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Marine

Je m’appelle Marine, j’ai 23 ans, je suis boulimique et anorexique depuis 8 ans. Huit années de désordre alimentaire dans le tout ou rien, dans le défaut ou dans l’excès; huit années de souffrances avec des périodes de dépressions profondes, avec des périodes de morbidité absolue, perdue dans des pensées suicidaires. Un enfer.

Mes obsessions: la bouffe, la haine envers mon corps, mon poids.

Cela prend toute ma vie, toute mon énergie.

Cette maladie, je l’ai longtemps cachée, par honte. Je me sentais seule et m’enfermais dans cette solitude. Avec le temps, j’ai appris à en parler à mon entourage. Ce travail de parole, c’est la psychothérapie qui m’y a conduit. Cela n’a pas été facile, d’autant plus que je suis quelqu’un de très introvertie. Aujourd’hui, j’ai encore quelques difficultés à m’exprimer, mais je n’ai plus honte de dire que je suis boulimique et anorexique. Je me sens moins seule, même si, dans les moments de crises, on se sent toujours seuls. Je vais à une association d’aide aux femmes ayant les mêmes troubles, où je participe à un groupe de parole animée par une psychologue. Ainsi, je côtoie d’autres malades, et avec certaines j’ai noué des relations d’amitié.

La psychothérapie et le groupe de parole sont des aides précieuses, des expériences extraordinaires qui me guident et qui j’espère me conduiront à la guérison. Je sais que moi seule ait le pouvoir de sortir de ce trou noir. La solution est en moi. Mais je pense avoir suffisamment de vécu dans la maladie pour dire que sans aide extérieure, sans soutien extérieur, il n’est pas possible de guérir, du moins pour les personnes dont la maladie est déjà bien installée.

Alors, il ne faut pas avoir honte de ce mal. C’est une maladie, elle existe, nombreuses sont celles qui en souffrent et l’enfermement est trop dangereux. Parler, parler, parler. Se faire aider.

Le chemin est long, difficile, douloureux: auto-mutilation, tentatives de suicides…et cette putain de bouffe à laquelle je pense sans arrêt, et ces putains de pulsions incontrôlables qui me poussent à ingurgiter des tonnes de bouffe avant d’aller me faire dégueuler, les 5 doigts de la main droite dans la bouche.

La crise: un cauchemar qui dure des heures, parfois la journée entière. Des heures à bouffer, boire, fumer, dégueuler.

Parce que la première crise entraîne “les crises” . C’est un cercle infernal qui ne s’achève que lorsque je n’ai plus rien à bouffer, ou bien lorsque je ne peux plus vomir ou que je suis épuisée, presque morte. Autant dire qu’à la fin des crises, je suis une vraie zombie, les yeux explosés, la gorge en feu et en sang, la migraine, des plaies à la main bienfaisante qui m’a permis de me vider… Le lendemain, je crois que c’est pire.Je me déteste.

Il arrive aussi que la bouffe s’accroche à mon estomac et qu’il me soit impossible de vomir. Là, la souffrance s’amplifie et devient insupportable: je crie, je pleure, je veux mourir. Je prends un rasoir ou un couteau, je me coupe aux avants bras ou tente de me tailler les veines.Je me déteste encore plus. Parfois, j’essaie de me purger avec des laxatifs, mais ça ne marche pas vraiment.

Le mieux, c’est quand les crises disparaissent pendant quelques jours et que l’anorexie prend place. Sentiments de légèreté, de liberté, de puissance. Un mieux-être certain.

J’ai faim d’amour. Je voudrais que l’on me prenne dans ses bras, que l’on me rassure, que l’on me console, que l’on s’occupe de moi, que l’on m’aime.

Malgré tout, même si les troubles sont toujours aussi présents, j’ai beaucoup évolué depuis que je suis aidée. Ma peur des autres a disparu, j’ai pris plus d’assurance, je m’exprime davantage et plus facilement, je bouge plus, mon pessimisme d’enfant est nettement moins fort… Fini les “je ne sais pas”, fini les “je fais plaisir aux autres sans penser à ce que je veux, moi”…

Il faut être égoïste, vivre d’abord pour soi, penser aux autres après; faire passer nos envies, nos désirs avant de penser à ceux des autres. Et ce n’est pas simple! Là aussi, c’est tout un travail sur soi à faire.

A toutes celles et à tous ceux qui vivent l’enfer de la boulimie ou de l’anorexie, je voudrais vous souhaiter beaucoup de courage.

J’espère que nous allons tous sortir très vite de cette maladie et VIVRE, enfin.

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