comment la personne touchée par ce trouble alimentaire qu’est l’anorexie pourrait-elle ne pas s’oublier elle-même ?

En réalité, se faire oublier est un moyen d’abréger ses souffrances, d’en finir pour toujours. En étant absente, elle n’existe plus, ses problèmes non plus, et elle est soulagée de ses maux. C’est une issue salvatrice, l’issue idéale.

“Ce qui n’a pu se mettre en larmes et en mots s’exprime ensuite par des maux, faute de mots pour le dire.” –  Anne Ancelin – Schützenberger

Enfin, l’oubli caractérise ainsi l’anorexie par un dynamisme d’effacement des souffrances de l’esprit. L’oubli de souffrances, de difficultés de l’existence ou de blessures profondes et douloureuses.

Oublier le passé.. lequel ?

Voilà autant de questions que cherche à taire l’anorexie. Cette pathologie de l’esprit surgit justement dans l’existence du sujet pour qui certains questionnements sont trop lourds et douloureux à porter sur son dos.

L’anorexie, comme de nombreux autres troubles psychiques, prend souvent sa source dans l’enfance. Dans une faille, dans une blessure ou encore dans un manque pouvant en être la genèse.

Se questionner, regarder son passé, le comprendre, mais aussi envisager l’avenir est souvent une source d’anxiété incommensurable. C’est un poids si lourd, que la personne atteinte de ce trouble ne peut supporter. L’existence toute entière devient alors lourde.

L’anorexie est donc un pansement momentané. La maladie permet de se couvrir les yeux pendant une scène d’horreur, et de ne pas voir des images ou des scènes terrifiantes.

C’est donc une protection psychique inconsciente, face à des bagages trop lourds, sans qui les outils adéquats sont indispensables.

Oublier, quelles répercussions ?

L’oubli psychique

L’anorexie monopolise non seulement l’esprit, mais aussi l’être tout entier du sujet atteint de ce trouble du comportement alimentaire.

L’oubli qui n’est psychiquement que difficilement représentable prend ainsi un autre poste moins tolérant : celui de l’anorexie. L’oubli de la réalité est alors certain.

L’anorexie est énergivore. Elle carence l’esprit de ses capacités de réflexion, mais aussi de toute notion de plaisir ou de sérénité.

Le trouble fait barrage aux pensées extérieures : seuls le poids, la nourriture et le perfectionnisme ont leur place, le reste disparaît dans l’oubli.

La personne atteinte s’impose plus ou moins inconsciemment l’oubli. Ainsi, comme pour disparaître et rétrécir, il ne mange plus puis se décharne. Il fait ainsi mourir ses souvenirs douloureux ou ses anxiétés les plus profondes, souvent directement liées à l’enfance et l’adolescence.

L’oubli physique

Le sujet anorexique se ronge de l’intérieur. Psychiquement, mais aussi physiquement.

Dans une obsession psychique totale, et sans apport vital de l’extérieur, le corps souffre. Les os sont attaqués, au même titre que les muscles, le cœur, le cerveau ou encore les dents.

L’anorexie vient carencer la mémoire, comme pour recréer une amnésie défensive. Je me défends de me rappeler alors j’oublie.

Le corps est alors faible et n’est plus en capacité de lutter. La personne disparaît derrière son trouble, dans son cœur et dans son corps. Elle s’efface et rapetisse.

Ainsi, ce trouble est une projection à ciel ouvert d’un poids émotionnel trop lourd à porter. De ce qui a été douloureux, effrayant ou même insupportable.

Les questions sont nombreuses, et résident au centre de celles-ci : pourquoi ?

« L’enfer, c’est là où il n’y a pas de pourquoi  » –  Primo Levi

La thérapie dans l’anorexie

La thérapie est un moyen efficace de se soulager de ses questionnements. De faire face à la douleur et aux tourments. D’être accompagné sur le chemin de la découverte de soi et de ses blessures, dans un environnement neutre qui ne connaît pas le jugement.

Le travail thérapeutique est essentiel à tout âge, et à tout niveau de la maladie. Consulter un psychologue en ligne est un moyen rapide d’accéder à un professionnel qui saura vous accompagner dans une libération émotionnelle et physique certaine.

Pascal Couderc, psychologue clinicien, psychanalyste et auteur, fondateur de boulimie.com en 1998, vous accompagne dans ce cheminement. Il exerce à Paris, Montpellier et en visio consultation.